À Barcelone, quand la ville ralentit, des centaines d’agents prennent le relais. Parmi eux, Elena, conductrice de camion, travaille de nuit pour maintenir les rues propres. Un métier discret mais essentiel, souvent invisible. Immersion dans une tournée à ses côtés.
À 22 heures, quand les rues de Barcelone commencent à se désemplir, Elena démarre sa tournée.
Vêtue de sa tenue jaune fluo, chaussures de sécurité aux pieds, gants et manchettes anti-coupures, Elena ajuste ses lunettes et salue ses collègues.
À 50 ans, cette agente de propreté travaille depuis une dizaine d’années dans la collecte des déchets, dont sept au volant d’un camion pour ramasser les encombrants. Un métier encore largement masculin, qu’elle exerce aujourd’hui avec une certaine fierté.
Une reconversion choisie
Avant de nettoyer les rues de la ville de nuit, Elena travaillait dans la vente, dans de grandes enseignes de prêt-à-porter ou de cosmétiques. Mais sa vie personnelle a changé la donne.
“Je voulais un travail qui me permette de concilier ma vie professionnelle avec ma vie familiale », raconte-t-elle.
Mère célibataire, elle cherche alors un rythme plus stable et des horaires plus compatibles. Le travail de nuit dans la collecte des déchets devient alors une solution pragmatique : horaires fixes, peu d’imprévus, et surtout du temps pour son fils.
Travailler quand la ville dort
Aujourd’hui, le service commence vers 22 heures. À 21h30, elle est déjà sur place: vérification du matériel, préparation du camion, récupération de l’ordre de mission. Puis la tournée démarre.
C’est sans bruit que le camion avance le long des rues. Ce soir, Elena est au volant d’un véhicule électrique, de plus en plus présent dans les rues de Barcelone.
Avec son équipe, elle sillonne les rues pour collecter meubles, objets volumineux et déchets abandonnés. La nuit, tout change.
“C’est beaucoup plus fluide. Il y a moins de circulation, on travaille mieux”, souligne-t-elle.
Un détail qui fait toute la différence dans des rues parfois étroites, où il faut manœuvrer des camions imposants.
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Dans la rue, les réactions varient. Certains habitants remercient, offrent parfois une bouteille d’eau. D’autres s’impatientent lorsque le camion bloque la circulation.
Un travail physique, mais dynamique
Le quotidien est exigeant. Monter, descendre, porter, charger. Beaucoup de déchets à décharger, surtout en été avec l’afflux de touristes. Mais pour Elena, c’est aussi ce qui rend le travail intéressant : “c’est très dynamique. Tu es toujours en mouvement.”
Ce qu’elle apprécie surtout, c’est de travailler en extérieur. “Être dans la rue, à l’air libre, c’est ce que je préfère”, nous confie-t-elle.
Un travail qui ne cesse d’évoluer. “J’apprends énormément de choses chaque jour. On peut changer de service, conduire différents camions, travailler avec des personnes venues de partout… C’est important pour moi de ne pas m’ennuyer.”
Un milieu majoritairement masculin
Aux encombrants, Elena est la seule conductrice. “C’est un milieu très masculin, mais ça évolue. Je pense qu’il faut ouvrir la voie pour que d’autres femmes puissent conduire et faire ce type de travail”, observe-t-elle.
Malgré tout, elle insiste sur la solidarité au sein des équipes : “On est avant tout des collègues. Je n’ai jamais eu de difficultés, et beaucoup me soutiennent dans mon travail.”
Une nuit pas comme les autres
Son travail réserve aussi des surprises. Un soir, avec un collègue, elle découvre un meuble, avec une forme étrange emballé dans du plastique à l’intérieur.
Elle raconte : « On aurait dit un corps de femme, avec des baskets aux pieds, et il n’y avait pas de tête…”
Après avoir informé leur responsable et de longues minutes d’angoisse, ils ouvrent finalement le film : une poupée en silicone, taille réelle.
“On a eu très peur… puis on a beaucoup ri.” “Il se passe beaucoup de choses la nuit”, rajoute-t-elle en souriant.
Un métier peu valorisé
Près de 2 000 agents, comme Elena, sillonnent Barcelone jour et nuit, pour maintenir la ville propre. Des métiers qui restent souvent discrets, peu reconnus.
Aujourd’hui, Elena ne regrette pas son choix, bien au contraire : “C’est un travail qui me permet d’avoir un équilibre de vie ».
Au petit matin, quand la ville se réveille, Elena termine son service, puis rentre chez elle retrouver son fils.





