L’amitié franco-espagnole à l’épreuve des différences culturelles

Une femme âgée discute avec une jeune femme dans la rue à Barcelone, illustrant les mythes et réalités de l’expatriation dans cette ville dynamique.

À Barcelone, les liens franco-espagnols semblent évidents. Pourtant, derrière cette facilité apparente, une condition s’impose : s’adapter à l’autre sans chercher à reproduire ce que l’on a laissé derrière. Témoignages. 

À Barcelone, les rencontres entre Français et Espagnols sont fréquentes. Dans cette ville où la communauté française est bien installée, les amitiés se créent facilement. Mais pour Marta, Catalane de 50 ans ayant vécu dix ans en France, l’enjeu n’est pas là : « La question principale porte toujours sur celui qui arrive, comment il doit s’intégrer. »

Autrement dit, tout commence par une remise en question. Margot, la cinquantaine aussi et installée depuis six ans dans la capitale catalane, va dans le même sens : « Tu choisis un pays, tu choisis tout le pays. » Une manière de rappeler qu’on ne peut pas sélectionner uniquement ce qui nous arrange.

S’intégrer, plutôt que reproduire

C’est sans doute l’erreur la plus fréquente. Arriver en Espagne avec l’idée de retrouver ses habitudes françaises. « Les Français qui viennent ne doivent pas s’attendre à retrouver ce qu’ils avaient en France ici », prévient d’un ton sûr la Barcelonaise, qui a vécu à Montpellier et Toulouse . Même constat du côté de la Parisienne de naissance : « Ne viens pas chercher ce que tu as déjà dans ton pays. »

Dans certains quartiers comme Sarrià, cette logique d’entre-soi est particulièrement visible. Marta y vit et décrit une réalité parfois inconfortable : « Finalement, tu te sens un peu exclu de ta propre ville parce que tu ne fais pas partie du cercle. » Une observation qu’elle nuance immédiatement, refusant l’étiquette de “quartier français”, mais qui illustre une tendance.

Pour elle, le problème n’est pas la nationalité mais l’état d’esprit : « Le problème n’est pas les Français, ce sont les gens qui arrivent avec une mentalité de vouloir retrouver les mêmes produits qu’en France. » À l’inverse, l’intégration passe par un effort concret. « Quand tu arrives en Espagne, tu dois forcément faire un effort, c’est la base des bases », insiste la maman.

Et cet effort est remarqué. « Le Catalan apprécie énormément de voir qu’on s’intéresse », souligne fièrement Marta, évoquant une forme d’encouragement que son amie résume simplement : « Moi, je ne vois que de la bienveillance en Espagne. »

Balade conviviale entre amis dans un parc urbain de Barcelone avec vue sur la Tour Agbar, favorisant le bien-être et la détente pour les expatriés français.

Deux cultures, deux logiques du lien

Mais même en faisant des efforts, les différences restent. Et elles influencent directement la manière dont les relations se construisent.

« En France, il y a une éducation. En Espagne, il y a une proximité », lance Marta entre deux gorgés de Coca Zéro. Une proximité qui se traduit dans les échanges du quotidien. Ici, le tutoiement est immédiat. « En 50 ans, je n’ai jamais vouvoyé quelqu’un », affirme-t-elle. Une simplicité qui a séduit son amie : « Moi j’étais la plus heureuse du monde quand je n’avais plus à vouvoyer tout le monde. »

Cette absence de barrière formelle facilite les interactions. « Les choses sont plus avenantes, tu vas plus facilement engager une conversation », ajoute-t-elle. À l’inverse, Marta se remémore les souvenirs d’une France plus codifiée, où certains gestes ou familiarités peuvent être mal interprétés.

Au fond, c’est une autre manière de concevoir les relations. « On (les espagnols) n’est pas trop dans les formes, on est beaucoup plus dans le fond ! », résume la maman. Une approche qui privilégie l’authenticité, quitte à bousculer les habitudes françaises.

L’amitié au-delà des nationalités

Malgré ces différences, les amitiés existent. Mais elles dépassent largement la question des origines. « Moi je suis avec Margot, pas parce qu’elle est française, mais pour la personne qu’elle est », insiste l’ancienne habitante d’Eixample. « C’est comme si c’était une locale. »

Reste que ces relations demandent un équilibre. « On ne peut pas effacer les différences », reconnaît l’expatriée. Et avec l’âge, elles se construisent autrement : « Tu ne cherches pas à te faire autant d’amis à 50 ans qu’à 20 ans. »

Les amitiés franco-espagnoles reposent sur une idée simple, accepter l’autre dans ce qu’il est, sans chercher à le transformer.

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Image de Arthur Chanteclair

Arthur Chanteclair

Journaliste en formation à la rédaction d'Equinox et à l'école W (Paris).
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