Dormir au frais est devenu presque impossible à Barcelone cet été. La capitale catalane vient de battre un record vieux de plusieurs décennies : la ville a déjà enregistré 52 nuits durant lesquelles la température n’est jamais descendue sous les 25°C. Et l’été n’est pas encore terminé.
Barcelone n’avait encore jamais connu autant de nuits aussi chaudes. La station météorologique de Barcelona – Can Bruixa a enregistré sa 52e nuit torride de l’été 2026, selon les données du Service météorologique de Catalogne (Meteocat). Une nuit est considérée comme « torride » lorsque la température minimale reste égale ou supérieure à 25°C. Avec 52 nuits de ce type alors que le mois d’août n’est pas terminé, Barcelone établit ainsi un nouveau record depuis le début des relevés de la station de Can Bruixa, il y a près de quarante ans.
Barcelone dépasse le terrible été 2003
Le précédent record remontait à l’été 2003, resté dans les mémoires pour sa canicule exceptionnelle en Europe. Cette année-là, la station de Can Bruixa avait enregistré 51 nuits torrides. En 2022, autre été particulièrement chaud, Barcelone en avait comptabilisé 46. Le contraste avec le début des années 2000 est spectaculaire. En 2000, 2007 et 2014, cette même station n’avait enregistré aucune nuit au-dessus du seuil des 25°C. Depuis 2020, ces nuits extrêmement chaudes sont en revanche devenues beaucoup plus fréquentes. Tous les étés de la décennie, à l’exception de 2021, ont dépassé les vingt nuits torrides à Can Bruixa.
Pourquoi les nuits sont-elles si chaudes à Barcelone ?
Le problème ne s’arrête pas lorsque le soleil disparaît. Pendant la journée, les immeubles, les façades et le bitume accumulent la chaleur. Une partie de cette énergie est ensuite restituée pendant la nuit, empêchant les quartiers les plus urbanisés de se rafraîchir suffisamment. C’est le phénomène d’îlot de chaleur urbain, particulièrement sensible dans une ville dense comme Barcelone. La proximité de la Méditerranée joue également un rôle : lorsque la mer est chaude et l’humidité élevée, les nuits peuvent devenir particulièrement difficiles à supporter, même lorsque les températures maximales de la journée ne battent pas de record.
Le véritable problème se produit pendant la nuit
Ces températures nocturnes ne constituent pas uniquement une question de confort. Deux études de l’Université polytechnique de Catalogne (UPC), citées cet été, concluent que la chaleur nocturne aurait provoqué davantage de décès à Barcelone que la chaleur diurne sur la période étudiée. Entre 2007 et 2018, les chercheurs ont attribué 721 décès aux températures nocturnes élevées, contre 571 aux températures diurnes, soit environ 26 % de plus. La raison est simple : après avoir affronté les fortes températures pendant la journée, l’organisme a normalement besoin de la nuit pour récupérer. Lorsque la température reste élevée jusque dans les appartements, cette récupération devient plus difficile, notamment chez les personnes âgées et celles souffrant de certaines pathologies.
Un été 2026 déjà exceptionnel en Catalogne
Le record barcelonais s’inscrit dans un été particulièrement chaud dans l’ensemble de la Catalogne. Le Meteocat avait déjà annoncé que juillet 2026 avait été le mois de juillet le plus chaud enregistré en Catalogne depuis 1950. Le début de l’été avait également été classé comme le plus chaud depuis le début de cette série climatique. Le 17 août, certains secteurs de Catalogne dépassaient encore largement les 39°C : la station de Vinebre, dans la province de Tarragone, enregistrait par exemple 41,2°C dans l’après-midi. Et Barcelone pourrait encore alourdir son record. Avec 52 nuits torrides déjà comptabilisées à la mi-août, le chiffre définitif de l’été 2026 ne sera connu que lorsque les températures nocturnes commenceront réellement à redescendre.
Pour les Barcelonais qui vivent sans climatisation, le record météorologique se traduit surtout par une réalité beaucoup plus concrète : des semaines entières à tenter de dormir avec plus de 25°C dehors, et souvent davantage encore à l’intérieur des appartements.



