Malgré des salaires plus faibles qu’en France et des loyers en hausse, Madrid attire et offre de nombreuses opportunités pour les Français. L’an dernier, la capitale espagnole a recensé 150 000 nouveaux travailleurs, un record national.
« Chez les candidats qui rejoignent l’Espagne, on constate une envie de trouver un équilibre entre la vie privée et professionnelle, avoir un projet pro qui plaît tout en y trouvant un équilibre personnel », témoigne Julie Ragot del Potro, spécialiste du recrutement dans le leadership.
Le principal atout de l’Espagne et de Madrid, « surtout concernant la génération Z (nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010 NDLR), c’est la qualité de vie, la sécurité et le climat », précise-t-elle. En revanche, les conditions des travailleurs sont moins avantageuses en Espagne. Dans la majorité des cas, le préavis de travail lors d’une démission ou d’un licenciement est de 15 jours contre 1 à 3 mois pour la France.
Le principal frein à l’installation : le salaire. En moyenne, il est de 20 à 30 % en dessous des revenus français à postes équivalents. Co-gérante de Will RH, spécialisée dans le recrutement, Sophie Lasne insiste sur ce point auprès des potentiels candidats à l’aventure madrilène : « On leur dit que l’Espagne n’est plus l’Eldorado qui ne coûte rien, les loyers sont élevés et les salaires ne suivent pas forcément ». Une réalité qui surprend plus d’un candidat au départ. Parmi eux, certains renonceront après avoir découvert le prix moyen des loyers dans la capitale.
Malgré cela, Madrid reste attractive pour les Français. L’installation croissante d’entreprises internationales et de centres de services européens transforme progressivement le marché de l’emploi madrilène. Officiellement, plus de 35 000 Français sont recensés mais ce chiffre est loin de la réalité, car nombre d’entre eux ne sont pas enregistrés.
Un marché du travail dynamique
Les plus belles offres sont à trouver du côté de la Tech, « un marché hyper dynamique à Madrid qui est en train de se faire une belle place, notamment avec l’influence de la French Tech », affirme Sophie Lasne.
La capitale attire désormais de nombreux groupes internationaux et se place parmi les places fortes des startups en Europe. Lors du Launch Event 2026 de Startup Olé, organisé le 19 février à Madrid, le conseiller à la Digitalisation Miguel López-Valverde déclarait que Madrid figurait désormais dans le Top 10 européen des investissements dans les startups avec plus de 1,2 milliard d’euros en 2025. Ces chiffres confirment l’importance croissante de la ville dans l’écosystème européen des startups.
À Madrid, le marché de l’emploi est marqué par une forte mobilité. « On est sur une forte rotation même si la tendance est plutôt à la stabilité dans les emplois occupés », constate Sophie Lasne. Les candidats se montrent plus réticents à changer qu’il y a quatre ans, face à un marché plus tendu, surtout en France.
En tant que chasseuse de tête, Julie remarque un taux de réponse plus élevé en Espagne où les gens sont plus à l’écoute, plus curieux face à une nouvelle opportunité. Sophie abonde en ce sens et ajoute que le marché du travail est immense avec une niche de recrutement francophone. Autant pour les nouveaux arrivants que pour les Français déjà bien installés.
Quels postes pour les Français ?
Le secteur de la Tech a donc le vent en poupe. Et ça tombe bien, car la France possède « un vivier de candidats qui sont tops sur les postes de Country Manager ou encore des Business Developer », souligne Sophie Lasne.
Peu importe l’expérience, qu’ils soient juniors ou seniors, tous types de profils sont convoités. Des sociétés françaises souhaitent avoir ces profils, « pour les accompagner dans leur développement en Espagne. Il y a aussi des entreprises déjà implantées en Espagne qui veulent se projeter sur le marché français », précise-t-elle.
Les fonctions commerciales sont également demandeuses en main-d’œuvre française. Autrefois dominants, les postes de conseillers clientèle ne sont plus aussi demandés.
Autre domaine en recherche de profils français : la Fintech. Les sites d’offres d’emploi comportent de nombreuses annonces dans ce secteur des services bancaires et financiers. Les entreprises sont aussi à la recherche de francophones pour des postes de téléopérateurs ou project managers.
Les conseils pour se démarquer
Une fois à Madrid, les candidats pourront notamment se pencher sur l’apprentissage de la langue de Cervantes. S’il n’est pas nécessaire de maîtriser parfaitement l’espagnol, notamment dans les postes de commerciaux, car le but est de trouver des clients en français, elle est tout de même un atout indéniable « sur des fonctions de support client par exemple, confirme Sophie Lasne.
Un profil multiculturel est très apprécié des sociétés. Il ne faut pas non plus sous-estimer les soft skills souligne Julie Ragot del Potro. « Les entreprises apprécient les aptitudes personnelles, ce que le travailleur a intrinsèquement, sa personnalité, sa capacité à tisser des relations, de communiquer et d’écoute. Ce sont des éléments clés pour un poste de commercial », détaille-t-elle.
Développer son réseau peut également être une clé pour l’emploi. La capitale dispose de nombreuses communautés de soutien, ou autres clubs d’affaires, notamment francophones.
Il existe des cabinets de recrutement spécialisés. Sophie Lasne gère l’un d’eux et recommande d’identifier les différents acteurs à même de recruter des francophones. Elle souligne l’importance de bien comprendre le marché et les questions de salaire avant d’envisager un départ en Espagne.
Une fois la décision prise, il est essentiel d’entamer rapidement les démarches administratives. Car la non-présentation du Numéro d’Identification des Étrangers, le fameux NIE, ou même de numéro de sécurité sociale, peut constituer un frein pour beaucoup de sociétés. Enfin, il faut prévoir un budget minimal de « trois mois de salaire pour absorber les premières dépenses », prévient Sophie.
Entre qualité de vie et concessions salariales, Madrid apparaît moins comme un Eldorado mais reste une opportunité intéressante pour les Français prêts à vivre une expérience à l’étranger.
