Pourquoi les Madrilènes sont-ils si fiers de leur eau du robinet ?

eau de barcelone

L’eau du robinet est l’une des fiertés de Madrid. La capitale espagnole affiche le taux de consommation le plus élevé du pays. Mais cette réputation est-elle vraiment justifiée ? Pour les Madrilènes, la réponse ne fait aucun doute.

« Tout le monde le dit ici : notre eau, c’est la meilleure », martèle Florencio Cabrera Hunter, accoudé au bar de son restaurant Rollo Ocho, dans le quartier de La Latina. Fort de ses vingt années d’expérience, il témoigne d’une habitude bien ancrée : ses clients madrilènes demandent, la plupart du temps, de l’eau du robinet. « Ceux qui commandent de l’eau en bouteille viennent d’ailleurs », affirme le Mexico-Américain de 54 ans.

Les raisons ? « Son goût est excellent et les locaux ont confiance en leur eau », poursuit-il. Une confiance qu’il attribue en grande partie au travail de potabilisation effectué par le Canal Isabel II : « Ils en prennent soin, la qualité est top, à 100 %! »

Un constat partagé par María Ángeles Blanco Suárez, professeure au département d’ingénierie chimique et des matériaux de l’Université Complutense de Madrid. Le premier facteur tient à la provenance de l’eau : « Elle provient principalement des eaux de surface des rivières et des réservoirs de la Sierra de Guadarrama, et dans une moindre mesure, des eaux souterraines, surtout en période de sécheresse ».

Résultat : une eau peu chargée en calcium et en magnésium, qui lui confère un goût agréable. « Cette qualité de base permet de limiter l’utilisation des désinfectants comme le chlore, et donc de ne pas altérer son goût et son odeur », précise la chercheuse. L’eau est fortement contrôlée à chaque étape du réseau. Les principaux paramètres analysés incluent le chlore, l’ammonium, les nitrites, le pH ou encore la conductivité.

Une analyse toutes les trois secondes

Des contrôles confirmés par le Canal Isabel II : « l’eau fournie répond à toutes les garanties sanitaires et de sécurité, sans qu’aucun filtrage supplémentaire ne soit nécessaire », affirme l’entité publique. Des capteurs automatiques sont installés dans les réservoirs et 17 laboratoires sont dédiés au contrôle de l’eau potable. L’organisme annonce plus de 10 millions d’analyses par an, soit une moyenne d’une analyse toutes les trois secondes.

La directrice de recherche souligne de son côté les chiffres publiés par le service de communication du Canal Isabel II, qui annonce que 3,5 millions de prélèvements ont été effectués en 2024, soit 39 analyses par minute. « Dans l’ensemble, ce système de surveillance multi-niveaux permet de garantir la qualité chimique de l’eau, l’absence d’agents pathogènes et le respect de la réglementation en vigueur », résume María Ángeles Blanco Suárez.

Cette qualité de base, combinée au traitement, place l’eau madrilène parmi les références européennes. « On peut la comparer à des villes comme Reykjavik, Zermatt ou Sundsvall, où l’origine naturelle et la faible minéralisation sont également des facteurs clés », ajoute-t-elle.

« C’est l’une des meilleures eaux d’Europe », abonde Florencio Cabrera Hunter, qui observe la même tendance dans son second établissement, le Bahiana Club. « J’ai toujours vu les Madrilènes demander une carafe d’eau du robinet ». Et face aux touristes, il n’hésite pas à en faire la promotion, quitte à vendre moins de bouteilles : « J’y perds un peu d’argent mais au moins ils apprennent encore une chose sur Madrid ».

96 % des Madrilènes consomment l’eau du robinet

Cet attachement se reflète dans les chiffres. Selon le Canal Isabel II, 96 % des Madrilènes consomment de l’eau du robinet. D’après le ministère de l’Agriculture, la région est celle où l’on boit le moins d’eau en bouteille d’Espagne, avec moins de 20 litres par an par habitant, soit 69 % de moins que la moyenne nationale.

Cette bonne situation reste toutefois sous surveillance. « Le changement climatique est l’un des principaux défis », prévient Ángeles Blanco Suárez. Sécheresses, pluies torrentielles ou la diminution des chutes de neige peuvent affecter la qualité et la disponibilité de l’eau à sa source.

À cela s’ajoute la croissance de la population madrilène, estimée à environ 100 000 habitants supplémentaires chaque année, ce qui accentue la pression sur le système. L’entretien du réseau est donc primordial. Ainsi, le Canal Isabel II a renouvelé plus de 1300 kilomètres de canalisations ces dernières années, afin de limiter les fuites et moderniser les infrastructures.

Un autre enjeu émergent concerne les contaminants. « Ils ont été détectés dans certaines régions, notamment en aval de zones urbaines ou industrielles, rapporte la chercheuse. Mais à Madrid, la localisation des réservoirs en tête de bassin limite fortement ce risque ». Dans d’autres régions, notamment sur la côte méditerranéenne, l’usage de filtres peut être recommandé en raison de la dureté de l’eau. « Ce n’est pas une question de potabilité, mais de confort », nuance-t-elle. Une situation bien différente de celle de Madrid.

Au quotidien, les Madrilènes continuent de faire confiance à leur eau. Une habitude simple, presque banale, qui en dit long sur le lien entre la ville et ses ressources.

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Image de Xavier Trèfle

Xavier Trèfle

Xavier Trèfle est journaliste à Madrid, après un an passé à Barcelone. Diplômé de l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, il a travaillé pour La Montagne, RMC Sport, Canal Plus et Radio France. Il est l’auteur de "Au cœur de la NBA", consacré aux coulisses de la ligue nord-américaine.
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Xavier Trèfle

Xavier Trèfle est journaliste à Madrid, après un an passé à Barcelone. Diplômé de l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, il a travaillé pour La Montagne, RMC Sport, Canal Plus et Radio France. Il est l’auteur de "Au cœur de la NBA", consacré aux coulisses de la ligue nord-américaine.
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