Dans le cadre de la présentation de la fondation Emet-Verdad, qui entend lutter contre la montée de l’antisémitisme et retisser des ponts entre les confessions, l’ancien Premier ministre français a rappelé à Barcelone que « l’antisémitisme est le problème de tous ».
Photos : Equinox
Un climat solennel planait hier soir dans le Saló del Tinell, l’une des salles historiques les plus emblématiques de l’hôtel de ville de Barcelone pour la présentation de la fondation Emet-Verdad. Cette initiative est née d’un constat alarmant : la hausse très marquée des actes antisémites en Espagne, avec une augmentation annoncée de +321 % sur l’année 2024, selon les organisateurs.
Si l’Espagne reste encore loin des chiffres observés dans d’autres pays européens — avec environ 5 000 actes antisémites recensés chaque année en Allemagne, 2 500 en France, contre 200 à 300 en Espagne — la tendance inquiète. D’autant plus dans un climat barcelonais marqué par la multiplication de manifestations pro-palestiniennes, où apparaissent régulièrement des slogans tels que « du fleuve à la mer », perçus par une partie de la communauté juive comme une négation de l’existence de l’État d’Israël, pourtant reconnu par l’ONU.
La récente profanation du cimetière juif de Les Corts, à Barcelone, rappelle que la menace plane toujours. Selon les organisateurs de la soirée, la communauté juive compterait environ 20 000 personnes en Catalogne et 100 000 en Espagne.
« Nous n’aurions jamais imaginé voir cela au XXIᵉ siècle »
Les prises de parole se sont succédé, mêlant analyses politiques et témoignages personnels. Plusieurs intervenants ont exprimé leur sidération face à une situation que beaucoup pensaient appartenir au passé. « Nous n’aurions jamais imaginé voir cela au XXIᵉ siècle », a résumé l’une des participantes.
Le témoignage de Raquel, étudiante barcelonaise, a particulièrement marqué l’assemblée composée des membres de la communauté juive, dont des Français installés à Barcelone, et d’autres personnes de la société civile comme le chef Romain Fornell. Raquel raconte se sentir aujourd’hui ostracisée en raison de sa confession juive alors que, comme elle le rappelle, « elle est barcelonaise avant tout ».
Manuel Valls : « l’antisémitisme est le problème de tous »
Prenant la parole à son tour, Manuel Valls a tenu à rappeler que la lutte contre l’antisémitisme dépasse largement la seule communauté juive. « Je ne suis pas juif, mais l’antisémitisme est le problème de tous », a-t-il affirmé. « La haine contre les Juifs a toujours été les prémices de grandes catastrophes. »
L’ancien Premier ministre a insisté sur la nécessité de séparer la critique de la politique du gouvernement israélien de l’amalgame avec l’ensemble des personnes de confession juive, rappelant que beaucoup peuvent être en désaccord avec cette politique. Il a également reconnu, avec un peu de mal puisque c’est sa famille politique, qu’une partie de la gauche européenne instrumentalise désormais cette haine à des fins électoralistes. Comme le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez et le maire de Barcelone Jaume Collboni, qui ont soutenu publiquement les manifestations pro-palestiniennes qui se sont déroulées dans le pays en octobre dernier.
