Ces Français de Barcelone qui votent Marine Le Pen

Par le 4 avril, 2017 Elections 2017

A trois semaines de l’élection présidentielle, certains Français de Barcelone ont choisi de donner leur voix à la candidate du Front National. Ils nous expliquent pourquoi. 

Marine Le Pen fait partie des 11 candidats en lice pour l’élection présidentielle. Pour la France, elle propose des mesures axées sur le renouveau de la souveraineté française détachée de l’Union européenne. Le pays, maître de ses propres décisions sans imposition aucune de la part de Bruxelles. Pour lutter contre la concurrence déloyale, elle souhaite mettre en place un plan de réindustrialisation et mise sur un protectionnisme fort. La candidate veut restreindre drastiquement l’immigration en renforçant les frontières. L’accès au droit d’asile, le regroupement familial et l’immigration de travail seront fortement limités afin de faire économiser à la France 8 milliards d’euros par an.


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En 2012, sur l’ensemble des Français de l’étranger, ils avaient été 5,95% à faire le choix du Front National, selon les chiffres du Ministère de l’intérieur. En Catalogne, Baléares et Aragon, ils avaient été 488 à donner leur voix à la candidate FN. Et selon un sondage réalisé par lepetitjournal.com en mars dernier, Marine Le Pen augmente aussi à l’étranger et comptabilise 10,5% d’intentions de vote chez les Français vivant hors de France. Un chiffre qui a donc presque doublé en cinq ans.

Protectionnisme fort, rétablissement de la souveraineté nationale ou l’impôt pour tous ? Quels points du programme de Marine Le Pen ont su séduire ces Français qui vivent à l’étranger et qui pour autant ne voient pas de contradictions entre leur position et le renforcement des frontières?

L’attrait pour le discours anti-Bruxelles

Au coeur de son programme, la candidate FN mise sur une politique anti-Union européenne. Avec au départ, dans ses propositions, un projet de quitter l’euro, elle souhaite désormais faire un référendum si elle est élue afin de consulter les Français sur ce sujet. Le fameux Frexit donc qui effrayait il y a encore quelques années mais qui commence à séduire. C’est le cas pour Christian, 39 ans et agent de sécurité, qui reproche l’influence de l’UE sur les multinationales françaises. Né en France, il est âgé de 18 mois quand sa famille part s’installer à Sant Cugat, banlieue chic à une vingtaine de Barcelone. Détenteur de la double nationalité, ce Franco-espagnol considère important de voter à l’élection présidentielle car il se sent « émotionnellement français ». Pour lui, « on ne doit plus être esclave de Bruxelles, je suis contre les lobbys économiques ».

Un rejet de l’Union européenne actuelle partagé par Jessica, 43 ans et illustratrice qui la considère comme « la nouvelle Union soviétique ». Parmi les votants FN Français de Barcelone contactés par Equinox, Jessica est l’une des rares qui a accepté de témoigner, en toute franchise. Pour cette Française qui habite en Catalogne depuis 20 ans, « la France doit retrouver sa souveraineté nationale et prendre les décisions seule ». Chez les partisans, il y a une volonté de voir l’influence des institutions européennes moins forte sur les décisions internes du pays. Un pan de la campagne de Marine Le Pen qui, pourtant fortement affirmé ces dernières années, tend à être moins mis en avant par la candidate et les membres du parti. Le mot Euro aurait-il été banni provisoirement du QG de campagne ? Quoiqu’il en soit, les partisans du FN souhaitent que la France reste leur France.


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« Notre France doit rester notre France »

Pour Jessica, la situation actuelle est alarmante : « Il faut se sortir de là et intervenir avant qu’il y ait une guerre civile ». Le climat de l’hexagone inquiète cette votante de Marine Le Pen. Elle affirme que c’est ce qui l’avait poussée à quitter la France. « J’ai vécu à Marseille et je peux vous dire qu’on ne sort pas en mini-jupe sans se faire insulter. Cette ville m’a ouvert les yeux, alors je suis partie ». Selon elle, la situation s’aggrave de jour en jour et il est urgent d’agir. Elle affirme toutefois « avoir sa vie à Barcelone » et n’imagine pas revenir en France à court terme, même en cas de victoire de sa favorite.

L’artiste-illustratrice explique ne pas correspondre au profil des habitués du FN. »Lorsqu’on pense adhérents au FN, on pense à des gros fachos avec le portrait d’Hitler chez eux. Loin de là. En tant que transsexuelle et lesbienne, je ne suis pas dans le profil dit classique mais cela ne m’empêche pas d’être d’accord avec le programme de Marine Le Pen ». Pourtant, les propos de la candidate n’ont pas toujours été tendres envers la communauté LGBT, notamment lors de l’adoption du mariage pour tous. Une position qui ne dérange pas cette adhérente au Front National qui voit d’autres priorités : « il y a deux branches dans le FN. Marion Maréchal Le Pen est beaucoup plus sévère. Marine Le Pen est très patriote, c’est la France avant tout ». Un programme avec la France au coeur qui convainc. « Notre France doit rester notre France. Il y a des valeurs incompatibles avec la République ».

La question de l’islam

« Dire qu’il y a des musulmans modérés est un mensonge » poursuit la future votante. Selon elle, cette religion est « incompatible » avec la France. Un avis partagé par Laurence, une juriste de 41 ans, française et qui vit à Barcelone : « on diabolise le Front National mais moi ce que je diabolise ce sont les personnes qui ne s’intègrent pas et qui comme au nom de la charia ont détruit plusieurs de nos familles et notre culture ». Souvent pointé du doigt dans les discours de Marine Le Pen et des élus FN, cet axe est une des raisons principales du choix de certains votants qui n’hésitent plus à donner leur avis sans aucune restriction. Pour Jessica, « l’Islam est un nouveau fascisme et moi, je suis anti-fasciste ».

Mais tous les votants FN ne partagent pas cette vision. Pour Christian, « les musulmans sont des Français comme les autres, ce n’est pas à moi de dire qui l’est ou qui ne l’est pas ». Selon lui, l’importance de ce vote c’est d’abord un rejet anti « UMPS » et une envie de voir une présidente anti-système. Et si les sondages donnent déjà Marine Le Pen au second tour, ce partisan n’est pas si confiant : « rien est joué, et cette fois-ci encore moins ».

Lauriane Huguet

Journaliste et chroniqueuse Equinox Radio Barcelone.
Originaire de Paris.