« Des losers » : Trump insulte l’Espagne, mais ses sanctions sont impossibles à appliquer

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Le président américain Donald Trump a de nouveau pris pour cible l’Espagne. Dans un entretien accordé au New York Post, il a accusé Madrid d’être « un perdant » sur la scène internationale, dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et le gouvernement de gauche de Pedro Sánchez.

Loser. Cette nouvelle sortie intervient quelques jours après une menace particulièrement directe : Donald Trump a évoqué la possibilité de suspendre les relations commerciales avec l’Espagne. En cause, la décision du gouvernement espagnol de refuser que les États-Unis utilisent les bases militaires de Morón et de Rota, en Andalousie, dans le cadre de l’offensive menée contre l’Iran.

L’Espagne se retrouve ainsi sous pression de plusieurs alliés occidentaux. Le président israélien Isaac Herzog a lui aussi critiqué la position de Madrid, accusant le pays de « jouer à un jeu étrange et incompréhensible » et de ne pas respecter ses obligations au sein de l’OTAN.

Le premier aspect souvent oublié dans ce type de débat est le fonctionnement juridique du commerce international en Europe. Les États-Unis ne commercent pas avec l’Espagne comme avec un État isolé, mais avec l’Union européenne, qui agit comme une union douanière dotée d’une politique commerciale commune. Depuis la création du marché unique en 1993, les décisions concernant les droits de douane, les accords commerciaux ou les mesures de défense commerciale relèvent d’une compétence exclusive de l’Union. En pratique, toute mesure commerciale importante dirigée contre un pays de l’Union européenne affecte donc inévitablement l’ensemble du marché européen.

 

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Il ne sera pas facile d’isoler commercialement un seul pays d’Europe

À cette dimension juridique s’ajoute une réalité économique : l’économie européenne fonctionne largement comme un réseau de production intégré. De nombreux produits qui circulent dans le commerce international intègrent des composants fabriqués dans différents pays avant d’arriver au consommateur final. Une voiture assemblée en Allemagne peut inclure des pièces produites en Espagne ou en Italie. Un produit agricole espagnol peut être transformé ou distribué depuis un autre pays européen avant d’être exporté. Une suspension générale du commerce contre un partenaire commercial soulèverait donc de sérieuses interrogations du point de vue du droit commercial international.

La réponse de l’Union européenne sera déterminante

Dans ce contexte, la question décisive n’est pas seulement juridique ou économique : elle est aussi institutionnelle et politique au niveau européen.

Le scénario inverse, accepter qu’il s’agisse strictement d’une affaire entre Washington et Madrid, aurait des implications bien plus profondes. Cela reviendrait à traiter commercialement un État membre comme s’il ne faisait pas partie de l’Union dans un domaine, la politique commerciale,que les traités attribuent précisément à l’Union européenne. Un tel précédent n’a pas de véritable équivalent et affecterait directement la cohérence du marché intérieur. C’est pourquoi la Commission européenne rappelle régulièrement que les mesures commerciales visant un État membre doivent être traitées au niveau européen.  En définitive, la faisabilité réelle d’une mesure de ce type dépendrait d’un facteur fondamental : la capacité de l’Union européenne à agir comme un acteur commercial unique.

Pendant ce temps, la situation militaire continue de se détériorer au Moyen-Orient. Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, a annoncé l’ouverture d’une nouvelle phase de l’offensive menée conjointement avec les États-Unis contre l’Iran. « Nous avons d’autres surprises que je ne compte pas révéler », a-t-il déclaré dans un message adressé à la population.

Entré dans son sixième jour, le conflit connaît une escalade rapide. L’Iran a lancé une nouvelle série d’attaques visant Israël, la ville de Doha au Qatar ainsi que des groupes kurdes dans le Kurdistan irakien. L’Azerbaïdjan affirme par ailleurs que deux drones iraniens se sont écrasés sur son territoire.

Téhéran met également en garde l’Europe. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismaeil Baghaï, a averti que si l’Union européenne restait silencieuse face à ce qu’il qualifie de « brutale agression » menée par les États-Unis et Israël, elle deviendrait « complice » et « devra tôt ou tard en payer le prix ».

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