À Barcelone, ils sont de plus en plus nombreux à vivre à 10 dans le même appartement

logement barcelone
Taille du texte

Plus de 2.300 logements de Barcelone comptent désormais au moins dix personnes inscrites à la même adresse. En quatre ans, leur nombre a presque doublé, révélant une autre facette de la crise du logement dans la capitale catalane.

À Barcelone, vivre à dix sous le même toit est loin d’être un phénomène marginal. En 2025, 2.328 logements comptaient plus de dix personnes inscrites au registre municipal à la même adresse, contre seulement 1.279 en 2021. En quatre ans, leur nombre a donc bondi de plus de 80 %. Les chiffres avaient même atteint un record en 2024, lorsque 2.546 appartements barcelonais comptaient au moins dix personnes domiciliées à la même adresse. Dans trois logements, une vingtaine de personnes étaient officiellement enregistrées.

Derrière ces statistiques se dessine l’une des conséquences les plus visibles de la crise du logement à Barcelone : des appartements partagés entre plusieurs familles, des chambres sous-louées et des habitants contraints de multiplier les colocations pour pouvoir rester dans la ville.

Un phénomène encore plus spectaculaire aux portes de Barcelone

La situation ne concerne pas uniquement la capitale catalane. À L’Hospitalet de Llobregat, deuxième ville de Catalogne et située dans la petite couronne de Barcelone, le phénomène s’est encore davantage accéléré. En 2020, 222 appartements comptaient au moins dix personnes inscrites. Cinq ans plus tard, ils étaient 667. Le nombre de logements concernés a donc quasiment triplé. Dans certaines communes catalanes, les données font également apparaître des cas particulièrement impressionnants, avec plus de vingt, voire trente personnes enregistrées à une même adresse.

Pourquoi autant de personnes dans un seul appartement ?

Le phénomène s’inscrit dans un contexte de très forte tension immobilière dans l’aire métropolitaine de Barcelone. Face à des loyers devenus difficiles à assumer pour de nombreux ménages, certaines familles choisissent ou sont contraintes de partager un logement avec d’autres foyers. La location d’une simple chambre constitue également une solution de plus en plus utilisée par ceux qui ne peuvent plus accéder seuls à un appartement. Pour les ménages les plus précaires, la cohabitation peut ainsi durer plusieurs années et ne constitue plus seulement une solution temporaire.

Ces situations sont parfois désignées en Espagne par l’expression « pisos patera », utilisée pour parler de logements accueillant un très grand nombre d’occupants. Mais derrière cette appellation peuvent se cacher des réalités très différentes : familles vivant ensemble pour réduire leurs dépenses, travailleurs louant individuellement une chambre ou encore situations de sous-location abusive.

Dix personnes inscrites ne signifie pas forcément dix habitants

Les chiffres du registre municipal doivent toutefois être interprétés avec précaution. Être inscrit au padrón, l’équivalent espagnol du registre municipal de population, ne signifie pas nécessairement que toutes les personnes enregistrées vivent simultanément dans le logement. Certaines peuvent avoir déménagé sans encore modifier leur inscription administrative. À l’inverse, la mairie ne peut pas simplement refuser l’inscription d’une personne parce qu’un grand nombre d’habitants sont déjà domiciliés dans le logement. Le padrón sert avant tout à déterminer où réside une personne et permet notamment d’accéder à plusieurs services publics.

La question arrive sur le terrain politique

L’augmentation du nombre d’adresses comptant de très nombreux habitants commence également à alimenter le débat politique à Barcelone. A l’approche des municipales de mai prochain, la droite locale souhaite notamment que le nombre de personnes pouvant être inscrites à une adresse soit davantage lié à la capacité réelle du logement, telle qu’elle apparaît dans son certificat d’habitabilité.

Au-delà de la question du padrón, les chiffres montrent surtout à quel point la crise du logement transforme les conditions de vie dans Barcelone et sa métropole. Alors que trouver un appartement abordable reste l’une des principales difficultés rencontrées par les habitants, partager son logement avec toujours plus de personnes devient, pour certains, la seule manière de continuer à vivre dans la capitale catalane.

 

Cet article vous a plu ? Partagez-le !

Recommandé pour vous

Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
  • L’actu en Espagne, directement dans votre boîte mail

    Chaque semaine, l'essentiel de l’actualité en Espagne. Sans bruit.