Décorée à Madrid, ovationnée à Barcelone : la tournée espagnole de Gisèle Pelicot

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Après avoir reçu l’Ordre du Mérite civil des mains de Pedro Sánchez à Madrid, Gisèle Pelicot a fait étape à Barcelone. Venue présenter son livre Et la joie de vivre à la bibliothèque J. V. Foix de Sarrià, elle a été accueillie par une salle comble. Devenue un symbole mondial de la lutte contre les violences sexuelles, elle a partagé, à la veille du 8 mars, un témoignage poignant mais aussi un message d’espoir, salué par une longue ovation du public.

Devant la bibliothèque, Gisèle Pelicot arrive simplement, accompagnée de son compagnon qui lui tient la main. Une arrivée discrète, presque intime. À l’intérieur, la salle est pleine. Le public l’accueille debout, sous les applaudissements, avant qu’un silence attentif ne s’installe pour écouter celle qui se définit comme une « femme ordinaire », mais dont l’histoire, marquée par l’épreuve et la résilience, a traversé les frontières.

Le récit d’une reconstruction

Pendant près d’une heure, Gisèle Pelicot revient sur le drame qui a marqué sa vie. Entre 2011 et 2020, Dominique Pelicot a drogué son épouse avant de la violer et de la livrer à des hommes recrutés en ligne. Face au public barcelonais, elle évoque le long chemin de reconstruction qui a suivi la découverte des faits : « J’avais besoin de me reconstruire sur ce champ de ruines. Il m’a fallu beaucoup de temps ». 

La septuagénaire explique avoir longtemps gardé sa douleur pour elle. « Je suis quelqu’un qui ne partage pas facilement sa souffrance ni ses larmes ». Ayant perdu sa mère à l’âge de 9 ans, elle dit aussi avoir puisé dans sa propre histoire familiale la force de se relever. « Cette force fait partie de mon ADN » explique-t-elle.

Refuser le silence

Lors du procès, Gisèle Pelicot avait pris une décision qui a marqué l’opinion publique : refuser que les audiences se déroulent à huis clos. Un choix lui semblait essentiel : « Je l’ai fait pour toutes les femmes victimes de violences sexuelles. Pour que la honte soit du côté des agresseurs ».
Face au public elle raconte comment face à son ex-mari et les plus de 50 hommes qui l’ont abusée, elle s’est sentie dans la salle d’audience : « J’étais la coupable, la responsable de ce qui m’était arrivé ».  C’est précisément remettre la culpabilité du côté des agresseurs qui l’anime aujourd’hui. « C’était le procès de la lâcheté et du déni ».

Durant le procès, l’affaire Pelicot a suscité un écho important bien au-delà de la France. L’Espagne a notamment été l’un des pays où les témoignages de soutien ont été particulièrement nombreux. Son histoire, estime-t-elle, a aussi permis de révéler une réalité plus large. Gisèle Pelicot raconte que son cas a fait écho aux souffrances de toutes ces femmes derrière elle, qu’elle remercie : « Elles m’ont donné une force extraordinaire. Toute seule, je n’y serais pas arrivée. »

Lire aussi : Procès des viols de Mazan et de « La Manada » : le consentement vu par la France et par l’Espagne

Ni victime, ni héroïne

Depuis le procès, Gisèle Pelicot est devenue malgré elle une figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles. Une image qu’elle accueille avec une certaine distance. « Je n’ai jamais pris conscience que je devenais une héroïne. Éveilleuse de conscience me conviendrait mieux. Le plus important était de dénoncer. ». Les violences sexuelles, rappelle-t-elle, concernent bien plus de femmes qu’on ne l’imagine et restent trop souvent entourées de silence.

Son livre a également été lu par ses enfants, confie-t-elle. Une étape importante dans la reconstruction familiale. « Mes enfants ont lu le livre et cela nous a rapprochés ». Elle évoque d’ailleurs un moment symbolique à venir : le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, qu’elle passera avec sa fille.

Avant de quitter la scène, Gisèle Pelicot s’adresse directement aux femmes victimes de violences sexuelles présentes dans la salle. Son message se veut à la fois simple et puissant. « Je voudrais leur dire que je les comprends, surtout de ne pas culpabiliser, elles ne sont coupables de rien, et il ne faut pas s’isoler. Il faut parler ». Se confier à un proche, consulter un psychologue, s’entourer d’amis ou d’avocats, autant de démarches qu’elle encourage.

Son livre, elle le souhaite comme un « message de paix, d’espoir et d’amour » qu’elle souhaite adresser à tous. Montrer qu’au-delà des épreuves, on peut se relever. « Aujourd’hui plus que jamais. »

L’Ordre du Mérite civil pour saluer « sa détermination »

Lors de son passage à Madrid, la Française a été reçue par le chef du gouvernement Pedro Sánchez. À cette occasion, elle a reçu l’Ordre du Mérite civil, l’une des plus hautes distinctions espagnoles, décernée pour des services remarquables rendus à la société.

Le Premier ministre a salué « sa détermination » et le courage dont elle a fait preuve en rendant publique son histoire. Selon lui, son témoignage a contribué à transformer une tragédie personnelle en une prise de conscience collective dépassant les frontières.

À quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes, la présence de Gisèle Pelicot en Espagne rappelle combien la question des violences sexuelles reste au cœur du débat public. Son témoignage, devenu un symbole bien au-delà de la France, continue d’alimenter une réflexion collective sur la place des victimes, leur protection, et la nécessité de briser le silence.

Ce qu’il faut retenir

  • Entre 2011 et 2020, Dominique Pelicot a drogué son épouse avant de la violer et de la livrer à des hommes recrutés en ligne.
  • Le 19 décembre 2024, il a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Cinquante et un autres hommes ont également été condamnés.
  • Le huis clos refusé par Gisèle Pelicot a permit une grande médiatisation du procès, relançant de nombreux débats dont la question du consentement. Fin 2025, la notion de non-consentement a été intégrée à la définition pénale du viol et des agressions sexuelles en France.
  • Gisèle Pelicot livre aujourd’hui son propre récit dans Et la joie de vivre (Flammarion), paru le 17 février 2026 en 22 langues, dont le catalan et l’espagnol.

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Fanny Gauret

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