Déconfinement: le projet d’une Barcelone plus verte

par Colombe Freynet

Barcelone, ville de la circulation incessante et du port le plus pollué d’Europe. Avec la diminution de l’activité dans ses rues en mars et avril, les taux de pollution ont chuté à des niveaux historiques. Le confinement donne aux habitants l’espoir d’une ville plus respirable et à la mairie des plans pour une Barcelone durable. L’année 2020 serait-t-elle le tournant vers une ville plus verte ? 

Entre son port de croisières et une densité de voitures hors normes, Barcelone battait des records de pollution avant le confinement. Si l’aéroport El Prat et le port émettent à eux seuls 12,9 tonnes de CO2 par an, 50% de la pollution atmosphérique provient en réalité de la circulation, particulièrement celle des véhicules privés. Selon une étude de la mairie, Barcelone est une des villes européennes avec une densité de circulation des plus hautes d’Europe, avec presque 6.000 véhicules par kilomètre carré.

Ces mois-ci, les mesures de confinement de la population ont permis de réduire les émissions de dioxyde d’azote (NO2) à des niveaux très bas. Le 10 mai dernier, Barcelone a enregistré cette fois-ci un record de qualité de l’air dans l’une des zones les plus polluées de la ville: l’Eixample, avec une concentration de NO2 de 8,5 ug/m3 au lieu des 50 ug/m3 habituels. Pour rappel, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une moyenne annuelle ne dépassant pas 40 µg / m 3 ,

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Du côté du port et de l’aéroport, la réduction simultanée du trafic aérien et des escales de navires de croisières a contribué à réduire la pollution jusqu’à -55% en cette période de confinement.

Le déconfinement accélère la transformation urbaine

Si la capitale catalane respire à nouveau, elle court cependant le risque de revenir à des niveaux élevés une fois le confinement terminé. Le retour au travail et la peur des usagers face à la contagion au Covid-19 dans les transports en commun encouragera l’utilisation des véhicules privés comme la voiture. La mairie anticipe donc ce retour à une « nouvelle normalité » par des mesures adaptant l’espace public à une mobilité plus saine.

Pour privilégier les déplacements à pied, des travaux d’élargissement des espaces piétons sont en cours sur la Via Laietana et la rue du Consell de Cent, tandis que la Diagonal et la Gran Via ne circulent plus que sur une voie. Ces changements comprennent également la fermeture de 51 rues à la circulation. De 9h à 21, les habitants peuvent se balader dans des rues désormais piétonnes, répertoriées ici .

Le déplacement des motos stationnées sur les trottoirs permettront de récupérer 43.000 mètres carrés d’espace piéton. Ces mesures concernent vingt-deux zones répertoriées ici où près de 2000 motos devront être garées sur 500 nouvelles places de parking prévues par la mairie de Barcelone.

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Travaux d’agrandissement des trottoirs et des pistes cyclables dans l’Eixample ©Ferran Nadeu

Pour encourager les déplacements à vélo, ce sont 21 nouveaux kilomètres de pistes cyclables prévus sur dix principaux axes de la ville. Avec la reprise du Bicing, le vélib barcelonais, 57 nouvelles stations ont aussi été mises en service. Grâce à ces mesures, la ville concentrera 150.000 mètres carrés d’espace public où les habitants pourront circuler à pied et en vélo en sécurité.

Le retour à la « nouvelle normalité » controversé

« Nous ne pouvons pas retourner à la normalité car la normalité était elle-même le problème ». C’est le cri d’alarme poussé par les associations barcelonaises de défense de l’environnement, telles que Eixample Respira ou la Plateforme pour la Qualité de l’air, qui s’unissent autour de la campagne « Confinons les voitures, récupérons la ville ». Au regard des effets bénéfiques du confinement sur la pollution atmosphérique à Barcelone, l’initiative, lancée ce mercredi 13 mai, alerte de la nécessité de laisser la voitures au parking pour privilégier des modes de transport plus durables au sortir du confinement.

 

Interrogé par Equinox, le porte-parole de l’association Eixample Respira, Guillem Lopez, voit le déconfinement comme l’opportunité d’une reprise plus verte:  « pour la première fois à Barcelone, les habitants respirent un air correct, et ouvrent les fenêtres de leurs maisons pour les aérer même aux heures de pointe. Ils peuvent profiter de sortir dans la rue sans l’invasion des voitures, des camions et des motos, qui supposaient le bruit et la pollution. Alors oui, nous sommes optimistes et on croit que cette crise a permis aux gens de réaliser la valeur de ces choses ». 

En revanche, il estime les dispositifs prévus par la mairie insuffisants: « vingt et un kilomètres de pistes cyclables en plus, c’est infime si l’on compare avec le nombre de rues qu’il y a à Barcelone. Certaines mesures comme celle-ci sont anecdotiques. De plus, elles étaient déjà prévues avant le Covid-19: l’unique chose qu’a fait la crise, c’est d’accélérer leur mise en place ».

La dernière proposition de l’association Eixample Respira soumise au conseiller du quartier (Jordi Marti), était de piétonniser la rue Aragó, où circulent plus de 86.000 véhicules par jour, tous les dimanches et jours fériés. Avec l’initiative « Confinons les voitures, récupérons la ville » Guillem Lopez est confiant: « Barcelone a démontré qu’elle pouvait réduire de 50% ses émissions d’azote avec la réduction du trafic. Maintenant il faut oser pérenniser le modèle sans voiture. Barcelone est en retard et devrait s’inspirer de Copenhague ou Amsterdam qui ont suivi cet élan écologiste depuis déjà des années » conclut-il.

Une transition verte stoppée par le confinement

Depuis le 1er janvier, simultanément à la déclaration d’urgence climatique, Barcelone a mis en place une Zone de Basses Émissions (ZBE). Du lundi au vendredi, de 7h à 20h, les véhicules les plus polluants ne peuvent plus circuler dans la capitale catalane. Mais à cause de la crise du Covid, les sanctions, qui devaient prendre effet le 1er avril 2020, sont reportées à un mois après la levée du confinement.

La maire Ada Colau avait également proposé au début de l’année une batterie de mesures pour limiter les effets de la pollution provenant du port et de l’aéroport de Barcelone. Entre autres; l’élimination des vols courts ayant une alternative en train ou la réduction du nombre de croisières.

Si les mesures soulèvent des interrogations quant à leur pérennité, cette crise aura cependant permis aux Barcelonais de se rendre compte qu’un autre modèle de ville est possible. En redécouvrant leurs rues, et en se réappropriant leur ville, privée de pollution sonore et atmosphérique.

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La rue de Valencia optimisée pour les piétons ©Ferran Nadeu

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