Canapés, pneus, gravats ou même carcasses de voitures : les chemins forestiers autour de la ville de Mataró, à 30 kilomètres au nord de Barcelone, se transforment régulièrement en dépotoirs à ciel ouvert. Face à l’accumulation d’ordures et à un phénomène de tourisme des déchets, la mairie tire la sonnette d’alarme pour protéger ces espaces naturels.
Depuis plusieurs mois, le spectacle est le même le long du Camino de Lorita. Sur ce sentier qui relie le quartier de Vallveric aux hauteurs de la montagne, canapés, réfrigérateurs, chaises et meubles jonchent le sol. Dans cette zone forestière située à proximité du centre de Mataró, les dépôts sauvages de déchets se multiplient, transformant certains chemins en véritables décharges improvisées.
Selon les données municipales de l’année 2025, près de 30 tonnes de déchets ont été collectées dans des décharges illégales sur le territoire de la ville. Parmi elles, entre dix et quinze tonnes ont été retrouvées directement dans des zones naturelles. Le long des sentiers et des cours d’eau proches de la zone urbaine nord, il n’est pas rare de tomber sur des débris de chantier, des pneus, des ordinateurs ou encore des meubles entiers.
Mais le problème ne se limite pas à l’accumulation ponctuelle d’ordures. D’après les observations réalisées ces derniers mois, les déchets peuvent rester plusieurs semaines avant d’être retirés par les services municipaux. À peine les équipes de nettoyage sont-elles intervenues que de nouveaux dépôts apparaissent.
Une municipalité sous pression
La mairie explique disposer d’un service spécifique chargé de gérer ces dépôts. Lorsque l’environnement est concerné, la collecte est effectuée deux fois par semaine. Mais ces moyens se révèlent insuffisants face à l’ampleur du phénomène. Dans le cadre du futur contrat municipal de nettoyage, qui doit entrer en vigueur en fin d’année, une collecte quotidienne est envisagée.
Xesco Gomar, adjoint au maire chargé de l’écologie urbaine, qualifie la situation de « préoccupante ». Elle représente à la fois un coût financier important pour la ville, une charge de travail supplémentaire pour les équipes de nettoyage et un risque pour l’image de la commune. « Mataró ne peut pas devenir la capitale des décharges du Maresme », prévient-il.
La municipalité souligne pourtant que plusieurs dispositifs existent déjà. Un service d’enlèvement des encombrants, deux déchetteries permanentes et des points de collecte mobiles ont été mis en place. Malgré cela, les dépôts illégaux persistent.
Selon Xesco Gomar, une partie du problème viendrait même de l’extérieur. Il dénonce un phénomène de « tourisme des déchets », avec des habitants de communes voisines venant abandonner leurs ordures dans la ville, parfois faute d’infrastructures adaptées chez eux.
Pour tenter d’endiguer la situation, la mairie a créé en 2025 une petite équipe d’inspecteurs chargés de surveiller l’espace public. Mais avec seulement deux agents pour une ville d’environ 130 000 habitants, les moyens restent limités. En théorie, le règlement municipal prévoit pourtant des sanctions sévères : jusqu’à 30 000 euros d’amende pour un dépôt sauvage, et jusqu’à 60 000 euros en cas de récidive. Dans les faits, il reste difficile d’identifier les responsables. La plupart du temps, explique la municipalité, les contrevenants ne peuvent être sanctionnés que s’ils sont pris en flagrant délit.