samedi 28 février 2026

Chemsex à Barcelone : augmentation inquiétante d’un phénomène à risque

À Barcelone, le chemsex, associant drogues et relations sexuelles prolongées, est désormais un problème majeur de santé publique, alors que les unités spécialisées n’arrivent pas à répondre à toutes les demandes.

Pendant longtemps éclipsé par d’autres débats sociétaux, le chemsex s’est imposé sur le devant de la scène médicale à Barcelone. La combinaison de substances puissantes dans des contextes sexuels n’est plus seulement un phénomène marginal : elle suscite un besoin croissant de soins, d’accompagnement psychologique et de réduction des risques, au point que des patients doivent attendre jusqu’à trois mois pour accéder à des consultations spécialisées.

Une pratique en expansion

Le chemsex désigne l’association de consommation de drogues (comme la méthamphétamine, la mephédrone ou le GHB) et d’activités sexuelles souvent prolongées. Ce type de pratiques se retrouve surtout parmi les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes, mais il n’est pas limité à ce groupe.

Selon des données récentes, environ 20 % des hommes concernés à Barcelone déclarent avoir participé à des sessions de chemsex, un pourcentage qui a considérablement augmenté au fil des années.

Ce mélange de drogues puissantes et de comportements sexuels à haut risque a des conséquences sanitaires multiples : augmentation du risque d’infections sexuellement transmissibles (IST), dépendance aux substances, troubles mentaux, dommages physiques et complications médicales.

Pression sur les services de santé

La reconnaissance du chemsex comme un problème de santé publique à Barcelone met en lumière les limites du système sanitaire face à un phénomène émergent. Les centres spécialisés en prise en charge de ce type de situations sont débordés, avec des temps d’attente pour obtenir une première consultation pouvant atteindre trois mois, selon les responsables de services communautaires et hospitaliers.

Cette saturation reflète une difficulté structurelle : les services de santé publique ne sont pas toujours équipés pour répondre à une prise en charge qui dépasse le cadre des addictions classiques. Les personnes concernées peuvent présenter des problèmes de santé mentale, des troubles liés aux substances, ainsi que des besoins spécifiques en lien avec leur sexualité et leur bien-être émotionnel.

Face à cette réalité, certaines organisations communautaires se positionnent comme des acteurs essentiels pour combler les lacunes du système, en offrant soutien, information, thérapie et accompagnement adaptés à cette problématique complexe.

Ce qui pousse à la pratique

Les raisons qui amènent certaines personnes à s’engager dans des sessions de chemsex sont multiples. Pour certains, il s’agit d’un moyen d’intensifier les sensations sexuelles, de prolonger les rencontres ou de faire face à des inhibitions sociales et affectives. Pour d’autres, cette pratique peut devenir une manière d’échapper à l’isolement, à la stigmatisation ou à des blessures psychologiques liées à l’identité ou aux expériences de discrimination.

Dans ce contexte, le chemsex ne se réduit pas à une simple consommation récréative de drogues : il englobe un ensemble de facteurs sociaux, émotionnels et culturels qui influencent le comportement des individus. Cette complexité rend la prise en charge d’autant plus difficile pour les professionnels de santé, qui doivent souvent aller au-delà des simples protocoles de sevrage.

Risques sanitaires sous-estimés

Au-delà des préoccupations liées à la dépendance aux substances, la pratique du chemsex présente des risques concrets pour la santé physique et mentale. Les sessions peuvent entraîner un affaiblissement des inhibitions, ce qui augmente la probabilité de relations non protégées et de transmission de IST telles que le VIH ou l’hépatite, en particulier dans les populations déjà vulnérables.

Certaines substances utilisées peuvent provoquer des effets physiques graves, notamment des troubles cardiovasculaires, des intoxications ou des réactions psychiatriques aiguës, rendant indispensables des réponses médicales immédiates dans certains cas.

Par ailleurs, l’usage intensif peut s’accompagner de difficultés émotionnelles, avec des troubles anxieux, dépressifs ou des comportements compulsifs qui exigent une prise en charge psychologique spécialisée.

Vers une meilleure réponse communautaire et institutionnelle

Pour faire face aux défis posés par le chemsex, des collaborations entre institutions sanitaires et organisations communautaires se développent progressivement. L’idée est de promouvoir une approche intégrée qui prend en compte les aspects médicaux, psychologiques et sociaux de cette pratique.

Une part essentielle de cette réponse consiste à former les professionnels de santé aux spécificités du phénomène, afin qu’ils puissent mieux comprendre les enjeux culturels et émotionnels des personnes concernées, et ainsi offrir un accompagnement sans stigmatisation.

Dans ce contexte, la création de réseaux de soutien harmonisés entre hôpitaux, centres de santé mentale, associations LGBTQ+ et plateformes d’information est considérée comme une clé pour améliorer l’accès aux soins et réduire les risques associés.

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