Les 9 scandales de corruption qui dévastent le parti socialiste en Espagne

pedro sanchez parlement espagnol députés

Le Premier ministre socialiste vit une fin de mandat agonisante. Cerné par les affaires de corruption touchant son épouse, son frère, ses proches, son parti politique et même un procureur, le nombre de dossiers ouverts est hallucinant. Pourtant, malgré les appels à la démission lancés par la droite, le chef du gouvernement pourrait bien aller au bout de son mandat. Explications.

premier ministre

1. Affaire du procureur général, la plus insolite

Affaire déjà jugée et condamnée qui illustre la corruption présumée du camp Sánchez. Álvaro García Ortiz est frappé d’inéligibilité et devient le premier procureur général de l’État condamné de l’histoire de l’Espagne. Il écope d’une peine d’inéligibilité pour divulgation de secrets après avoir diffusé, en mars 2024, des données confidentielles concernant le compagnon d’Isabel Díaz Ayuso, la puissante présidente conservatrice de Madrid.

2. Affaire du frère,  la plus familiale

Le procès concernant le favoritisme présumé lors de l’embauche, en 2017, de David Sánchez Pérez-Castejón, petit frère du Premier ministre, au conseil départemental de Badajoz (Estrémadure), contrôlé par les socialistes, est actuellement en cours. Le frère et son ami Luis Carrero, ancien conseiller de Pedro Sánchez, sont accusés de prévarication et de trafic d’influence. L’ancien candidat socialiste à la présidence de l’Estrémadure, Miguel Ángel Gallardo, qui dirigeait le conseil départemental au moment des faits, est également mis en examen.

Un récent document du juge Santiago Pedraz affirme désormais que les « égouts du pouvoir » ont orchestré « des plaintes infondées successives » contre Beatriz Biedma, la magistrate chargée de l’enquête sur le frère de Pedro Sánchez.

3. Affaire Begoña, l’épouse, la plus familiale (2)

Le juge Juan Carlos Peinado a terminé, en avril dernier, l’instruction concernant l’utilisation supposée de l’influence de Begoña Gómez, épouse du Premier ministre, à des fins d’affaires privées. Les recours sont encore en attente, ainsi que la décision d’ouvrir ou non un procès. Gómez est convoquée à une audience préliminaire le 9 juin prochain.

Cristina Álvarez, sa collaboratrice directe et conseillère auprès du gouvernement, ainsi que l’entrepreneur Juan Carlos Barrabés, pour lequel Gómez avait rédigé des lettres de recommandation adressées à l’entreprise publique Red.es, dont la direction était nommée par son mari, sont également poursuivis.

Ouverte en avril 2024, cette affaire avait poussé Pedro Sánchez à réfléchir pendant cinq jours à une éventuelle démission de la présidence du gouvernement. Selon un document du juge Pedraz, la mise en examen de Gómez et la « Lettre aux citoyens » écrite par Sánchez seraient à l’origine de l’activité criminelle présumée des « égouts du pouvoir ».

4. Affaire des « égouts », la plus détestable

Cette enquête vise la création présumée d’un « égout » au sein du PS visant à entraver les enquêtes sur des affaires de corruption touchant le parti ou le gouvernement. Face à la multiplication des dossiers menaçant Sánchez, Leire Díez, ancienne conseillère municipale socialiste placée dans des entreprises publiques, aurait commencé à rechercher des informations susceptibles de discréditer la Guardia Civil et le parquet anticorruption.

L’enquête est toujours en cours à l’Audience nationale. Le juge vise notamment Leire Díez, Santos Cerdán, l’entrepreneur Javier Pérez Dolset, l’ancien conseiller à la présidence du gouvernement régional d’Andalousie Gaspar Zarrías et Ana María Fuentes Pacheco, responsable administrative du secrétariat à l’Organisation du Parti socialiste.

Juan Manuel Serrano et Juan Francisco Serrano, membres du premier cercle du PS de Pedro Sánchez, sont également soupçonnés sans être, pour l’instant, mis en examen. Un tribunal de Madrid enquête parallèlement sur ces mêmes manœuvres.

