France-Maroc : en Espagne, ces expats qui ne veulent pas choisir

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Ils sont près de 694 000 à posséder la double nationalité franco-marocaine et plusieurs millions de Français ont des origines marocaines. Jeudi soir, pour le quart de finale de la Coupe du monde, certains expatriés en Espagne enfileront un maillot sans hésiter. D’autres passeront 90 minutes à essayer de ne pas choisir entre deux pays qui les ont construits. Témoignages. 

À chaque France-Maroc, la même question revient. Pas celle des compositions d’équipe ou du favori de la rencontre, mais une autre, beaucoup plus personnelle : “Alors, tu seras pour qui ?”. Pour beaucoup de Franco-Marocains, cette interrogation accompagne leur vie depuis toujours. Même une fois expatriés en Espagne, elle ressurgit à chaque confrontation entre les deux sélections, comme si un match de football obligeait soudain à trancher entre deux appartenances.

Wassim, 26 ans, né à Montpellier de parents marocains, sait déjà qu’il devra y répondre. Pourtant, lorsqu’il découvre l’affiche de ce quart de finale, ce n’est pas au spectacle qu’il pense en premier. “Quand j’ai appris que la France allait jouer contre le Maroc, je n’ai même pas pensé au match. J’ai pensé aux gens qui allaient me demander : « Alors, France ou Maroc ? »” Une question qui, selon celui qui habite Barcelone depuis plus d’un an, ne laisse souvent qu’une réponse jugée acceptable.

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Son histoire explique pourtant pourquoi son cœur penche de l’autre côté de la Méditerranée. La France est le pays où il est né, où il a grandi, où vivent ses amis. Le Maroc est celui de ses parents, des vacances d’été, de la langue parlée en famille. “Quand on me demande qui je suis, je réponds que je suis marocain. C’est le sang qui coule dans mes veines”, raconte-t-il. Une identité renforcée, dit-il, par le regard des autres : “On m’a toujours présenté comme « le Marocain ». On ne m’a jamais dit : « C’est le Français ». À force, tu finis par te sentir plus marocain.”

Cette situation est loin d’être isolée. Selon un rapport de l’Assemblée nationale, près de 694 000 personnes possèdent la double nationalité franco-marocaine, faisant de cette communauté l’une des plus importantes de France. Autant de personnes susceptibles de vivre ce quart de finale autrement que comme un simple match.

Différentes façons de vivre le même match

Pour Wassim, le choix est désormais clair. Non pas contre la France, mais parce que le Maroc lui procure des émotions qu’il n’a jamais connues ailleurs. “La France, je l’adore. Mais je l’ai déjà vue championne du monde. Aujourd’hui, j’ai envie de vivre la même chose avec le Maroc.” Lorsque les Lions de l’Atlas éliminent le Portugal en quart de finale du Mondial 2022, il fond en larmes. “À ce moment-là, je me suis dit que ce n’était même plus mon cerveau qui parlait. C’étaient mes émotions.” Si le Maroc venait à éliminer les Bleus jeudi, il promet qu’il célébrerait la qualification, mais assure qu’il supporterait ensuite la France sans réserve si les rôles étaient inversés.

Mais tous les Franco-Marocains ne vivent pas ce match de la même manière. Né d’une mère française et d’un père marocain, Suleiman, qui réside à Barcelone depuis 10 ans, refuse depuis toujours qu’on lui demande de choisir. Pour le musicien de 36 ans, cette double culture est justement ce qui le définit. “Depuis que je suis petit, on veut absolument que je choisisse un des deux côtés et je n’ai pas envie. Au contraire, je suis les deux cultures et c’est ce qui me donne une force.”

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Le football ne change rien à cette conviction. Soutenir une seule équipe reviendrait, selon lui, à répudier une partie de son histoire. “Choisir un des deux côtés, ça voudrait dire que je renie une de mes moitiés. Donc pour moi, c’est impossible.” Alors jeudi soir, peu importe le buteur aux yeux de l’artiste : “Si Hakimi marque, je serai content. Si Mbappé marque, je serai content.”

Cette évolution du regard porté sur le Maroc n’est pas anodine. En quelques années, les Lions de l’Atlas sont devenus une référence du football mondial. Première sélection africaine à atteindre une demi-finale de Coupe du monde en 2022, finaliste de la dernière CAN et futur co-organisateur du Mondial 2030, le Maroc a changé de statut.

Choisir un camp… sans renier l’autre 

Pour Inès, 31 ans, née à Toulouse d’un père marocain, le dilemme est plus nuancé. Pendant toute la compétition, elle a soutenu les deux équipes, chacune à son tour entre les bars de Toulouse et de Barcelone : “J’étais supportrice du Maroc à 19 heures et à 22 heures (samedi dernier) j’étais supportrice de la France, avec le même engouement.”

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Jeudi, en revanche, impossible d’encourager simultanément les deux sélections. Son choix ira vers les Bleus, le pays où elle a grandi et découvert le football. “Je me sens marocaine, mais beaucoup plus française”, explique celle qui a joué pendant 20 ans au football. Pourtant, elle assure que le résultat ne pourra jamais être totalement négatif. “Si la France perd, il y aura une légère déception. Mais il y aura aussi une part de fierté si le Maroc gagne.”

Habitués à naviguer entre deux cultures, puis trois depuis leur expatriation, ces Franco-Marocains d’Espagne illustrent finalement le monde de 2026 : plus fluide, plus multiculturel, mais toujours profondément ancré dans ses identités.

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Image de Arthur Chanteclair

Arthur Chanteclair

Journaliste en formation à la rédaction d'Equinox et à l'école W (Paris).
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