Après avoir passé près de trois ans à modérer des contenus violents pour Meta à Barcelone, Inés Mendoza s’est donné la mort le 4 octobre à Lyon. Sa famille entend poursuivre Meta et son sous-traitant Telus.
Inés Mendoza, une jeune Française, a commencé à travailler en 2022 au cœur de la Torre Glòries, à Barcelone, pour la société sous-traitante chargée de la modération des contenus de Meta. Pendant près de trois ans, elle a été confrontée à des publications que les utilisateurs de Facebook et Instagram ne voient normalement jamais. Son travail consistait à les visionner, les évaluer et, lorsqu’elles contrevenaient aux règles de Meta, les supprimer.
Images violentes, scènes de mort, agressions sexuelles ou encore vidéos de suicides : autant de contenus auxquels les modérateurs pouvaient être exposés quotidiennement.
En 2023, alors qu’elle travaillait encore pour l’entreprise, Inés avait déjà tenté de mettre fin à ses jours. L’organisme chargé de la couverture des risques professionnels lui aurait alors recommandé de quitter son poste, en raison de la dégradation de son état de santé. Elle restera pourtant dans l’entreprise jusqu’en février 2025.
Quelques mois avant sa mort, Inés Mendoza avait commencé à raconter son histoire aux avocats qui accompagnent plusieurs centaines d’anciens modérateurs de Meta à Barcelone. En avril 2026, elle leur avait confié sa première tentative de suicide et expliqué qu’elle établissait un lien entre la dégradation de sa santé mentale et son exposition répétée aux contenus violents.
La jeune femme avait également expliqué s’être sentie vulnérable et isolée au moment de son départ de l’entreprise. L’accord conclu à cette occasion aurait notamment évoqué de mauvais résultats professionnels et comporté une clause de renonciation à de futures poursuites judiciaires.
Un centre de modération au cœur des procédures judiciaires
Le drame d’Inés Mendoza s’inscrit dans un contentieux plus large autour du centre de modération de la Torre Glòries. Ouvert en 2018, celui-ci était exploité par CCC Barcelona Digital Services, une société sous-traitante ensuite rachetée par le groupe canadien Telus. Plusieurs milliers de salariés s’y sont succédé pour le compte de Meta, avec pour mission d’examiner les contenus signalés sur Facebook et Instagram.
Les conditions de travail et leurs conséquences sur la santé mentale des salariés font depuis plusieurs années l’objet de procédures judiciaires. En 2024, la justice catalane a notamment reconnu comme accident du travail les troubles psychiques développés par un ancien modérateur après son exposition répétée à des contenus violents. L’Inspection du travail avait également relevé des manquements dans l’évaluation des risques psychosociaux au sein du centre.
Le centre a finalement fermé ses portes en avril 2025. Plus de 2 000 personnes y travaillaient alors pour le compte de Meta. Mais cette fermeture n’a pas mis fin au contentieux. En juin 2026, 627 anciens salariés avaient déjà signé une action collective contre l’entreprise, tandis qu’une centaine d’autres étaient en cours d’adhésion. Peu avant sa mort, Inés Mendoza avait elle aussi engagé des démarches pour les rejoindre.
Sa famille entend désormais saisir la justice afin que soient examinés les liens éventuels entre son travail de modération, la dégradation de sa santé mentale et son décès. Elle souhaite notamment que soient éclaircies la manière dont l’entreprise a pris en charge ses difficultés psychologiques et les circonstances dans lesquelles son départ a été négocié.