5. Affaire des hydrocarbures, la plus polluante

Cette affaire porte sur une gigantesque fraude à la TVA dans le secteur des hydrocarbures. Elle est instruite par l’Audience nationale. Claudio Rivas, propriétaire et principal responsable de Villafuel, ainsi qu’Aldama, sont impliqués.

Le dossier est lié à l’affaire Koldo, car le réseau aurait tenté d’acheter l’influence d’Ábalos pour obtenir l’autorisation de vendre en gros. Les enquêteurs recherchent également d’éventuelles contreparties accordées à des responsables des ministères de l’Industrie et de la Transition écologique.

6. Affaire Plus Ultra, la plus grave

En mars 2021, en pleine crise du Covid, le gouvernement a approuvé un sauvetage de 53 millions d’euros en faveur d’une mini-compagnie aérienne déficitaire, Plus Ultra, suscitant des soupçons sur la justification de cette aide publique.

L’affaire est toujours en phase d’enquête. Le principal « chef » présumé du réseau serait l’ancien Premier ministre et mentor de Pedro Sánchez, José Luis Rodríguez Zapatero. L’homme fort de la gauche est soupçonné de trafic d’influence et de blanchiment d’argent.

D’autres infractions sont également examinées, notamment l’appartenance à une organisation criminelle, le détournement de fonds et la falsification de documents. Sont aussi visés le président de la compagnie, Julio Martínez Sola, ainsi que « Julito » Martínez Martínez, présenté par l’UDEF comme le prête-nom de Zapatero et surnommé « le laquais » de l’ancien chef du gouvernement.

Zapatero devait comparaître devant le juge le 2 juin, mais son audition a été reportée aux 17 et 18 juin.

7. Affaire des masques, la plus glauque

Également appelée affaire Koldo ou affaire Ábalos, elle porte sur l’achat de matériel sanitaire pendant la pandémie, l’attribution irrégulière de contrats et le versement de commissions illégales.

La partie principale a déjà été jugée devant le Tribunal suprême, où comparaissait l’ancien ministre José Luis Ábalos en raison de son immunité parlementaire, et le verdict est en attente. Koldo García, ancien conseiller d’Ábalos, ainsi que l’homme d’affaires Víctor de Aldama attendent également leur condamnation.

Comme l’enquête menée par le Tribunal suprême était limitée par les immunités, un autre volet de l’affaire reste en cours d’instruction à l’Audience nationale. Il concerne notamment l’entreprise Soluciones de Gestión, qui avait vendu des masques au ministère des Transports.

Les contrats conclus avec les gouvernements des Baléares et des Canaries sont aussi examinés, impliquant potentiellement les anciens présidents régionaux Francina Armengol et Ángel Víctor Torres.

8. Affaire du financement du Parti socialiste, la plus caricaturale

Il s’agit d’un volet séparé et secret instruit par l’Audience nationale, issu de l’enquête du Tribunal suprême dans l’affaire Koldo concernant des mouvements d’argent liquide au siège du Parti socialiste, rue Ferraz, à Madrid.

En ligne de mire : un possible financement illégal du Parti socialiste. Le parquet a demandé que les déclarations d’Aldama et de Koldo García lors du procès de l’affaire des masques soient intégrées à cette procédure, toujours en phase d’enquête.

Les principaux protagonistes sont Ábalos et l’ancien secrétaire à l’Organisation du PS, Santos Cerdán.

9. Affaire des Transports, la plus gouvernementale

Autre branche de l’affaire tentaculaire des masques, elle porte sur des soupçons de truquage de marchés publics au ministère des Transports.

L’enquête vise Santos Cerdán, Aldama, Ábalos, Koldo, l’ancienne présidente de la régie ferroviaire Adif, Isabel Pardo de Vera, et l’ancien directeur général des Routes, Javier Herrero. Des entrepreneurs soupçonnés d’avoir versé des pots-de-vin sont également mis en cause.

Bonus track : Comment Pedro Sanchez arrive à se maintenir au pouvoir

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Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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