De Dubaï à Barcelone : le plan B qui coche (presque) toutes les cases

Femme portant un sac à main et un sac de shopping devant un bâtiment moderne à Barcelone, ensoleillé, avec des arbres verts et des passants.

Alors que de nombreux expatriés du Moyen-Orient débarquent en Europe pour fuir le conflit, Barcelone présente tous les atouts d’une ville-refuge. Rencontre avec ceux qui en ont fait leur nouveau foyer.

Dans son appartement de la rue Muntaner, Marie raconte les premières frappes sur Dubaï avec une sérénité presque déconcertante. “J’ai grandi en Afrique, j’avais déjà dû partir de chez moi rapidement à cause de conflits, cela m’a permis de réagir vite”. Car loorsque les bombes commencent à viser les Emirats Arabes Unis, elle n’hésite pas longtemps. “Mon mari était en déplacement professionnel, j’ai pris mes enfants et deux valises, en moins de 24 heures, nous sommes partis à Omane pour prendre un avion”.

Elle parvient à trouver un vol pour l’Europe une semaine plus tard. Direction Rome. Là, elle se pose pour penser à la prochaine étape. Et Barcelone s’impose rapidement. “Plus je pensais à Barcelone, plus je me disais que ce serait parfait pour la suite”.

Climat et mode de vie méditerranéens

Marie connait la cité catalane : elle y venue plusieurs fois et a des amis sur place. La famille parle espagnol, et la mère de Marie vit tout près, dans les Pyrénées-Orientales. “Barcelone est une ville très cosmopolite, je ne m’imaginais pas mettre mes enfants dans un collège de province en France, je l’ai vécu et c’est difficile quand on a grandi dans un environnement international”. Par chance, des places sont disponibles au Lycée français et les deux filles, de 11 et 13 ans, y sont scolarisées dès leur arrivée.

Pour cette directrice marketing et e-commerce, la capitale catalane possède tous les atouts pour attirer les expatriés du Moyen-Orient : le climat, la situation géographique et l’aéroport international à moins de 30 minutes de la ville.

Ce sont d’ailleurs ces mêmes caractéristiques qui ont attiré Chima, Iranienne de 38 ans aussi passée par Dubaï. “Cette ville a tellement d’avantages, le temps, le soleil, la mer, cela ressemble beaucoup à mon pays”. Elle avait aussi envisagé Madrid, mais “il y fait trop chaud l’été”. Ou l’Europe du Nord où sont plusieurs membres de sa famille, “en pleine déprime à cause du climat et de la culture”.

Terrasse de café animée avec des clients profitant du soleil en extérieur.

Car la culture espagnole, méditerranéenne, a bien des points communs avec celle du Moyen-Orient, et c’est ce qui plait à Chima au quotidien. “Les gens sont heureux ici”.

Depuis le début du conflit en Iran, ils sont nombreux à être venus, au moins temporairement, se réfugier à Barcelone. Selon des données de la plateforme immobilière Spotahome, en un mois, les réservations de logements temporaires à Barcelone ont augmenté de 74 % parmi les utilisateurs issus de pays du Golfe persique. Plus largement, la demande globale en provenance de ces régions a bondi de 479 %, traduisant une réaction rapide à la dégradation du contexte géopolitique.

Vivre ici, travailler ailleurs

Bien sûr, l’Espagne n’a pas les mêmes avantages fiscaux que Dubaï. Mais certaines niches sont favorables aux expatriés fortunés. Et notamment la célèbre loi Beckham, qui permet aux nouveaux résidents étrangers de bénéficier d’un taux d’imposition réduit, souligne Marie. Cette exception fiscale, créée à l’arrivée du footballeur anglais en Espagne, permet de payer un impôt fixe de 24 % pendant 6 ans, au lieu du barème progressif pouvant atteindre 47 %. De plus, seuls les revenus espagnols sont imposés, tous les autres sont généralement exonérés.

Un vrai plus pour les expartiés venus du Moyen-Orient, mais qui ne compense pas la gros point faible de Barcelone : son marché du travail, pauvre an opportunités pour profils très qualifiés. “Pour bien vivre ici, il faut travailler pour des entreprises étrangères”, estime Chima, qui travaille exclusivement pour des grandes sociétés internationales.

Cafe the bar teletravail ordinateur photo Clementine Laurent

Marie, elle, ne sait pas encore si elle pourra trouver un poste ici à la hauteur de son expérience. Elle espère pouvoir garder son emploi, qu’elle effectue à distance depuis son arrivée. “Je peux faire des allers-retours à Dubaï, ou peut-être devrai-je aller à Madrid pour trouver un autre emploi”. L’option de retourner vivre aux Emirats Arabes Unis, notamment pour l’entreprise de son mari, n’est pas non plus écartée.

Mais la mère de famille se sent bien ici. “Barcelone a tous les avantages d’une grande ville avec la taille d’une petite, c’est incroyable”. Elle estime aussi que la communauté expatriée y est plus intéressante qu’à Dubaï. Pour les expats du Moyen-Orient, Barcelone n’est pas la ruée vers l’or mais vers une certaine sérénité retrouvée. “On ne peut pas tout avoir », résume Chima. Mais elle est en sûre : “ma place est ici”.

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Image de Aurélie Chamerois

Aurélie Chamerois

Cofondatrice d’Equinox et rédactrice en chef, Aurélie Chamerois est basée à Barcelone depuis 2008. Spécialisée dans les thématiques économiques et de société, elle décrypte les mutations du quotidien en Espagne et en Catalogne. Elle couvre aussi l’actualité espagnole pour RTL, BFMTV et Ouest-France.
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Aurélie Chamerois

Cofondatrice d’Equinox et rédactrice en chef, Aurélie Chamerois est basée à Barcelone depuis 2008. Spécialisée dans les thématiques économiques et de société, elle décrypte les mutations du quotidien en Espagne et en Catalogne. Elle couvre aussi l’actualité espagnole pour RTL, BFMTV et Ouest-France.
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