Le jour où la France voulut bombarder Barcelone

par Nico Salvado
Publié le Modifié le

Juillet 1936. Le déclenchement de la guerre civile en Espagne mettra à l’épreuve la politique étrangère de la France et de la Grande-Bretagne. L’équilibre en Méditerranée occidentale est en jeu. Un risque de bombardement par la France plane sur la ville de Barcelone. 

Le 26 juillet 1936, des amiraux français, britanniques et italiens se réunirent dans la capitale catalane pour planifier une attaque contre le principal port de la Méditerranée occidentale : le port de Barcelone. Ce bombardement visait à déstabiliser le pays via la capitale du catalanisme et de l’ouvriérisme, mais aussi, à frapper les entreprises internationales qui utilisaient le port de Barcelone : General Motors, Siemens, Pirelli et des centaines de PME françaises et suisses.

Les Français, Britanniques et Italiens ont concentré leurs navires autour de la capitale catalane. Une rumeur de guerre qui va effrayer, à Barcelone, ses résidents étrangers et leurs entreprises. La rumeur obligera d’ailleurs les gouvernements européens et américains à envoyer différentes unités maritimes à Barcelone pour évacuer leurs ressortissants et protéger leurs consulats. En 1936, comme aujourd’hui, Barcelone était une ville capitale d’État possédant l’un des plus importants réseaux consulaires et diplomatiques.

Évacuation des Européens

Le plan prévoyait de débarquer des troupes pour occuper le port et avancer à travers la ville, mais aussi de bombarder des points clés en cas de résistance. Montjuic était une cible prévue. Le débarquement visait à contrôler le bâtiment des douanes dans un premier temps et certaines parties du port par chaque corps expéditionnaire pour faciliter les évacuations des ressortissants.

Pourquoi alors, cette attaque n’a t-elle jamais eu lieu ? Les belligérants ont dû se poser une question cruciale : dans la situation de guerre civile où se trouvait l’Espagne, qui était aux commandes ? Si les marines italiens, français et britanniques débarquaient à Barcelone et ouvraient le feu sur le sol souverain d’un pays tiers : à qui devraient-ils déclarer la guerre ? À la République espagnole ? À la Generalitat de Catalogne qui tentait de contrôler l’espace public barcelonais ? Aux anarchistes qui faisaient régner leurs lois dans les rues de la ville ?

Face à cette situation délicate, les forces alliées ont renoncé à leur projet. Ce qui n’a pas empêché que des rumeurs se propagent affirmant que le débarquement avait effectivement eu lieu. Un journal italien écrivit : « Les travailleurs du port ont refusé de fournir de l’eau potable à un bateau de croisière italien […], vingt-cinq marins armés ont débarqué et ont défilé en direction de la Generalitat, de la Rambla et de la Calle Ferran« .

Avec le déclenchement de la guerre civile, 28.000 habitants et étrangers ont été évacués de Barcelone et 15.000 Catalans ont fui à travers les Pyrénées.

 

Cet article est inspiré par le travail de recherches historiques de Arnau Gonzàlez i Vilalta, professeur de l’Universitat Autònoma de Barcelona et auteur du livre « Humanitarisme, consolats i negocis bruts. Evacuacions a Barcelona (1936-1938) » aux editions Base.

 

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