Search for content, post, videos

Carles Puigdemont crée son nouveau parti indépendantiste

Carles Puigdemont revendique son autonomie politique pour tenter de diriger la droite indépendantiste. Il tente de récuperer un espace politique qui est en profonde crise. Décryptage. 

Le centre-droit indépendantiste catalan est en travaux. Cette mouvante entre 1979 et 2015 a pris la forme du parti Convergencia Democratica de Catalunya (CDC) . Tous puissants, les “convergeants” ont dirigé la Catalogne de 1980 à 2003 sous l’omniprésidence de Jordi Pujol et de 2010 à 2016 sous la houlette d’Artur Mas.

Convergencia a déployé une force territoriale impressionnante dans la Catalogne rurale, raflant la plupart des mairies des villages. CDC était un parti “catch-all” qui attirait les catalanistes modérés aux fervents indépendantistes. L’axe droite/gauche était peu prononcé. Bien que la colonne vertébrale était plutôt de centre-droit, la démocratie sociale de centre-gauche était plutôt bien acceptée au sein du parti. Seuls les extrêmes, gauche et droite, étaient bannis. Les affaires de corruption et le renforcement du clivage indépendantiste auront tué ce parti historique.

Descente aux enfers

Le mois de juillet 2014 fut politiquement aride pour Jordi Pujol, fondateur de Convergencia et président de la prospère Catalogne pendant 23 ans. Le patriarche nationaliste avoua alors avoir placé sa fortune en Andorre pour échapper au fisc catalan. Parallèlement, celui qui a placé sa carrière politique sous le signe de la probité et du “tout pour la nation” est suspecté d’avoir monté des réseaux mafieux dans toute la Catalogne détournant l’argent des hôpitaux, commissariats et travaux publics. Celui qui était connu comme le De Gaulle catalan, pour avoir été emprisonné pendant la dictature franquiste, tombe de son piédestal.

Résultat de recherche d'images pour "pujol confesion"

En pleine crise économique, la “confession Pujol” fait exploser son parti et le catalogue dans cette fameuse caste bourgeoise qui s’engraisse sur le dos des citoyens. Artur Mas, dauphin de Pujol, président de la Generalitat est dans l’oeil du cyclone. Lui-aussi est suspecté d’avoir participé à des opérations de corruption. Du coup, il cherche à faire disparaître la marque Convergencia. Le processus indépendantiste est le parfait prétexte pour fondre le parti Convergencia au sein d’une coalition avec la gauche indépendantiste d’ERC.

Disparition

Le temps d’une élection, Junts pel Sí (ensemble pour le oui) remplace ERC et CDC, frères ennemis du souverainisme catalan. Pour gouverner Junts pel Sí, faute de majorité parlementaire, a du faire appel aux extrémistes de gauche de la CUP. Après les affaires de corruption, l’alliance avec l’extrême-gauche a été un nouveau choc pour les militants centristes bons teints de Convergencia. Par ailleurs, avec la mise en place de la feuille de route vers la République Catalane indépendante, le subtil équilibre dans le parti entre indépendantistes et catalanistes modérés fut définitivement rompu.

Pour Artur Mas, la solution à la crise de son parti passe par un changement de nom. Après des congrès chaotiques, Convergencia se baptise Partit Demòcrata Europeu Català (PDeCAT). Le nouveau mouvement est plus indépendantiste que son ancêtre Convergencia. Cependant, la cellule dirigeante du parti ne partage pas, en coulisses, la ligne ultra du président Puigdemont qui consiste à déclarer unilatéralement l’indépendance. Discrètement, la direction de PDeCAT à l’automne dernier a tenté, sans succès, de négocier avec Madrid une sortie de crise qui ne passait pas par la proclamation d’indépendance.

Pourtant issu de PDeCAT Carles Puigdemont a rompu, sans jamais le dire ouvertement, avec son parti d’origine. Aux élections de décembre 2017, Puigdemont depuis la Belgique imposa une nouvelle marque électorale: Junts Per Catalunya (ensemble pour la Catalogne). Fort de son aura médiatique et sociale, l’ancien président a réduit à la portion congrue la présence de membres de PDeCAT au sein de la liste Junts per Catatunya.

Différence de stratégie

Lors de la motion de censure faisant tomber le président Mariano Rajoy, il y a eu une nouvelle passe d’arme entre le PDeCAT et Carles Puigdemont. L’ancien locataire de la Generalitat argumentait qu’il était préférable d’avoir un ennemi caricatural de l’indépendantisme comme Mariano Rajoy pour faire avancer le processus séparatiste. Il a demandé à ce que les parlementaires madrilènes du PDeCAT ne votent pas pour la destitution. Pour la direction du PDeCAT, qui a le plein contrôle sur le groupe parlementaire du congrès espagnol, il fallait au contraire éviter la politique du pire et remplacer le conservateur Rajoy par le socialiste Pedro Sánchez afin de faire baisser la tension.

Appel pour la République

Afin de profiter d’une ample autonomie politique et de se débarrasser de son encombrant PDeCAT, Carles Puigdemont a annoncé hier la création de son propre parti: Crida Nacional per la República (Appel National pour la République). Un mouvement clairement indépendantiste, qui revendique le résultat du référendum et la proclamation de l’indépendance d’octobre dernier. Crida Nacional per la República ambitionne d’occuper l’espace politique de Convergencia Democratica de Catalunya, en lieu et place du PDeCAT. L’énième refondation du parti.

Hier soir, le théâtre Ateneu était bondé pour la présentation du nouveau mouvement. Dans une chaleur asphyxiante, ont été diffusés un discours de Carles Puigdemont en vidéoconférence depuis Berlin et un message audio du président Quim Torra, qui a vu sa participation annulée à cause d’un problème d’avion. Le public survolté a longuement applaudi l’ancien président. Le succès était tel que la salle n’a pu contenir tous les assistants. Comme au cinéma, une seconde séance avec la répétition des discours a eu lieu pour que tout le monde puisse y assister. L’ancien bras droit d’Artur Mas Francesc Homs, l’actuel ministre de l’Intérieur Miquel Buch et les deux incarcérés Jordi Turull et Jordi Sànchez soutiennent le projet. Globalement, la frange la plus indépendantiste de l’ancienne Convergencia.

La présence de l’ex-ministre de la culture d’Artur Mas Ferran Mascarell, ancien socialiste devenu indépendantiste, a été très commentée. Il pourrait tenter de briguer la mairie de Barcelone soutenue par Carles Puigdemont, tandis que le PDeCAT a déjà sa candidate pour la mairie, avec l’ancienne ministre du travail Neus Munté.

L’indépendantisme avec ses 48% de votes se divise maintenant en quatre mouvances: la droite (PDeCAT et Crida Nacional per la República), la gauche (Esquerra Republicana de Catalunya) et l’extrême-gauche (la CUP).

L’Ecosse, éternelle référence de la Catalogne, a elle depuis des années regroupé ses forces indépendantistes dans un seul et unique mouvement politique: le Parti national écossais.