José Montilla: Le président andalou de la Generalitat

par Lluís Bassa
president de la Catalogne socialiste

Equinox publie tout l’été sa grande collection: les présidents de la Catalogne moderne. De Francesc Macià en 1932 à Quim Torra en 2019, retour sur les grandes figures dirigeantes du territoire catalan. 

José Montilla est né à Iznajar, un petit village non loin de Cordoue en Andalousie. À l’âge de 16 ans, il part de son Espagne rurale pour aller tenter sa chance dans une grande ville, comme le firent de nombreuses familles des années 60 et 70 frappées par la crise et le chômage. José Montilla arrive à Sant Joan Despí, dans la banlieue chic de Barcelone pour se former et travailler. Pendant ces années, l’homme devient militant politique, en rejoignant un groupe de résistance anti-franquiste clandestin.

La politique: un chemin ascendant

A vingt ans, José Montilla rejoint le Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC), la gauche de la gauche d’idéologie marxiste et catalaniste. Trois ans plus tard, il s’affilie au Parti Socialiste de Catalogne (PSC) plus modéré, plus centriste. C’est sous cette étiquette qu’il entre en politique comme adjoint au maire de Sant Joan Despí. José Montilla commence sa carrière de premier plan en devenant le maire de Cornellà del Llobregat, dans la petite couronne de Barcelone, où il fut élu cinq fois d’affilée jusqu’en 2004. Ces succès électoraux lui confèrent une certaine puissance, il en profite pour décrocher la présidence de la Diputació de Barcelone. Parallèlement, il grimpe rapidement les marches du Parti socialiste pour se convertir en premier secrétaire en 2000.

En 2004, le président du gouvernement espagnol, José-Luis Rodríguez Zapatero offre à José Montilla un poste dans le ministère de l’Industrie, du Tourisme et Commerce à Madrid. Il accepte et joue le rôle du “ministre catalan” de l’exécutif espagnol. Andalou d’origine, José Montilla n’hésite pas à mettre en avant sa catalanité acquise au fil des ans. Comme en novembre 2005, lors d’un Conseil de l’Union Européenne où il s’adresse aux ministres en catalan pour dénoncer la réduction des traducteurs en espagnol au sein de l’institution. Il fut le premier responsable politique à utiliser cette langue de manière officielle au sein de la chambre européenne.

Le président du deuxième triparti catalan

Pasqual Maragall, le président socialiste de la Generalitat, lui propose de prendre la relève comme candidat aux élections catalanes prévues en 2007. Le parti socialiste traverse alors un moment difficile, il a perdu le support de son partenaire gouvernemental: les indépendantistes d’Esquerra Republicana (ERC).

Pasqual Maragall a voulu modifier le statut d’autonomie de la Catalogne, texte qui régit les compétences catalanes. Un grand scepticisme règne au sein de la société catalane, suite à un rabotage des compétences par le gouvernement espagnol lorsque la réforme a été présentée au Parlement espagnol. Une polémique qui toucha personnellement Pasqual Maragall au sein même du Parti socialiste. Selon la version officielle, c’est pour ce motif que le président passa le flambeau à José Montilla.

jose montilla president catalan

En 2006, José Montilla devient président du gouvernement catalan avec un front de gauche: les écologistes (Iniciativa per Catalunya Verds) et Esquerra Republicana. Pendant les quatre années de la législature, son gouvernement se centre sur la mise en place du nouveau du statut d’autonomie. Toujours avec une volonté de dialogue et de participation citoyenne. L’équipe de Montilla fut l’intermédiaire entre le gouvernement espagnol et une société catalane qui demandait plus de financement et une nette amélioration des infrastructures.

En 2010, date pivot dans l’histoire moderne catalane, la nouvelle modification du statut d’autonomie est retoquée, vidée de sa substance par le Tribunal constitutionnel suite à un recours des conservateurs du Partido Popular (PP). Cette décision judiciaire supprime un article entier du statut et en modifie treize autres.

La société catalane dans son ensemble entra en fureur, en pleine crise économique. Des millions de Catalans descendent dans la rue, s’estimant maltraités par Madrid. Premier coup de tonnerre du processus moderne d’indépendance de la Catalogne. Les désaccords entre les membres de la coalition de gauche iront crescendo jusqu’à la fin de la législature. Aux élections en 2010, le Parti socialiste obtint le pire résultat de son histoire. Le nationaliste de droite Artur Mas prend le contrôle de la présidence de la Generalitat et de la feuille de route vers la République catalane. En 2011, José Montilla entra au Sénat, où il fut réélu deux fois, jusqu’en 2019.

Le charisme du dialogue et de la persévérance

Quelques secondes d’un discours de José Montilla permettent de se rendre compte qu’il est loin d’être un leader charismatique. L’homme est décrit par ses proches comme une personne très réservée, austère et timide. Les détracteurs de l’Andalou expliquent qu’un homme avec une si faible personnalité était simplement là au bon endroit au bon moment. Gabriel Pernau, auteur du livre “Descobrint Montilla” (Edicions La Magrana, 2010) ne partage pas cette opinion. “Montilla ne s’est pas retrouvé avec des postes à responsabilités par hasard. Bien qu’elle soit cachée, il a eu toujours une volonté au service du bien commun et une ambition” explique le journaliste.

Il souligne que “si Montilla est arrivé aux plus hautes responsabilités, c’est grâce au fait qu’il a toujours été un homme de consensus, spécialement avec ceux qui devaient voter pour lui. Et dans la politique, c’est une valeur extraordinairement rare” commente le biographe de l’ancien président. Cette ouverture au dialogue, ajoutée à une grande persévérance, sont probablement ce qui a permis à un petit garçon d’un petit village d’Andalousie de devenir le président de la Generalitat.

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