Vectrices d’une identité très forte, les dix-sept communautés autonomes espagnoles bénéficient d’un régime interne spécifique. Ainsi, entre Madrid et la Catalogne, il y a un fossé culturel digne d’un jeu des sept différences.
1. Le style vestimentaire
Dès qu’on dépasse la frontière catalane, il est flagrant que le pays de Balenciaga et de Paco Rabanne n’a rien à envier à la France en matière de style.
Quand la Catalogne ou le Pays basque cultivent une élégance discrète, presque minimaliste, ou a contrario des looks plus affirmés et alternatifs, Madrid assume un goût plus démonstratif. Dans la capitale, les gens semblent tirés à quatre épingles, parfois même pour simplement aller acheter du pain. Chemises impeccables, bijoux dorés à la mode méditerranéenne : le Madrilène considère rarement qu’il est “trop habillé”.
2. Le rapport à la langue
À Madrid, l’espagnol est considéré comme une évidence universelle. On parle vite, fort, avec un accent castizo revendiqué comme le centre naturel du monde hispanophone.
Le Barcelonais, lui, passe d’une langue à l’autre avec une fluidité déconcertante À Barcelone, la langue relève du marqueur identitaire. Parler, ou écrire, catalan est aussi une manière de préserver sa culture.
3. Le rapport au soleil
Le Madrilène considère le soleil comme une récompense divine. À peine le thermomètre atteint-il 18 degrés qu’il retire trois couches de vêtements, commande une bière et annonce allègrement : « Qué tiempo más bueno ».
Le Barcelonais, lui, agit comme s’il avait signé un pacte de coexistence avec le soleil depuis la naissance. Il ne célèbre pas la météo : il l’ignore avec élégance et dédaigne la plage depuis qu’il a dépassé l’adolescence. Oui, il y a la mer. Oui, il fait beau. Pas besoin d’en parler toutes les cinq minutes.
4. La façon de parler de sa ville
Le Madrilène adore Madrid avec la fougue d’un hooligan sous cocaïne. Il ne tarira pas d’éloges sur ses quartiers préférés et n’hésitera pas à partager ses endroits favoris et ses bonnes adresses.
À Barcelone, en revanche, pas question de divulgâcher : on garde jalousement ses bons plans pour éviter qu’ils ne deviennent des pièges à touristes.
5. Le travail
Le Madrilène travaille beaucoup, n’hésite pas à faire l’aller-retour banlieue–Cuatro Torres, tout en allant au CrossFit entre midi et deux (entre 14h et 16h) et en sortant boire des coups un jour sur deux. Un peu comme si son agenda était sponsorisé par son taux de cortisol.
Quand ils ne télétravaillent pas depuis Tossa de Mar, les Barcelonais, eux, donnent parfois l’impression d’avoir transcendé le concept même de CDI. Beaucoup exercent des métiers aux intitulés mystérieux comme happiness manager, consultant créatif ou designer d’expériences sensibles.
6. La terrasse : sport national ?
Si le football divise historiquement le Real Madrid du Barça, la terrasse, plus que le stade, semble être le lieu de la réconciliation nationale. Toutefois, ici aussi, dans la pratique, les codes sociaux diffèrent entre Madrid et Barcelone.
Le Madrilène entre dans un bar à 18 h comme s’il connaissait déjà tout le monde, offre un carajillo au serveur et finit par manger des croquetas à 2 h du matin avec huit inconnus devenus des frères.
Le Barcelonais, quant à lui, donne parfois l’impression d’auditionner en permanence pour un film indépendant, au cas où un directeur de casting serait caché dans un coin. Assis avec son livre au café Marsella, il attendra patiemment ses amis pour débattre d’une expo temporaire du CCCB ou de la dernière rétrospective de la Filmoteca. On séparera bien évidemment l’addition.
7. La relation avec les touristes
À Barcelone, le tourisme est vécu comme une catastrophe naturelle qui entraînera la mort de l’écosystème urbain. Chaque valise à roulettes enclenche une réaction quasi épidermique chez les habitants de la cité comtale, saturée de blancs-becs en goguette.
Le Madrilène, lui, voit plutôt un touriste et pense : « Bienvenue, tu veux boire une caña ? »




