La police municipale de Barcelone a mené une vaste opération cette semaine contre les fraudes réalisés par les chauffeurs de taxi.
À Barcelone, les nuits d’été sont propices à toutes les dérives. Surtout aux abords des discothèques du front de mer (Opium, Shoko, CDLC), là où les touristes sortent fatigués et parfois alcoolisés, faciles proies pour une poignée de chauffeurs de taxi peu scrupuleux. Certains désactivent ainsi leur taximètre pour gonfler le tarif, parfois jusqu’à tripler le prix réel de la course. Un abus pas si rare que ça, puisqu’il a mené à une opération de la Guardia Urbana dans la nuit de dimanche à lundi sur le passeig Marítim.
En quelques heures, les agents municipaux ont inspecté 135 véhicules. Neuf infractions ont été constatées, dont deux cas de taximètre coupé en pleine course, et sept liés à une mauvaise utilisation de la “tarifa cerrada”, ce système de prix fixe censé garantir un tarif connu à l’avance, mais souvent détourné pour surfacturer.
L’intervention a pris les fraudeurs de court. Dès le lendemain, les alentours des discothèques et de la gare de Sants, autre zone sensible, étaient étrangement calmes. Les chauffeurs peu scrupuleux semblaient s’être volatilisés. Lors de nouveaux contrôles effectués lundi soir, seuls 65 taxis ont été arrêtés, et une seule infraction a été relevée. Un changement brutal, qui montre que la présence policière peut suffire à freiner les pratiques abusives – au moins temporairement.
Un laxisme dénoncé par les chauffeurs honnêtes
La profession reste pourtant marquée par un profond déséquilibre. Les conducteurs honnêtes, majoritaires, dénoncent depuis des années l’inaction des autorités face à ces dérives. Beaucoup se disent exaspérés de voir leur image ternie par une minorité incontrôlable. Certains racontent même avoir été menacés pour avoir tenté de documenter les abus.
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Les sanctions prévues sont pourtant importantes : jusqu’à 1 400 euros d’amende pour une course sans taximètre. Mais leur application reste rare. L’Institut Metropolità del Taxi, organisme de contrôle rattaché à la métropole, ne compte que trois inspecteurs pour toute la zone. Un quatrième devrait être recruté en septembre. En vingt mois, seuls 144 dossiers ont été ouverts et six licences retirées, un chiffre dérisoire au regard de l’ampleur du phénomène.
Les professionnels du secteur réclament des mesures plus dissuasives. Une réforme de la loi catalane sur le transport de passagers en véhicules de moins de neuf places est actuellement en cours. Elle pourrait renforcer l’arsenal juridique contre les récidivistes. Pour l’heure, les fraudeurs continuent de prospérer dans les angles morts du système.