Pendant que la Catalogne régresse, le Pays basque progresse

par Nico Salvado

Même si la Catalogne obsède le jeu politique espagnol, le poids politique des souverainistes catalans est réduit à la portion congrue. Pendant ce temps-là, le Pays basque profite de la situation. 

Le système electoral espagnol est complexe. En France, par exemple, les majorités sont claires. Le président de la République est élu au suffrage universel direct dans un système à deux tours. Les élections législatives ne contredisent jamais le scrutin présidentiel et offrent une majorité parlementaire absolue au chef de l’État.

En Espagne, le chef du gouvernement n’est pas élu au suffrage direct. Les Espagnols votent pour des députés, dont les sièges sont distribués de manière proportionnelle aux résultats obtenus dans les urnes. Les 350 parlementaires votent ensuite pour investir un président. C’est ici qu’il faut dégager une majorité et que les combines d’arrière-boutiques électorales commencent.

Âge d’or

Aussi fin que puissant, le président catalan Jordi Pujol avec sa vingtaine de députés nationalistes catalans a aidé dans les années 80 et 90 tant la droite que la gauche à former des majorités parlementaires stables. En échange du précieux soutien parlementaire, Pujol a obtenu du gouvernement espagnol la décentralisation en Catalogne d’un certain nombre de compétences institutionnelles. La création de la police catalane, la gestion du système de santé public et la confection d’une toile d’araignée d’administrations locales en sont les plus grand exemples.

Cassure

Avec le processus indépendantiste, depuis 2015 tout a changé. La droite a perdu cette année-là sa majorité absolue. Au parlement de Madrid, les députés nationalistes catalans, devenus indépendantistes, n’étaient pas dans une position permettant une quelconque négociation avec le gouvernement conservateur.

Si les parlementaires catalans ont prêté leurs voix pour faire chuter Mariano Rajoy en juillet 2017, ce n’est pas pour autant qu’il ont soutenu son successeur, le socialiste Pedro Sanchez. Celui-ci, sans majorité, a dû se résigner à convoquer des législatives anticipées qui auront lieu à la fin du mois d’avril

Pays basque

Comme la nature, la politique a horreur du vide. La place des Catalans fut vite occupée par les nationalistes basques. Euskadi dirigée par le modéré Partido Nacional Vasco (PNV), un mouvement de centre-droit qui ressemble à celui de naguère Artur Mas, est trop heureux de faire tomber dans son escarcelle de nouvelles compétences et des bonus financiers pour la région. Avec seulement 5 sièges, le PNV a aidé Mariano Rajoy à faire adopter le budget général de l’Espagne.

Ces derniers mois, le gouvernement de Vitoria a récupéré 1,2 milliard d’euros du “coupon” (un avantage fiscal concédé par la Constitution espagnole de 1978 au Pays basque) de 2017 et 1,8 milliard pour l’année 2018. Auxquels s’ajoute une pléiade de nouveaux financements qui vont de terminaux d’aéroports et de lignes TGV à la rénovation de plages en passant par l’ouverture de nouveaux centres de recherche scientifique.

Bien que le gouvernement de Pedro Sanchez soit en sursis en attendant le résultat des élections du 28 avril, le PNV continue de négocier et d’engranger. En échange d’un vote positif sur des décrets gouvernementaux, le Pays basque a récupéré la semaine dernière des compétences sur les produits pharmaceutiques, les assurances scolaire et un tronçon de l’autoroute AP-68.

Catalogne

Pendant ce temps en Catalogne, c’est morne plaine. Depuis les présidences d’Artur Mas en 2012, Carles Puigdemont en 2016 et Quim Torra en 2018, la Catalogne est au pain sec et à l’eau. Une stratégie assumée : “nous n’allons pas parler de routes, ni de trains” annonçait fièrement le président catalan Torra avant sa rencontre avec Pedro Sanchez l’hiver dernier.

Forcément, après le grand saut de la déclaration d’indépendance, où une partie des souverainistes s’imaginait à court terme fonder un véritable État, les négociations de transfert de compétences paraissent beaucoup moins glamours. Il n’empêche que 62% des Catalans réclament que ses gouvernants négocient une  amélioration des compétences de la Catalogne selon un sondage Gesop de juillet 2018.

Il faudra donc être attentif à l’évolution du rapport de forces au sein du camp indépendantiste après le triple rendez-vous électoral du printemps : législatif le 28 avril, municipal et européen le 26 mai.

La gauche républicaine semble être la plus encline à tenter une éventuelle ouverture avec le gouvernement central mais reste soumise à la pression du parti de Carles Puigdemont dans une optique plus maximaliste. Un ancien président qui ne fait pas l’unanimité dans les files du spectre de centre-droite indépendantiste. S’il ne veut pas perdre la main sur son propre camp, Puigdemont devra réaliser un bon score aux européennes où il est candidat. La frange la plus modérée rêve d’un retour d’Artur Mas aux commandes de la Generalitat. “Je ne ferme la porte à rien,  je serai peut-être candidat, mais la politique c’est dur et fatiguant, dans ma vie j’ai été 5 fois candidat à une investiture présidentielle” confiait à l’auteur de ses lignes Artur Mas dont la période d’inéligibilité politique pour avoir convoqué une consultation indépendantiste prendra fin en mars prochain.

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