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Artur Mas va mettre de l’ordre au sein de la droite indépendantiste pour être candidat

independance de la Catalogne

En février prochain, la peine d’inéligibilité d’Artur Mas prendra fin et l’ancien président n’exclut pas de se présenter aux prochaines élections catalanes de 2020. Il devra réorganiser la droite indépendantiste qui est un champ de bataille.

Artur Mas ne cache pas son projet de se représenter aux élections de 2020 pour redevenir président de la Catalogne, comme l’annonçait Equinox en avril dernier. Le président du “droit à décider” a été frappé d’une peine d’inéligibilité de deux ans pour avoir organisé une consultation populaire indépendantiste le 9 novembre 2014. Cette sanction prendra fin en février prochain. Il ne fait aucun doute que dans les semaines suivant la condamnation des leaders indépendantistes le président Quim Torra dissoudra le Parlement catalan pour convoquer des législatives. Les membres du gouvernement de Carles Puigdemont risquent de se retrouver avec des peines de prison allant de 17 à 25 ans, dans le procès de la déclaration d’indépendance. Si elle se confirme, la sentence historique prévue pour l’automne, sera une occasion unique pour que les indépendantistes puissent se compter au sein d’un scrutin avec l’objectif de dépasser les 50% des voix en faveur de la sécession. Le président Torra pourrait attendre février pour dissoudre le parlement et permettre ainsi la candidature d’Artur Mas.

Axe Puigdemont-Mas

Depuis quelques semaines les présidents Mas et Puigdemont sont en contact pour réorganiser la droite catalane qui s’est fait prendre son électorat par la gauche républicaine d’ERC. Le parti du vice-président incarcéré Oriol Junqueras a remporté pour la première fois les élections législatives espagnoles d’avril 2019 en envoyant 14 députés au Parlement national. Victoire historique aussi le 26 mai, où le candidat d’ERC Ernest Maragall a gagné l’élection municipale de Barcelone. Victoire amère, après le coup de théâtre d’Ada Colau qui, par effraction, est restée au pouvoir avec l’aide contre-nature de Manuel Valls.

La droite souverainiste veut se refaire une santé aux élections catalanes de 2020 et Artur Mas, initiateur du processus moderne indépendantiste demeure une valeur assez forte. Il souhaite collaborer avec Carles Puigdemont, qui reste pour beaucoup d’indépendantistes le président légitime de la Catalogne, destitué de force par le Premier ministre Mariano Rajoy. Mais les deux hommes n’ont pas du tout la même vision de la politique. Artur Mas est autant diplomate et négociateur, que Carles Puigdemont est électron libre et unilatéraliste. Mais ils se respectent, notamment en raison de la culture de chef bonapartiste propre à la droite.

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Pour mener une campagne crédible, Artur Mas devra mettre de l’ordre dans son camp. La droite qui a été unie autour du président Pujol de 1981 à 2001 dans le parti Convergencia est aujourd’hui morcelée dans une multitude de clans, de chapelles et de familles  désorganisées et agissant en autonomie totale. Le cas de corruption massif qui a détrôné le président Pujol et la déclaration d’indépendance sont passés par là.

Junts per Catalunya (JxC), Partit Demòcrata Europeu Català (PDeCAT), Crida Per la Republica, Democrates de Catalunya: les descendants de Convergencia sont éclatés en différents blocs. Le premier groupe influent appartient au PDeCAT tendance gouvernementale, composé des deux anciens ministres incarcérés Jordi Turull et Josep Rull, auquel s’ajoute l’ancienne porte-parole du gouvernement et candidate à la mairie de Barcelone Elsa Artadi. En bon terme avec Mas, ces quadragénaires sont dans l’orbite directe de Carles Puigdemont. Plutôt classés au centre-droit, issus de la bourgeoisie catalane et ultra-indépendantistes.

Jordi Sànchez, actuellement incarcéré, est devenu président de la Crida Per la Republica depuis sa cellule avec le parrainage de Carles Puigdemont. En bonne osmose avec Rull-Turull-Artadi, Jordi Sànchez a laissé le trio s’approprier la Crida Per la Republica qui ne sera pas un parti politique mais un seul club de pensée. Les trois personnalités politiques plaident pour la disparition du PDeCAT pour le fusionner avec Junts per Catalunya. Il existe cependant une faction rivale au PDeCAT, un groupe résiduel emmené par le président du parti, le très affaibli David Bonvehí, qui refuse la fusion et tente de défendre un positionnement moins indépendantiste et plus négociateur avec l’Espagne. Ici, Artur Mas tente de faire le médiateur, l’ancien président a toujours pris soin de respecter les deux camps et se montrer rassembleur.

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Le troisième cercle de puissance se trouve au Parlement, avec les 34 députés de Junts per Catalunya qui ont été élus grâce à la victoire de Carles Puigdemont en décembre 2017. Même si ce dernier a toujours été adhérent de Convergencia et de la droite catalane, son profil personnel tire plus à gauche. Et ça se ressent dans la composition du groupe parlementaire dont les candidatures ont toutes été validées par Puigdemont. Ces parlementaires sont plutôt classés au centre-gauche, ultra-indépendantiste en faveur de l’unilatéralisme. La figure médiatique est Laura Borras, ancienne ministre de la culture.

Enfin, en embuscade, reste l’ancienne coordinatrice du PDeCAT, Marta Pascal qui s’est faite virée du parti par Carles Puigdemont pour ne pas avoir suffisamment soutenu la déclaration d’indépendance du 27 octobre 2017. Aux côtés d’anciens députés historiques de Convergencia, elle vient de créer une association: Construint Present. Un positionnement beaucoup plus à droite, très timide au niveau de l’indépendantisme. Intellectuellement, c’est le groupe le plus proche d’Artur Mas. C’est aussi celui qui pèse le moins électoralement.

Artur Mas confiait à l’auteur de ces lignes qu’il envisageait un retour dans la course, mais qu’il hésitait car la politique, c’est difficile. Surtout dans les conditions actuelles de la droite catalane. Si Artur Mas n’arrive pas à fédérer les différentes factions, d’autres noms sont sur la table pour se présenter aux élections. L’actuelle ministre catalane du Commerce Maria Àngels Chacón, ou le maire du fief indépendantiste d’Igualada Marc Castells.