Menacée par l’érosion et la montée des eaux, la ligne de train du littoral catalan fait face à un dilemme : renforcer les aménagements en bord de mer ou déplacer la voie vers l’intérieur. Un choix lourd d’enjeux urbains, climatiques et financiers.
La ligne R1 des trains régionaux Rodalies, qui longe la côte du Maresme depuis Barcelone jusqu’à Mataró, est sous pression. Mise en service il y a 177 ans, c’est la plus ancienne ligne ferroviaire d’Espagne. Chaque épisode de vents forts et de houle endommage les voies situées en bordure de mer, entraînant des interruptions de service et des risques pour la sécurité des passagers.
Pour les géologues de Catalogne, la situation actuelle montre que les aménagements ferroviaires en bord de mer ne suffiront pas face à l’intensification des phénomènes marins. Ils affirment que la ligne est condamnée à terme si elle reste à sa position actuelle et demandent d’ores et déjà son transfert vers l’intérieur, une proposition qui alimente un débat technique, politique et financier majeur.
Un littoral sous pression : réalité et conséquences
La côte du Maresme est soumise à des forces naturelles puissantes. Les vagues issues de tempêtes récentes ont littéralement érodé des sections de voies ferrées et des infrastructures adjacentes, comme la promenade maritime de Badalona, provoquant des effondrements qui ont interrompu le trafic ferroviaire.
Les géologues estiment que les mouvements naturels du littoral caractérisant cette portion de la Méditerranée, combinés à la montée progressive du niveau de la mer et au recul des plages, compromettent à terme la viabilité du tracé existant. Selon des observations scientifiques, le niveau de la mer a augmenté d’environ 10 centimètres en 30 ans en Catalogne, et la majorité des plages ont reculé significativement.
Ce phénomène n’est pas isolé : la mission Copernicus de l’Union européenne avait déjà mis en lumière il y a plusieurs années la vulnérabilité du tracé côtier face au changement climatique, avec des tempêtes capables de fragiliser la base des voies ferroviaires.
Rester sur le littoral ou déplacement radical ?
Face à cette menace, deux visions s’opposent. D’un côté, les ingénieurs civils et autorités du ministère des Transports privilégient une stratégie consistant à renforcer la protection côtière, avec des infrastructures adaptées, digues, élévations de voies, barrières naturelles ou artificielles, et un plan d’investissement soutenu sur dix ans. Cette approche vise à maintenir la ligne en place tout en minimisant les perturbations des services ferroviaires et la charge financière immédiate.
Pour eux, il s’agit d’une solution pragmatique et nécessaire à court et moyen terme : sans protection suffisante, la fiabilité du réseau serait compromise, avec pour conséquence des interruptions fréquentes des trains et une insécurité accrue pour les usagers.
À l’inverse, l’association des géologues de Catalogne soutient que ces mesures resteront insuffisantes face à l’évolution du climat et à l’érosion naturelle. Les murs de défense côtiers peuvent en effet provoquer des effets de rebond des vagues, accentuant la dégradation des sols et fragilisant encore davantage les fondations.
La seule solution viable à long terme est donc de déplacer la ligne ferroviaire vers l’intérieur des terres, hors de l’influence directe de la mer. Cette proposition repose sur une vision d’adaptation proactive au changement climatique, plutôt que sur une lutte défensive contre des forces naturelles de plus en plus puissantes.
Le transfert : un projet titanesque et complexe
Le projet de transfert envisagé par les géologues serait sans précédent dans la région. Il impliquerait la création d’un nouveau tracé ferroviaire d’environ 30 kilomètres. Une telle construction pourrait s’étaler sur une trentaine d’années, selon les experts, et nécessiterait des investissements colossaux. Des études sur cette solution avaient déjà été évoquées auparavant, mais elles n’avaient jamais été menées à l’époque à cause des coûts et de la complexité technique.
Selon les spécialistes, le tracé envisagé serait souterrain sur une grande partie de son parcours pour répondre à la topographie et aux besoins urbains, mais il pourrait aussi passer à l’air libre le long de l’autoroute C-32 sur certains tronçons, ce qui réduirait les coûts.
Les défenseurs de cette alternative soulignent qu’un transfert par phases, étalé sur plusieurs décennies, pourrait rendre le projet financièrement viable, tout en offrant une meilleure intégration urbaine et une ouverture vers la mer des espaces actuellement occupés par la ligne ferroviaire.
Toutefois, ce scénario appelle à lever des obstacles importants : financement estimé à plusieurs milliards d’euros, coordination entre administrations locales et gouvernementales, et acceptation par les populations concernées. À ce jour, aucune étude formelle n’a été réalisée sur ce projet ambitieux.

