dimanche 22 mars 2026

En Espagne, on fĂȘte et en France, on casse

Alors que le PSG vient de remporter la Ligue des champions, la victoire est assombrie par les violences post-match Ă  travers tout l’Hexagone. En Espagne, pourtant grande nation de football, ce type d’actes reste marginal. Comment l’expliquer ? Analyse.

Photo : Emilio Morenatti AP

Plus de 500 interpellations, un mort Ă  Paris, un autre Ă  Dax, des policiers blessĂ©s : le bilan des cĂ©lĂ©brations qui ont suivi le sacre du PSG ce week-end est loin d’ĂȘtre glorieux. Qu’en est-il de l’autre cĂŽtĂ© des PyrĂ©nĂ©es ? Les sociologues ibĂ©riques interrogĂ©s contestent toute innocence de l’Espagne, rappelant que le pays connaĂźt lui aussi des violences liĂ©es au sport. Mais Ă  la comparaison des chiffres, il n’y a pas photo : la France est championne des dĂ©bordements.

Si l’on compare deux Ă©vĂ©nements similaires – les victoires en Ligue des champions Ă  Paris et Ă  Barcelone – le constat est sans appel. CĂŽtĂ© français, on compte deux morts et plus de 500 interpellations. CĂŽtĂ© catalan, lors du dernier triomphe du Barça en 2015, seulement sept arrestations Ă  Barcelone. Ce n’est pas un concours, mais force est de constater que l’intensitĂ© des cĂ©lĂ©brations diffĂšre radicalement.

François David, journaliste sportif Ă  Barcelone pour Le Parisien et Movistar, connaĂźt bien le climat des cĂ©lĂ©brations catalanes. Le 16 mai dernier, lors de la parade victorieuse du Barça aprĂšs son sacre en Liga, il s’est rendu Ă  l’Arc de Triomf. “Je suis arrivĂ© Ă  21h. J’ai vu trois personnes bourrĂ©es mais festives, presque aucun policier. Dans le mĂ©tro, ça chantait, mais je ne me suis jamais senti en insĂ©curitĂ©. C’était trĂšs bon enfant, rien Ă  voir avec ce qui s’est passĂ© Ă  Paris.” 

Equinox Barcelone emeutes

Photo : Patrick Gely SIPA

Comment expliquer une telle diffĂ©rence ? Pour le journaliste, le problĂšme n’est pas le sport, mais les casseurs, “des mecs qui n’aiment pas le foot.” Un constat partagĂ© par Laurent Nuñez, prĂ©fet de police de Paris, qui Ă©voque des “individus animĂ©s d’intentions malveillantes, et qui n’étaient pas vraiment des supporters du PSG”.

À Barcelone, l’absence de dĂ©bordements tient peut-ĂȘtre aussi Ă  une rĂ©pression policiĂšre moins marquĂ©e qu’en France. Pour la sociologue Marina Subirats, la gestion de la foule diverge entre les deux pays, et elle estime « qu’en France il y a une plus grande rĂ©pression de ces Ă©vĂ©nements de rue ». Une rĂ©pression parfois trĂšs musclĂ©e, qui peut mener Ă  une certaine escalade de la violence, bien que cela n’explique pas tout.

Les fĂȘtes populaires

Un autre indice de pacifisme espagnol peut ĂȘtre trouvĂ© dans les fĂȘtes de quartier barcelonaises, comme les fiestas mayores, oĂč l’alcool coule Ă  flot (souvent un facteur de violences) et qui se dĂ©roulent pourtant dans le calme. Seule exception Ă  cette tranquillitĂ© : les manifestations politiques.

Lire aussi : Pourquoi les fĂȘtes populaires ont la cote ?

La Catalogne a vĂ©cu d’importants moments de tension lors des grandes heures de l’indĂ©pendantisme, et notamment en octobre 2019, suite aux lourdes peines prononcĂ©es Ă  l’encontre des leaders sĂ©paratistes. La manifestation la plus violente fut la « fameuse bataille d’Urquinaona » qui avait fait plus de 600 blessĂ©s et 200 interpellations.

Un record malheureux, presque Ă©galĂ© par une fĂȘte qui dĂ©fie toute logique : la Sant Joan. En 2024, lors de cette nuit de feux d’artifice et de beuverie, 20 millions d’euros de pĂ©tards ont Ă©tĂ© vendus, avec Ă  la clĂ© 4 morts, 55 interpellations, 833 interventions de pompiers et plus de 7 400 appels au 112. Un cas particulier qui, lui, peut rivaliser – tristement – avec les chiffres français.

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