Décorée à Madrid, ovationnée à Barcelone : la tournée espagnole de Gisèle Pelicot

Après avoir reçu l’Ordre du Mérite civil des mains de Pedro Sánchez à Madrid, Gisèle Pelicot a fait étape à Barcelone ce jeudi 5 mars. Venue présenter son livre Et la joie de vivre à la bibliothèque J. V. Foix de Sarrià, elle a été accueillie par une salle comble. Devenue un symbole mondial de la lutte contre les violences sexuelles, elle a livré un témoignage poignant et un message d’espoir, salués par le public.

Devant la bibliothèque de Sarrià, Gisèle Pelicot arrive simplement, main dans la main avec son compagnon. À l’intérieur, la salle est pleine. Le public l’accueille debout, sous les applaudissements, avant qu’un silence attentif ne s’installe pour écouter celle qui se définit comme une « femme ordinaire », mais dont l’histoire, marquée par l’épreuve et la résilience, a traversé les frontières.

Le récit d’une reconstruction

Pendant près d’une heure, Gisèle Pelicot revient sur le drame qui a marqué sa vie. Entre 2011 et 2020, son ex-mari l’a droguée avant de la violer et de la livrer à des hommes recrutés en ligne, des faits pour lesquels il a été condamné en 2024.

Face au public barcelonais, elle évoque le long chemin de reconstruction qui a suivi la découverte des faits : « J’avais besoin de me reconstruire sur ce champ de ruines. Il m’a fallu beaucoup de temps ». Elle dit aussi avoir puisé dans son histoire familiale la force de se relever. « Cette force fait partie de mon ADN » explique-t-elle.

Dans la salle, beaucoup de spectateurs sont profondément marqués par son témoignage. David, 53 ans, explique être venu pour la dimension autobiographique du livre. « C’est une histoire très forte, une expérience profondément traumatisante. Son message dépasse son histoire personnelle. C’est un problème qui touche toute la société. »

Refuser le silence

Lors du procès des viols de Mazan, Gisèle Pelicot avait pris une décision qui a marqué l’opinion publique : refuser que les audiences se déroulent à huis clos. Un choix qui lui semblait essentiel : « Je l’ai fait pour toutes les femmes victimes de violences sexuelles. Pour que la honte soit sur les agresseurs ».

Face au public, elle raconte son sentiment dans la salle d’audience, confrontée à son ex-mari et aux plus de cinquante hommes impliqués : « J’étais la coupable, la responsable de ce qui m’était arrivé ». C’est précisément ce renversement de la culpabilité qui l’anime aujourd’hui. « C’était le procès de la lâcheté et du déni ».

L’affaire Pelicot a suscité un écho important auprès des femmes, bien au-delà de la France. L’Espagne a été l’un des pays où les marques de soutien ont été particulièrement nombreuses. « Elles m’ont donné une force extraordinaire. Toute seule, je n’y serais pas arrivée », confie-t-elle en leur rendant hommage.

Lire aussi : Procès des viols de Mazan et de « La Manada » : le consentement vu par la France et par l’Espagne

Un témoignage devenu symbole

Depuis le procès, Gisèle Pelicot est devenue malgré elle une figure du féminisme, pour certains même une icône. Une image qu’elle accueille avec une certaine distance. « Je n’ai jamais pris conscience que je devenais une héroïne. Éveilleuse de conscience me conviendrait mieux. Le plus important pour moi, c’était de dénoncer ».

Dans le public, certaines spectatrices se sont reconnues dans son message. Ana, 32 ans, confie : « Moi aussi j’ai vécu des histoires difficiles, avec beaucoup de honte et le sentiment d’avoir été réduite au silence. » Paz, Argentine de 38 ans, ajoute : « Son histoire est extrême, mais beaucoup d’entre nous ont subi une forme de harcèlement, dans la rue ou à l’école. L’écouter ici en personne est un immense privilège. La voir si forte aujourd’hui est un exemple pour tous. »

Avant de quitter la scène, Gisèle Pelicot s’adresse directement aux victimes de violences sexuelles présentes dans la salle. « Je voudrais leur dire que je les comprends, et surtout, elles ne sont coupables de rien, et il ne faut pas s’isoler. Il faut parler ». Elle conclut en adressant au public « un message de paix, d’espoir et d’amour, aujourd’hui plus que jamais ». Dans la salle, une longue ovation lui répond.

L’Ordre du Mérite civil pour saluer « sa détermination »

Lors de cette tournée espagnole, Gisèle Pelicot a également été reçue à Madrid ce mardi 3 mars par le chef du gouvernement Pedro Sánchez. À cette occasion, elle a reçu l’Ordre du Mérite civil, l’une des plus hautes distinctions espagnoles, décernée pour des services remarquables rendus à la société.

Le Premier ministre a salué sa détermination et son courage pour « faire changer la honte de camp et transformer le silence en conscience collective », l’un des messages portés par son livre, également présenté à Madrid.

Cet ouvrage est aussi une étape importante dans sa reconstruction familiale. À Barcelone, Gisèle Pelicot confie : « Mes enfants ont lu le livre et cela nous a rapprochés ». Elle ajoute qu’elle sera avec sa fille le 8 mars pour partager, ensemble, la Journée internationale des droits des femmes.

Ce qu’il faut retenir

  • Entre 2011 et 2020, Dominique Pelicot a drogué son épouse avant de la violer et de la livrer à des hommes recrutés en ligne.
  • Le 19 décembre 2024, il a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Cinquante et un autres hommes ont également été condamnés.
  • Le huis clos refusé par Gisèle Pelicot a permis une grande médiatisation du procès, relançant de nombreux débats dont la question du consentement. Fin 2025, la notion de consentement a été intégrée à la définition pénale du viol et des agressions sexuelles en France.
  • Gisèle Pelicot livre aujourd’hui son propre récit dans Et la joie de vivre, paru le 17 février 2026 en 22 langues, dont l’espagnol et le catalan.

 

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