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Le gouvernement espagnol ne tient plus qu’à un fil

La crise politique à Madrid est majeure. La droite veut des élections anticipées, le socialiste Pedro Sánchez est entré en résistance. 

Le socialiste Pedro Sánchez est devenu Premier ministre de l’Espagne, suite à la motion de censure qui a fait chuté le gouvernement Rajoy en juillet dernier. A ce moment de l’histoire, 180 députés ont voté le texte qui retirait le pouvoir à Mariano Rajoy pour l’offrir au dépositaire de la motion, en l’occurrence Pedro Sánchez. C’est un mécanisme automatique de la Constitution espagnole pour éviter toute vacance du pouvoir.

En revanche, les parlementaires qui ont voté la censure de Mariano Rajoy, n’ont pas le désir de soutenir le gouvernement de Pedro Sánchez jusqu’aux prochaines élections législatives prévues en 2020. Les 17 députés indépendantistes catalans ont retiré leur appui au gouvernement, en raison de la timidité des socialistes pour modérer le parquet espagnol dans le procès qui attend les chefs catalans début 2019.

Argent

De fait, le gouvernement socialiste, allié uniquement avec la gauche radicale de Podemos, n’a plus de majorité au Parlement espagnol et ne pourra pas présenter les budgets de la nation pour 2019. S’il arrive à se maintenir au pouvoir, l’exécutif socialiste devra gérer le pays en prorogeant les budgets très libéraux établis l’an dernier par Mariano Rajoy. Avec une répartition budgétaire établie par la droite, il sera très compliqué de mettre en place les politiques sociales et progressistes qu’avait annoncé le Premier ministre.

Justice

Les nuages noirs s’accumulent au dessus de Madrid. Dans le but de rénover le conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ), les socialistes, Podemos et les conservateurs du Partido Popular avaient scellé un grand accord afin de nommer une liste de juges au sein de cet organe constitutionnel.

Mardi, a fuité dans la presse un WhatsApp privé du porte-parole sénatorial du Partido Popular se félicitant de pouvoir garder le contrôle sur la justice grâce à cette répartition des magistrats.

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Furieux, le puissant juge qui devait présider le conseil général du pouvoir judiciaire refuse au final la nomination, jaloux de son indépendance. Il n’y a plus d’accord qui tienne entre les groupes politiques et le CGPJ ne sera pas rénové jusqu’aux prochaines élections législatives.

Le pouvoir judiciaire se trouve ébranlé par cette instabilité, au moment où va avoir lieu le plus grand procès de l’histoire espagnole moderne: celui de la déclaration d’indépendance de la Catalogne. Un jugement qui sera examiné à la loupe par les tribunaux européens, les avocats du camp indépendantiste ayant déjà annoncé que la cour d’appel de Strasbourg serait saisie après la sentence. 

Résistance

Il n’y a pas un jour qui passe sans que les conservateurs du Partido Popular et les liberaux de Ciutadans demandent au plus vite de dissoudre le parlement afin de convoquer des législatives anticipées. Chaque journée annonçant une mauvaise nouvelle: pas de budget, provocations indépendantistes, tensions avec le pouvoir judiciaire semble rapprocher l’Espagne des élections. Mais Pedro Sánchez est un guerrier politique avec une forte propension à la survie.

Quand il était chef de l’opposition en 2016, Sánchez s’est fait expulser quasiment manu militari de la direction du parti par ses opposants internes de la frange la plus centriste. Ayant perdu son rôle de leader des socialistes, étant quasiment tout seul, Sánchez prit sa vieille Peugeot 407 pour faire le tour de l’Espagne et rencontrer les militants socialistes de tout le pays. Quand l’année suivante le PSOE organise une élection interne pour former sa direction, à la surprise générale, Pedro Sánchez remporte le scrutin battant tous les notables socialistes.

Ce même Pedro Sánchez qui ne lâche jamais, ne veut pas laisser son fauteuil de Premier ministre. Fin stratège, il ne veut pas se présenter à une élection comme celui qui n’est resté au pouvoir que quelques mois. Un président de substitution ayant assuré l’intérim de Mariano Rajoy serait la pire affiche électorale pour Pedro Sánchez. Au contraire, le quadragénaire veut faire durer la législature le plus longtemps possible afin de renforcer son image sociale, sociétale et progressiste.

L’élection régionale andalouse qui se tient au mois de décembre semble être la bouée de survie du capitaine Sánchez. La région gouvernée par les socialistes depuis 40 ans est un test pour le pouvoir. Un bon score équivaudra à une bouffée d’oxygène, un résultat médiocre plongerait la tête du Premier ministre sous l’eau. Il faudra alors apprécier le temps que peut tenir Pedro Sánchez en apnée politique.

Le chef du gouvernement répète à l’envie que chaque nuit passé à la Moncloa (le Matignon espagnol) est une victoire. Pas sûr que Pedro Sánchez jouisse d’un sommeil tranquille.