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La résurrection de Puigdemont, la mort de Rajoy et la naissance de Rivera

La décision du tribunal allemand de tourner le dos à la justice espagnole modifie les équilibres politiques en Espagne et en Catalogne. 

Puigdemont ressuscite

Avant la décision surprise du tribunal allemand, l’avenir personnel et politique de Carles Puigdemont était sombre. Poursuivi pour un délit de rébellion, passible de 30 ans de prison en Espagne, l’extradition signait la fin de l’influence de l’ancien président. Virage à 180 degrés. La délibération du tribunal allemand insuffle une puissance à Puigdemont pour diriger le mouvement indépendantiste et la formation du prochain gouvernement.

Les forces indépendantistes avaient négocié pour qu’avant le 21 avril un gouvernement soit formé avec une personnalité de second ordre qui prendrait la présidence de la Catalogne. Depuis ce week-end, tout a changé. On a rarement vu Carles Puigdemont aussi euphorique que sur les photos qui circulent sur les réseaux sociaux et qui immortalisent un repas au restaurant, où l’ancien président célèbre sa sortie de prison.

Désormais Carles Puigdemont essaie d’obtenir d’Angela Merkel le lancement d’une médiation européenne entre la Catalogne et l’Espagne. Selon des journalistes allemands, la chancelière serait sur le point de demander au Conseil européen d’intervenir. Pour faciliter les choses, le ton du leader catalan n’est plus le même. Le Puigdemont de Berlin ne sera pas celui de Bruxelles. Les mots sont modérés et appellent au dialogue.

Puigdemont influe aussi sur le choix du prochain président de la Catalogne. Cette semaine, le parlement débat de l’investiture de Jordi Sanchez. Cet ancien leader de l’Association indépendantiste ANC est incarcéré à Madrid depuis le 16 octobre dans le cadre des événements du processus indépendantiste. Du fait de son emprisonnement, le juge instructeur de l’affaire indépendantiste Pablo Llarena s’oppose à cette investiture depuis le mois de mars dernier. Les juristes du camp séparatiste ont saisi le comité des droits de l’homme de l’ONU qui a répondu favorablement. Cet organe a demandé au gouvernement espagnol, en sa qualité d’État membre de l’ONU, de garantir les droits de Jordi Sanchez.

Carles Puigdemont au restaurant le soir de sa remise en liberté

Le juge Llarena ne changera probablement pas de décision. Il faudra donc proposer, une nouvelle fois, un candidat alternatif. Selon la tournure des événements, Carles Puigdemont pourrait représenter sa candidature. Auréolé par la décision du tribunal allemand, qui pourrait encore aller plus loin en refusant définitivement l’extradition, Puigdemont peut aussi être tenté de bloquer l’investiture, ce qui convoquerait le 22 mai prochain de nouvelles élections. Aujourd’hui sans rival dans le camp indépendantiste, Puigdemont pourrait y améliorer son score actuel.

Rajoy agonise

« Ils nous ont laissés seuls en Europe » c’est ainsi qu’un ponte du Partido Popular de Mariano Rajoy a reçu la décision du tribunal allemand. Vieillis, usés, fatigués, Mariano Rajoy et son parti souffrent de la concurrence aux dents longues de Ciutadans. Un parti officiellement centriste qui se déplace vers la droite au fur et à mesure que la Catalogne se débat pour tenter d’avoir son indépendance.

Albert Rivera et Mariano Rajoy

Ciutadans décomplexé se place à la droite de Mariano Rajoy.  Les dernières élections législatives, en plein Brexit, ont été gagnées par les conservateurs du PP avec la promesse de maintenir l’unité de l’Espagne et de mettre hors d’état de nuire Carles Puigdemont et les partis indépendantistes. L’électorat âgé, conservateur et rural espagnol est traumatisé par le référendum du 1er octobre, la déclaration d’indépendance du 27 octobre et l’exil de Carles Puigdemont. Pour rassurer son électorat, Mariano Rajoy explique que l’État garde le contrôle de la situation avec l’application de l’article 155 de la constitution qui suspend des compétences politiques de la Catalogne.

La campagne médiatique de Puigdemont depuis Bruxelles a exaspéré la droite espagnole. Sa capture en Allemagne a valu un véritable feu d’artifice de joie au sein du gouvernement de Rajoy. Les prochaines législatives auront lieu au plus tard fin 2019. Le tempo était parfait : Puigdemont arrivait à l’aéroport de Madrid sous escorte de la Guardia Civil, partait en prison préventive, était jugé et lourdement condamné. Lors de la campagne électorale, il aurait suffit à Rajoy de se baisser pour récolter les voix. Aujourd’hui, le Partido Popular retient sa respiration, en espérant que l’Europe n’intervienne pas pour gérer une médiation entre les indépendantistes et le gouvernement central.

Rivera arrive

Pour la droite espagnole, une intervention européenne est déjà considérée comme une inadmissible ingérence. La justice espagnole doit lourdement condamner Carles Puigdemont et ses acolytes, si l’Europe l’en empêche ça sera à cause de Mariano Rajoy.

La presse conservatrice, et les grandes entreprises ont fait leur choix : Albert Rivera et Ciutadans doivent prendre le relais. « Ciutadans, c’est l’évolution darwinienne de la droite » écrivait avec finesse ce week-end Enric Juliana le directeur adjoint du journal La Vanguardia. Jamais au pouvoir, éternel commentateur dans les débats télévisés, Albert Rivera propose une solution simpliste : prison pour tous.

Au-delà du problème catalan, Rivera promet d’ouvrir de nouveaux foyers de conflits en Espagne en proposant de raboter les compétences historiques du Pays Basque, de Navarre et de la Galice.