Défense de l’immigration, condamnation de l’avortement, le message du Pape au Parlement espagnol

espagne pape

C’est la première fois qu’un pape prononce un discours devant le Parlement espagnol. Des mots forts pour s’opposer à l’avortement et à l’euthanasie, mais aussi une large place accordée à la défense des migrants.

10h45, ce lundi 8 juin. Pour la première fois de son histoire, le Parlement espagnol accueille un pape. En pleine tempête politique, alors que le Premier ministre Pedro Sánchez subit les attaques incessantes de la droite, Léon XIV a voulu délivrer un message d’apaisement et rappeler plusieurs grands principes de la doctrine sociale de l’Église.

Maîtrisant parfaitement l’espagnol, le souverain pontife a estimé que « la situation des migrants et des réfugiés exige une réponse qui place les personnes au centre, s’attaque aux causes qui les obligent à partir et dépasse la simple gestion des flux ».

Le pape a ainsi défendu une politique d’accueil fondée sur la dignité humaine. Selon lui, la « justice sociale » impose « d’offrir des voies sûres et légales, un accueil respectueux et de réelles possibilités d’intégration », tout en défendant « le droit de rester dans son propre pays ». Il a appelé à créer les conditions permettant à chacun de vivre dignement sans être contraint de quitter son foyer, évoquant notamment les conflits, les inégalités économiques et les conséquences du changement climatique.

Léon XIV a également alerté sur le « coût humain extrêmement élevé » des routes migratoires, qui ont causé la mort de milliers de personnes ces dernières années en Méditerranée comme dans l’Atlantique. Il a rappelé que de nombreux migrants restent à la merci de trafiquants et de passeurs qui exploitent leur détresse.

Face à cette situation, le pape a appelé à renforcer « la prévention, le sauvetage et l’assistance aux victimes » à travers une coopération internationale plus étroite. « Aucune nation ne peut affronter seule cette réalité », a-t-il souligné, plaidant pour une réponse « coordonnée, solidaire et efficace ». Selon lui, lorsque l’action publique est « proche des personnes, juste et coordonnée », les frontières cessent d’être des lieux d’abandon et peuvent devenir « des espaces de protection responsable de la dignité humaine ».

Un message en nette opposition à celui défendu par la droite nationaliste de Vox et parfois soutenu par les secteurs les plus conservateurs du Parti populaire. L’immigration est un théme majeur de cette visite de Léon XIV qui a notamment visité un centre d’aide aux migrants à Madrid et doit se rendre au port d’Arguineguín, à Grande Canarie, principal point d’arrivée de migrants empruntant la route atlantique vers l’Europe.

Sur ce sujet, le souverain pontife apparaît en phase avec la politique migratoire défendue par Pedro Sánchez. Un soutien bienvenu pour le chef du gouvernement, fragilisé par plusieurs affaires touchant son entourage et son parti, et confronté à des appels à la démission quasi quotidiens de la part de l’opposition. D’ailleurs le pape a également adressé un message aux responsables politiques espagnols en mettant en garde contre la polarisation croissante du débat public. Devant les députés, il a regretté le climat de confrontation permanent qui domine souvent la vie politique. « Le pluralisme ne devrait pas dégénérer en disqualification permanente de l’adversaire », a-t-il déclaré. Un message qui passe mal pour les nationalistes de Vox, adeptes des punch-lines, matin, midi et soir pour tenter de faire chuter Sanchez.

Un sévére message contre l’avortement et l’euthanasie

Pour autant, le pape n’est pas venu distribuer les bons points au gouvernement espagnol.

Léon XIV a adressé devant la représentation nationale un message très clair contre l’avortement et l’euthanasie : « Toute vie humaine doit être reconnue et protégée depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle, quelles que soient les circonstances de son existence. Lorsque cette certitude s’estompe, les plus vulnérables sont les premières victimes et la loi perd son sens le plus profond : servir et protéger chaque personne. C’est pourquoi la grandeur morale d’une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à accompagner, protéger et aimer les vies les plus fragiles », a déclaré le souverain pontife.

Le pape a ensuite posé une question aux parlementaires : « Une communauté qui laisse dans l’ombre l’enfant qui n’est pas encore né peut-elle être considérée comme pleinement juste ? »

L’Espagne dispose pourtant d’une législation parmi les plus souples d’Europe en matière d’avortement. Une femme peut avorter librement jusqu’à 14 semaines de grossesse, sans avoir à justifier sa décision. Entre 14 et 22 semaines, l’IVG est autorisée en cas de risque grave pour la santé physique ou psychique de la mère ou en cas de graves anomalies du fœtus.

À l’issue de son discours, le pape a reçu une salve d’applaudissements pendant plusieurs minutes. Une des plus longues standing ovations de l’histoire du Parlement espagnol.

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Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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