jeudi 22 janvier 2026

Pourquoi tant de catastrophes en Espagne actuellement ?

En Espagne, crashs de trains, inondations, pannes électriques et incendies rythment brutalement l’actualité récente. Une question s’impose : que se passe-t-il actuellement dans le pays ? Éléments de réponse.

Ce n’est plus une simple succession d’accidents. L’Espagne traverse une accumulation de crises qui met en lumière des fragilités structurelles anciennes et contemporaines. Les inondations de 2024, le black-out électrique de 2025, les incendies de l’été dernier et les accidents ferroviaires de janvier 2026 ne relèvent pas du hasard. Ils traduisent un pays où le climat évolue plus vite que les infrastructures, où des choix techniques hérités du passé nécessitent des investissements difficiles à prioriser, et où les moyens humains et matériels peinent à suivre face à la multiplication des risques.

Chemins de fer : un héritage historique mal adapté aux défis actuels

Le réseau ferroviaire espagnol est riche par son histoire, mais marqué par des choix techniques anciens et des investissements inégaux. La première ligne, reliant Barcelone à Mataró, date de 1848. La construction d’un réseau réellement moderne n’a débuté qu’à la fin du XIXᵉ siècle, portée par des capitaux étrangers.

Pendant longtemps, l’Espagne a souffert d’un réseau moins dense et moins intégré que celui de ses voisins, conséquence d’un choix politique opéré sous le régime franquiste. L’écartement spécifique des rails visait à empêcher une invasion ferroviaire militaire. Au XXᵉ siècle, la priorité accordée au transport routier a accentué ce retard structurel, dont les effets se font encore sentir aujourd’hui dans la faible résilience du réseau.

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Si les lignes à grande vitesse ont bénéficié d’investissements massifs depuis les années 1990, les voies conventionnelles et leurs infrastructures – tunnels, ponts, talus – restent inégalement modernisées. Lors des inondations de 2024, les équipes d’Adif ont dû intervenir sur des dizaines de kilomètres de rails, révélant la vulnérabilité persistante de certaines sections face aux phénomènes extrêmes.

Entre dimanche et mardi dernier, deux accidents ferroviaires meurtriers ont profondément choqué le pays. Le 18 janvier, près d’Adamuz, en Andalousie, un déraillement suivi d’une collision frontale a fait 42 morts et 292 blessés sur une portion de ligne fragilisée par des glissements de terrain. Deux jours plus tard, le 20 janvier, un train de banlieue a déraillé entre Gelida et Sant Sadurní d’Anoia, au sud de Barcelone. L’effondrement d’un mur de soutènement sur les voies a causé la mort du conducteur et blessé 37 personnes. Ces drames successifs montrent que certaines lignes, qu’elles soient à grande vitesse ou locales, ne résistent plus aux conditions difficiles, transformant des incidents techniques en catastrophes humaines.

Infrastructures hydrauliques vieillissantes : des barrages sous pression

Les barrages et réservoirs demeurent un pilier de la gestion de l’eau en Espagne, à la fois pour prévenir les inondations et stocker l’eau en période de sécheresse. Le barrage de Forata, construit en 1969 sur la rivière Magro, dans l’arrière-pays valencien, en est une illustration. Lors de la tempête d’octobre 2024, il a retenu près de 30 hectomètres cubes d’eau, limitant partiellement les dégâts d’un épisode météorologique d’une violence exceptionnelle, qui a provoqué des centaines de morts.

Mais la capacité limitée du réservoir, inadaptée à ce type de phénomène, a révélé les failles de ces infrastructures face au changement climatique. Plus de 75 % des barrages espagnols ne disposaient pas de plans d’urgence actualisés, tandis que la surveillance des équipements s’avérait souvent obsolète. Un programme de modernisation lancé en 2025 a mis en évidence des années de maintenance insuffisante, fragilisant des ouvrages pourtant essentiels.

Un système électrique fragilisé par des causes structurelles

Le réseau électrique espagnol montre lui aussi des signes de faiblesse. La grande panne nationale d’avril 2025, comme la multiplication récente des coupures locales, en est l’illustration. Conçu pour une production centralisée et des pics de consommation prévisibles, le système peine désormais à absorber la combinaison de vagues de chaleur extrêmes, d’une forte demande liée à la climatisation et d’une intégration encore imparfaitement maîtrisée des énergies renouvelables.

Dans de nombreuses régions, les lignes de distribution restent anciennes, peu enterrées et mal protégées contre les incendies, les vents violents ou la chaleur extrême. À cela s’ajoute une interconnexion limitée avec le reste de l’Europe, réduisant la capacité d’importation d’électricité en période de tension. Faute d’investissements suffisants dans le stockage, la modernisation des postes électriques et la maintenance du réseau, ces déséquilibres risquent de se répéter, notamment lors des étés à venir.

Climats extrêmes, risques amplifiés : une Espagne en surchauffe

L’Espagne figure parmi les pays européens les plus exposés au changement climatique. Vagues de chaleur, sécheresses prolongées, pluies torrentielles et incendies gagnent en intensité et en fréquence. Selon l’OCDE, la durée moyenne de l’été a augmenté d’environ cinq semaines depuis les années 1980, accentuant la vulnérabilité du pays face aux feux de forêt et aux pénuries d’eau. Ces dernières années, des milliers d’hectares de forêts sont partis en fumée, menaçant directement les zones habitées.

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Même les systèmes les plus solides finissent par céder lorsque les moyens ne suivent plus. En Espagne, les services de protection civile et d’intervention d’urgence évoluent depuis des années sous forte contrainte budgétaire, selon des chiffres du ministére de l’Intérieur, alors que les risques naturels et techniques augmentent. Les effectifs dédiés à la prévention des incendies, à la gestion des barrages et à la maintenance des infrastructures sont régulièrement jugés insuffisants.

Chaque été, des milliers de pompiers, d’agents locaux et d’unités militaires doivent être mobilisés simultanément sur plusieurs fronts, notamment lors des grands feux de forêt, dépassant parfois les capacités locales de réponse. La question n’est plus de savoir si un nouveau drame surviendra, mais si l’Espagne saura y répondre autrement que dans l’improvisation.

Lire aussi : Pourquoi et comment le train a déraillé en Catalogne ?

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