Derrière la carte postale de la Costa Brava, la bataille contre les déchets

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Chaque été, la Costa Brava accueille des millions de visiteurs attirés par ses plages. Cette fréquentation s’accompagne d’une hausse des déchets et exerce une pression croissante sur le littoral. À Lloret de Mar, une petite embarcation baptisée la Gavina nettoie quotidiennement les eaux de baignade. Une réponse locale parmi les initiatives déployées sur le littoral catalan pour limiter les effets du tourisme estival.

13 heures, un mardi de la fin du mois d’août, sur la Costa Brava. À Cala Canyelles, près de Lloret de Mar, la plage est déjà bondée. Sous les parasols, entre serviettes et glacières, familles et vacanciers se détendent à quelques centimètres les uns des autres.

Sur l’eau, dans la zone des baigneurs, une petite embarcation à l’allure inhabituelle avance lentement. La Gavina est chargée de récupérer les déchets flottants le long des plages de Lloret de Mar.

20 kilos de déchets par jour

Jordi, marin professionnel, remonte les deux paniers métalliques perforés déployés de chaque côté de la coque de son petit bateau à moteur. Récoltés à la surface de l’eau, canettes, plastiques, polystyrène, emballages et serviettes hygiéniques sont remontés à bord et déposés dans des sacs poubelle.

Chaque été, de juin à septembre, la Gavina parcourt quotidiennement le littoral de Lloret, de Cala Treumal à Cala Canyelles, pour récupérer résidus solides et graisses flottant à la surface de l’eau. Selon la mairie, environ 20 kg de déchets sont ainsi prélevés quotidiennement. Mais le dispositif a ses limites : les microplastiques lui échappent, tout comme les déchets déjà immergés sous la ligne de flottaison.

« Le tourisme, la massification des gens apporte plus de déchets. C’est inévitable. La question n’est pas de savoir quel type de touriste, mais si on double ou triple la population, on crée forcément plus de déchets », constate Jordi. Sur l’eau, il retrouve surtout des déchets venus des plages et des bateaux, mais aussi amenés par les rivières après les pluies.

Mais il observe une amélioration sur le long terme. « Quand j’ai commencé, en 2000, on récupérait beaucoup plus de déchets. […] Aujourd’hui, il y a des jours où on récupère un demi-sac, alors qu’à l’époque on en récupérait quatre par jour ».

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Une embarcation Gavina récolte les déchets flottants sur la Costa del Sol | Photo : Ecolmare

En juillet et août, la production de résidus bondit

À terre, le nettoyage est lui aussi quotidien de juin à septembre. Entre 4 heures et 10 heures du matin, des engins mécaniques parcourent le sable pour récupérer les déchets, tandis que deux équipes assurent chaque jour un ramassage manuel pour éviter que ces déchets se retrouvent dans la mer.

Bouteilles, canettes, parasols, serviettes ou autres objets laissés sur les plages : selon le responsable du service, environ 30 m³ de déchets sont collectés chaque jour entre Cala Treumal et Canyelles. Sur les quatre mois de haute saison, cela représenterait environ 3 600 m³, soit l’équivalent d’une piscine olympique et demie.

Ces volumes locaux s’inscrivent dans une pression beaucoup plus large. En 2025, la Costa Brava a accueilli 7,2 millions de touristes, représentant 26,3 millions de nuitées, selon le Patronat de Turisme Costa Brava Girona.

Environ un quart des déchets produits sur l’ensemble de l’année se concentre sur les seuls mois de juillet et août dans plusieurs communes touristiques du littoral. À Platja d’Aro, près de 40 % des déchets annuels sont générés pendant les trois mois d’été.

Lire aussi : Face à l’afflux précoce de visiteurs, la Costa Brava avance sa saison balnéaire

Nettoyer, recycler, mais surtout éviter que les déchets arrivent en mer

Face à cette pression saisonnière, initiatives publiques et citoyennes se multiplient. À Lloret de Mar, les plages sont sans fumée depuis 2024, notamment pour réduire la présence de mégots dans le sable et dans la mer, particulièrement difficiles à retirer.

À Platja d’Aro, le taux de collecte sélective dépasse 50 %, un résultat dans la moyenne catalane malgré l’afflux touristique, que le maire attribue à la forte densité de conteneurs mis à disposition. À Palamós, les pêcheurs participent également au retrait des déchets marins ramenés accidentellement dans leurs filets dans le cadre du programme Pesca Neta. Des opérations de nettoyage des fonds marins sont également organisées avec des plongeurs bénévoles sur plusieurs points de la Costa Brava.

À l’échelle de la destination, le Patronat de Turisme Costa Brava Girona est aussi signataire de la Global Tourism Plastics Initiative de l’ONU, qui encourage les acteurs du tourisme à réduire l’usage du plastique. Mais pour Jordi Cruz, membre de SOS Costa Brava, collectif écologiste engagé dans la protection du littoral, le problème dépasse largement ce que les vacanciers abandonnent sur le sable. Une bonne partie de la pollution arrive par les rivières, surtout après de fortes pluies, qui charrient déchets végétaux, plastiques et microplastiques jusqu’à la mer. « Il faut traiter le problème à une échelle bien plus large : réduire fortement la consommation de plastique, agir sur sa production, développer de vrais matériaux biodégradables, » estime-t-il.

La Gavina, elle, continuera de sillonner les eaux de Lloret jusqu’à la fin du mois de septembre. Un nettoyage utile à l’échelle d’une plage, mais qui intervient une fois les déchets déjà arrivés sur le littoral. Sur une Costa Brava fréquentée chaque année par plusieurs millions de visiteurs, l’enjeu reste surtout de réduire ces déchets avant qu’ils n’atteignent le sable et la mer.

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Image de Fanny Gauret

Fanny Gauret

Journaliste et vidéaste basée à Barcelone. Après près de quinze ans passés à Euronews, où elle a signé quelque 200 reportages à travers l'Europe sur les enjeux économiques, sociaux et la transition énergétique, elle est aujourd'hui indépendante. Elle se consacre désormais aux sujets de société et d'environnement.
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Fanny Gauret

Journaliste et vidéaste basée à Barcelone. Après près de quinze ans passés à Euronews, où elle a signé quelque 200 reportages à travers l'Europe sur les enjeux économiques, sociaux et la transition énergétique, elle est aujourd'hui indépendante. Elle se consacre désormais aux sujets de société et d'environnement.

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