Les grandes enseignes de distribution espagnoles publient une étude pour réfuter les accusations de marges abusives sur les produits alimentaires de base. Une méthodologie inédite tente de démontrer que chaque centime facturé au consommateur est économiquement justifié.
En Espagne, la tension autour des prix alimentaires ne faiblit pas. Depuis des années, agriculteurs et associations de consommateurs accusent les grandes surfaces de s’enrichir au détriment des producteurs et des ménages. Pour contrer ces critiques, la fédération patronale Asedas (qui représente entre autres Mercadona, Lidl et Dia) a dévoilé une étude détaillée sur la formation des prix dans la filière agroalimentaire. Son message : non, les supermarchés ne se font pas de marges indécentes.
Une comparaison trop simpliste entre producteur et consommateur
Selon Josep Antoni Duran i Lleida, président d’Asedas, le principal problème vient d’une lecture erronée des chiffres. Comparer directement le prix perçu par l’agriculteur au prix affiché en rayon, sans tenir compte des étapes intermédiaires, fausse totalement le débat. Or entre ces deux extrémités, un produit alimentaire passe obligatoirement par des phases de transformation, de conditionnement, de logistique et de transport, chacune générant des coûts incompressibles.
À cela s’ajoutent des facteurs externes difficilement maîtrisables, comme les fluctuations de l’inflation liées aux crises internationales, notamment le conflit en Iran, qui pèsent sur l’ensemble de la chaîne.
Des écarts de prix qui s’expliquent, chiffres à l’appui
L’étude, dirigée par l’économiste Manuel Hidalgo de l’Université Pablo de Olavide de Séville, documente ces écarts sur plusieurs produits du quotidien. L’huile d’olive, produit phare du régime méditerranéen, voit ainsi son prix tripler entre le producteur et le consommateur : achetée 2,35 euros le litre à l’origine, elle est vendue 7,50 euros en rayon, soit une hausse de plus de 219 %.
La volaille suit une trajectoire similaire, avec un prix également multiplié par trois entre l’éleveur et l’étalage. Plus frappant encore, les citrons sont vendus plus de quatre fois leur prix d’achat au producteur : l’agriculteur perçoit en moyenne 0,37 euro le kilo, quand le consommateur le paie 1,60 euro en magasin.
Un plaidoyer pour une information plus juste
Face à ces malentendus persistants, les promoteurs de l’étude appellent à une meilleure pédagogie auprès des citoyens et à l’adoption d’une méthodologie commune et transparente pour évaluer les prix tout au long de la chaîne. Felipe Medina, secrétaire général technique d’Asedas, est catégorique : aucun maillon de la filière ne réalise de profits abusifs.
Le prix final payé par le consommateur refléterait uniquement des coûts réels, des risques assumés et des investissements consentis sur le long terme. Un discours que le secteur agricole, lui, est encore loin de cautionner.




