Noelia Castillo demande une seule chose : mourir pour cesser de souffrir. « Seule et belle » ajoute cette Catalane de 25 ans dans sa dernière interview télévisée.
A 18h, ce jeudi 26 mars 2026, Noelia ne sera plus avec nous. C’est l’heure fixée pour une euthanasie pour laquelle la jeune femme se bat depuis deux ans. Une paraplégie la cloue dans un fauteuil roulant. Elle s’était jetée d’un cinquième étage après avoir été victime d’une agression sexuelle en réunion.
Dans cette dernière prise de parole sur la chaine espagnole Antena 3, Noelia apparaît calme et dit ressentir un certain apaisement à l’approche de l’échéance. « Enfin j’y suis arrivée, enfin je pourrai me reposer, je n’ai envie de rien ; ni de manger, ni de sortir, je dors mal, j’ai mal au dos et aux jambes (…) et je veux cesser de souffrir, partir en paix », raconte la jeune femme pour expliquer sa décision. Elle assure qu’elle « n’en peut plus de sa famille, de la douleur et de tout ce qui me tourmente dans ma tête ».
Noelia évoque un parcours marqué par plusieurs tentatives de suicide et des séjours dans différents établissements psychiatriques. Après la séparation de ses parents, elle passe par plusieurs structures d’accueil. « Ensuite j’ai fréquenté de mauvaises compagnies, j’ai consommé des drogues et l’un de mes premiers petits amis a abusé de moi pendant que je dormais ». Les violences sexuelles se poursuivent par la suite, jusqu’à une agression collective. « Ils étaient trois, mais je n’ai jamais porté plainte parce que trois ou quatre jours plus tard, je me suis jetée par la fenêtre ».
Un père glacial comme la mort
Dans cet entretien présenté comme son dernier, Noelia se montre très critique envers son père, qui tente depuis l’annonce de sa décision de bloquer la procédure. « Il me disait : tu es vide à l’intérieur, tu n’as pas de cœur, tu ne penses pas à la douleur des autres… ».
Elle explique que l’aspect le plus douloureux de cette période reste, selon elle, l’incrédulité de son père face à sa souffrance : « qu’il dise que tout ce que je raconte, quand je parle de ma souffrance, est un mensonge ». Noelia affirme que son père « n’a jamais voulu m’écouter, ni ne vient me voir ».
Elle décrit aussi une relation distante, marquée par l’indifférence : lorsqu’elle tentait de lui parler, « il continuait à regarder le football, sans me prêter attention ». Elle rapporte également qu’il lui a dit que « pour lui j’étais déjà morte ». Elle lui reproche de ne jamais avoir accepté son choix et rappelle qu’« il m’a répondu en criant » lorsqu’elle lui a annoncé sa décision. Elle affirme enfin qu’il lui a dit qu’« il ne paierait pas mon enterrement, et n’y assisterait pas».
La mère de Noelia, qui espère encore un revirement de dernière minute, a indiqué dans l’émission que la dernière phrase du père adressée à leur fille était : « Puisque tu as commencé tout ça, maintenant tu vas jusqu’au bout ».
Noelia et sa mère devaient passer ensemble leur dernière nuit dans la chambre d’hôpital où l’euthanasie est prévue. La jeune femme avait organisé ces dernières heures pour permettre à ses proches de lui dire adieu, invitant « tous ceux qui veulent venir me dire au revoir ».
Mourir seule et belle
Mais au moment fatidique, elle veut « mourir seule ». Elle a également prévu de porter sa plus belle robe et de se maquiller « pour être belle ». À quelques heures de l’échéance, Noelia dit ressentir davantage de soulagement que d’angoisse, et dit ne pas vouloir devenir un exemple.
La procédure judiciaire a duré deux ans, en raison de l’opposition ferme de son père, qui estime que sa fille ne dispose pas des capacités mentales nécessaires pour prendre une telle décision. Une position contredite par la Commission de garantie et d’évaluation de Catalogne (CGAC), chargée d’encadrer le droit à l’euthanasie. En avril 2024, cet organisme avait conclu que Noelia était pleinement apte à décider et que sa demande entrait dans le cadre légal.
Le dénouement intervient après une série de décisions judiciaires favorables à la jeune femme, renforcées cette semaine par le soutien de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui s’est alignée sur les juridictions espagnoles ayant validé sa demande.
En Espagne, l’euthanasie est légale depuis 2021 mais solidement encadrée. Elle n’est accessible qu’aux personnes affectées par un handicap lourd ou une maladie incurable, et vivant dans une souffrance grave et durable. La demande doit être émise par le patient puis validée par un avis médical et une commission indépendante.






