Zéro gâchis : et si l’Espagne montrait la voie ?

bouclier anti-inflation espagne

Entre loi anti-gaspillage pionnière et initiatives citoyennes, l’Espagne réinvente son rapport à la consommation. Une nouvelle génération d’entrepreneurs et d’individus prouve que gâcher moins peut rimer avec mieux vivre.

En cuisine, éviter le gaspillage est aussi vieux que la cuisine elle-même. Mais aujourd’hui, ce geste ancestral devient un modèle économique à part entière, porté par des lois, des startups et des individus convaincus que consommer autrement n’est ni une contrainte ni un sacrifice. En Espagne, le mouvement prend de l’ampleur, porté par une loi anti-gaspillage ambitieuse et par une société civile de plus en plus engagée.

Une loi pour forcer le changement

L’Espagne s’est dotée d’une législation contre le gaspillage alimentaire qui oblige désormais les acteurs de la chaîne alimentaire, producteurs, distributeurs, restaurateurs, à mettre en place des stratégies concrètes pour réduire leurs pertes. Les invendus doivent être redistribués en priorité à des fins de consommation humaine, avant d’envisager d’autres débouchés. Cette loi a eu un effet catalyseur : elle a légitimé et accéléré des initiatives qui existaient parfois déjà dans l’ombre.

C’est dans ce contexte que fleurissent des modèles économiques inédits. À Bellpuig, en Catalogne, TalKual vend directement aux particuliers les fruits et légumes rejetés par la grande distribution pour des raisons purement esthétiques, trop petits, trop tordus, trop tachetés. En 2025, la startup a réalisé plus de cinq millions d’euros de chiffre d’affaires. À El Prat de Llobregat, És Im-perfect transforme ces mêmes excédents en confitures, crèmes et compotes. En 2024, près de 665 000 bocaux ont été produits, dont plus de 300 000 redistribués à des associations caritatives.

Aurélie, Belge à Barcelone, zéro déchet par conviction

Si les entreprises jouent un rôle clé, le changement se joue aussi à l’échelle individuelle. Aurélie, 33 ans, architecte d’intérieur de formation belge installée à Barcelone depuis deux ans, en est un exemple incarné. « Tout ça est venu du fait qu’il faut essayer de trouver des alternatives, essayer de moins consommer, de consommer autrement », explique-t-elle.

Arrivée via un programme européen, elle a naturellement prolongé ici ses habitudes de consommatrice engagée. « Tout ce que je faisais avant à Bruxelles, j’ai réussi à le mettre en place ici. Je n’ai jamais vraiment eu de barrières », confie-t-elle. Son appartement barcelonais a été meublé pour environ 500 euros en tout, frigo, machine à laver, sommier et matelas inclus, grâce à Wallapop et aux trouvailles faites dans la rue, les brocantes, denrée rare à Barcelone, ne pouvant guère combler sa passion pour la chine.

Côté produits du quotidien, Aurélie fabrique elle-même sa lessive, son liquide vaisselle, son dentifrice et son déodorant. Une habitude née à 20 ans, lors d’un stage à Paris où elle devait se débrouiller seule avec un petit budget. « Je me souviens, j’arrivais dans la cuisine commune de la résidence avec mes petits ingrédients et tout le monde se demandait ce que je fabriquais », raconte-t-elle en riant. Curieux, ses colocataires ont fini par lui demander d’organiser un atelier collectif.

Consommer moins, mais mieux et moins cher

Car le zéro déchet, rappelle Aurélie, n’est pas forcément une affaire de budget. « Du bicarbonate, du vinaigre, un savon de Marseille, un savon noir, ce sont des matières très peu chères avec lesquelles on peut tout faire chez soi. » Ce que les grandes enseignes tentent de faire oublier en multipliant les produits spécialisés, elle le résume en quatre ingrédients. « Les grosses marques essayent de faire croire qu’il faut acheter dix produits pour nettoyer son intérieur, alors qu’en fait si on a du vinaigre, du bicarbonate et un savon noir, on sait tout laver. »

Un message qui résonne d’autant plus dans une Espagne où la loi pousse désormais à consommer juste, consommer utile, ne rien jeter qui puisse encore servir.

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Image de Anaïs Bertrand

Anaïs Bertrand

Diplômée de l’ESJ Paris, Anaïs Bertrand est journaliste à Barcelone depuis plus de dix ans. Elle collabore également avec Radio France, France Télévisions, M6 et Canal+, où elle couvre l’actualité espagnole sous ses angles politique, social et culturel.
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Anaïs Bertrand

Diplômée de l’ESJ Paris, Anaïs Bertrand est journaliste à Barcelone depuis plus de dix ans. Elle collabore également avec Radio France, France Télévisions, M6 et Canal+, où elle couvre l’actualité espagnole sous ses angles politique, social et culturel.
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