Barcelone ne serait pas la même sans ses cafés et restaurants à chaque coin de rue. Alors si, avec ses plus de 10 000 bars et restaurants, boire un verre ou aller au restaurant est plutôt chose courante, régler l’addition semble parfois être un simple détail. Reportage.
Photos : LF/Equinox
Lors d’une belle journée ensoleillée de janvier, sur la terrasse du café Zurich, à Plaça Catalunya, une jeune femme commande un café con leche. Puis, elle se laisse tenter par un bocadillo. Le temps que Cristian, le serveur, revienne, elle s’est évaporée, emportant l’addition avec elle. En 24 ans de service dans cet établissement, c’est un rituel quasi quotidien pour ce professionnel de la restauration, mais aussi pour ses collègues de la capitale catalane.
Que ce soit un simple défi entre amis ou une habitude bien rodée, Barcelone est presque quotidiennement la cible des « simpa », ces clients qui partent sans payer (« sin pagar »). Pour éviter ces problèmes, les serveurs demandent souvent de régler l’addition immédiatement, mais le phénomène persiste malgré tout.
Quand l’addition disparaît
« La semaine passée, mes collègues ont vu trois ou quatre personnes qui sont parties sans payer. Mais ça arrive à tout le monde, je l’ai déjà subi », explique Angie, en poste à Poca Solta, sur la Rambla Catalunya. Un fait confirmé par la majorité des restaurateurs interrogés, qui déclarent « être sur leur garde mais ne pas y échapper ». L’objectif de ces personnes reste le même : manger à l’œil, sans dépenser le moindre centime.
Pour arriver à leurs fins, ces fugitifs de l’addition expérimentent plusieurs astuces. Les plus discrets profitent généralement d’un départ d’un grand groupe pour se faufiler et passer inaperçus. Certaines astuces finissent par devenir des classiques, tandis que d’autres font preuves de plus d’imagination.
Dans un établissement du Passeig de Gràcia, un client a prétexté avoir oublié sa carte chez lui et, pour garantir le paiement, a laissé un téléphone à charger. Il n’est jamais revenu le récupérer, et le personnel s’est ensuite rendu compte que l’appareil était en fait défectueux, rendant l’arnaque encore plus audacieuse.
Les profils derrière le “resto-basket”
Même si quelques restaurateurs pointent du doigt les Italiens et les Français en tant qu’adeptes de cette mauvaise habitude, les profils restent diversifiés. Du groupe de jeunes à la femme enceinte bien habillée, en passant par la personne seule, ce sont autant de « simpa » potentiels, ont pu observer par expérience les serveurs. Donc les locaux aussi peuvent être acteurs de ces méfaits, comme l’a pu affirmer Jose, serveur depuis quelques années à König.
Postés en haut des Ramblas, deux policiers municipaux nous expliquent qu’il s’agit souvent d’habitués. « Ils savent qu’en dessous de 400 euros, leur infraction est considérée comme un délit mineur, leur permettant d’échapper à une peine de prison. » Alors ces récidivistes ne se privent pas de commander champagne, vin, bières ainsi que tous les produits les plus chers.
Arnaqueurs… et fiers de l’être
L’escroquerie la plus connue des Ramblas est « l’arnaque à la sangria ». L’individu va venir consommer pour une vingtaine d’euros de sangria, puis il va refuser de payer « en espérant que, par manque d’envie d’enclencher plus de démarches, le vendeur le laissera partir ».
Mais ces malfaiteurs, pour la plupart, ne s’en cachent plus et s’en vantent, a confié un gérant d’un restaurant place Catalunya. « Vous m’arrêtez ici, d’accord, mais déjà là-bas je n’ai pas payé mon whisky », avait affirmé l’un d’eux lors d’une arrestation.
Quelques établissements réussissent tout de même à s’en protéger. Si Barcelone n’a pas connu de cas aussi extrêmes, l’Espagne a vu des « rois de la simpa », comme Antonio Miguel Grimal Marcol à Murcie, arrêté près de 60 fois en six ans pour avoir accumulé les repas impayés, un véritable champion du resto-basket. À ce rythme, mieux vaut ne jamais lâcher l’addition des yeux.

