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Quel vote pour les orphelins de JL Mélenchon à Barcelone?

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Le leader de la France Insoumise a convaincu près d’un électeur sur quatre à Barcelone et réalisé un score historique de 19,58% au plan national. Pas assez toutefois pour accéder au second tour. Que projettent de faire ses votants barcelonais? Eléments de réponse. 

À Barcelone, les Français ont voté à 24,28% pour le candidat de la France Insoumise le plaçant en deuxième position. Dimanche 23 avril, après l’annonce des résultats, la déception était palpable dans un bar français de la capitale catalane. « On s’y attendait plus ou moins avec les sondages mais de voir Marine comme cela à l’écran, ça met un froid » lançait une jeune expatriée peu après 20h.

Jean-Luc Mélenchon, tout aussi désenchanté, a refusé de donner des consignes de vote déclarant n’avoir « reçu aucun mandat des 450 000 personnes » membres de son mouvement. L’homme qui a toujours combattu fortement les idées du Front National, a suscité avec ce silence une vague de critiques et d’incompréhension.

La semaine dernière, il a appelé ses militants à se prononcer en ligne sur le comportement à adopter en vue du second tour de l’élection présidentielle. Trois choix sont proposés : vote blanc, abstention ou Macron. Pas de Marine Le Pen mais sur les réseaux sociaux de nombreux militants du Front National, on voit circuler un tract d’extrême-droite «L’avenir en commun, c’est aussi avec Marine » destiné à convaincre les mélenchonistes de voter pour la candidate frontiste.


Lire aussi : Ces Français de Barcelone qui votent Jean-Luc Mélenchon


Faire barrage à Marine Le Pen

Luc, 25 ans, a lancé sa start-up l’année dernière à Barcelone. Comme 7 millions de Français, il a glissé un bulletin Mélenchon dans l’urne dimanche dernier. Et est très déçu du résultat au premier tour : « j’ai l’impression qu’on est repartis pour 5 ans d’Hollande et que très peu de choses vont changer ou avancer ». Quand on lui demande pour qui il compte voter au second tour, il est déterminé : « bien sûr je vais voter Macron pour faire barrage à ce monstre de Le Pen ». Et pourtant il n’adhère pas au candidat d’En Marche. Il se questionne sur le renouveau que tous les pro-Macron défendent corps et âmes.

Le jeune homme partage les convictions de J-L Mélenchon sur la question de l’environnement. Il est très critique envers E. Macron à ce sujet : « il est dans la continuité d’Hollande, il propose même des choses qui ont déjà été votées sous Hollande comme la réduction du nucléaire en 2030 ». Luc avait un réel espoir que le leader de la France insoumise soit élu. Il nous confie que l’idée de « voter Marine au second tour pour déclencher une révolution » lui a traversé l’esprit un instant.

Le FN comme remède anti-globalisation

Pour Karine par contre, le vote Front National est bien décidé. Étudiante en hôtellerie, elle a voté J-L Mélenchon au premier tour : « j’ai regardé tous ses meetings et pour moi, il a le charisme d’un homme d’État contrairement à Hollande ». Elle a été séduite par son engagement sur la planification écologique, sujet qu’aucun n’autre candidat n’a vraiment abordé d’après elle. À l’annonce des résultats, elle était dépitée : « après avoir lu les programmes des candidats, celui de Macron m’a semblé bien vide ».

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Karine avoue avoir déjà hésité à voter Marine Le Pen le 23 avril. Elle ne se considère ni extrémiste ni patriote en colère comme tous ceux qui s’expriment sur les réseaux sociaux, « certains parlent de déclencher une guerre, moi je n’ai pas peur de Marine j’ai juste espoir en la France ». La jeune fille de 20 ans ne voulait pas voter blanc, pour elle, aller aux urnes est un devoir de citoyen. Le projet de sortie de l’Union européenne, Karine ne s’y oppose pas, elle voit même cela comme une bonne chose pour son avenir : « dans le domaine de l’hôtellerie, on est très désavantagés par les entreprises multinationales qui s’implantent ».

La tentation de l’abstention

Entre la candidate frontiste et l’ancien banquier, certains électeurs de la France Insoumise préfèrent opter pour la troisième voie : l’abstention. C’est le cas de Karim, 39 ans, chercheur à l’Université Pompeu Fabra. Depuis les résultats du premier tour, il est un peu déboussolé. Il est contre Marine Le Pen et « sa préférence nationale » mais ce n’est pas pour autant qu’il soutient le leader d’En Marche : « Je suis contre Macron et toute sa clique CAC40-médias. Ces gens-là promettent le statu quo libéral pour les plus démunis pendant qu’ils se la coulent douce ».

Comme Luc, il pense qu’avec E. Macron les Français vont revivre le même quinquennat que François Hollande alors que certains « ont gravement besoin de changement ».  Au début, il pensait voter pour s’opposer au Front National mais face au chantage des pro-Macron, il va finalement s’abstenir. « On ne cesse d’entendre « si vous ne votez pas Macron, vous favorisez Marine Le Pen » mais on devrait plutôt nous proposer des choses concrètes et un programme qui donne de l’espoir ».

Dans les 9 bureaux de Barcelone, Marine Le Pen n’a recueilli que 4,6 % des voix au premier tour. Il est donc assez peu probable que le transfert des voix se fasse sur sa candidature au second tour. Mais si beaucoup s’abstiennent, la candidate FN peut-elle l’emporter ?

C’est ce que suggère en tous cas l’étude de Serge Galam, chercheur au CNRS et membre du Cevipof (centre de recherches politiques de Sciences Po), qui avait prédit le Brexit et la victoire de Donald Trump. Le physicien affirme que la candidate frontiste peut gagner, même avec des intentions de vote inférieures à celles d’Emmanuel Macron, s’il y a un fort écart entre les taux de participation pour l’un et pour l’autre. Il affirme :« par exemple avec une participation globale de 79% au second tour et 44% d’intentions de vote pour Marine Le Pen. Si 90% des personnes qui indiquent vouloir voter pour elle le font réellement, et que 70% de ceux annonçant qu’ils voteraient pour son concurrent le font réellement, elle obtient une majorité de 50,25%. Autrement dit, il existe un seuil de participation critique pour son challenger. Si celui-ci ne l’atteint pas, Marine Le Pen peut gagner ».

Selon le dernier sondage Kantar Sofres-OnePoint pour LCI et Le Figaro, Emmanuel Macron est aujourd’hui crédité de 59% des intentions de vote contre 41% pour Marine Le Pen.