Une partie de la classe politique estime qu’il est possible que l’Espagne connaisse des troubles à la suite des émeutes françaises.
L’ambiance de guerre civile française et les terribles images de désolation de Paris et des grandes villes ont largement traversé la frontière. Les médias ont fait leur une de l’insurrection française. Et un certain nombre de responsables politiques espagnols estiment que le pays n’est pas immunisé contre un effet de contagion des violences.
Sans surprise, c’est du côté le plus à droite de l’échiquier politique que se font entendre ces théories. La présidente de la région de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, établit un parallèle entre les émeutes françaises et les tensions observées dans la capitale espagnole. Ce lundi, des enseignants en grève ont perturbé un événement de sa conseillère à l’Éducation. Ayuso elle-même a été bloquée pendant 45 minutes dans un bâtiment du centre de Madrid en raison de manifestations. Elle évoque le risque que les événements français soient reproduits dans les rues madrilènes et accuse une partie de la gauche de favoriser les confrontations politiques. Cependant, les incidents madrilènes restent sans commune mesure avec les destructions françaises.
Du côté des nationalistes, Santiago Abascal, le président de Vox, a publié dès samedi un message incendiaire sur son compte X. Le leader de la droite radicale a partagé une photo où l’on voit deux retraités dépouillés dans les rues de Paris avec ce commentaire : « La gauche islamiste a attiré ces sauvages dans la rue (…) les retraités seront traités de cette manière en Espagne avec [le Premier ministre] Pedro Sánchez. » Il convient d’ajouter que cette photo est un fake réalisé par l’IA, comme l’ont démontré nos confrères de Libération.
Convergence des crises
Plus à gauche, sur la radio Cadena Ser, la politologue Ruth Ferrero, de l’université Complutense de Madrid, apporte une analyse particulièrement intéressante pour comprendre pourquoi la crise française pourrait trouver un écho en Espagne. Elle ne commente pas les émeutes mais se focalise sur la crise sociale des deux pays. Selon Ferrero, les jeunes Français et Espagnols ont grandi dans une succession de crises économiques et sociales qui ont progressivement affaibli leurs perspectives d’avenir. Elle évoque notamment l’impossibilité de devenir indépendant financièrement, la crise du logement, la dégradation des services publics et la défiance envers les partis traditionnels. La politologue considère que ces problèmes concernent plusieurs pays européens. Elle souligne aussi que la manière dont les gouvernements répondent aux mobilisations peut favoriser soit leur apaisement, soit une radicalisation.
La grève générale du 11 novembre risque de dégénérer
Cependant, c’est le 11 novembre prochain que le risque est le plus grand pour l’Espagne de subir une vague de violences de rue. L’Espagne se prépare à une grève générale de 24 heures pour dénoncer la crise du logement et les difficultés croissantes des salariés à se loger. Soutenue par CCOO et UGT, la mobilisation sera la première de cette ampleur organisée par les deux grands syndicats espagnols depuis quatorze ans. La mobilisation intervient dans un contexte de forte tension autour du logement en Espagne. Ces dernières semaines, les manifestations et rassemblements se sont multipliés dans plusieurs grandes villes. À Madrid, des militants ont notamment installé un campement sur la Puerta del Sol pour dénoncer la hausse des loyers, les expulsions et les difficultés croissantes d’accès au logement. La même chose a lieu à Barcelone sur la Plaça Catalunya. Le calendrier donne également à cette mobilisation une dimension politique particulière. La grève générale doit avoir lieu en pleine campagne électorale, le scrutin aura lieu le dimanche 29 novembre. C’est la première fois dans l’histoire du pays qu’un tel fait se produit. Les tensions seront fortes. La violence pourrait exploser si des black blocs européens font le trajet pour déstabiliser une nouvelle nation européenne.



