Après les déclarations du président de la Catalogne cette semaine, la gratuité de l’autoroute France-Espagne semble avoir les jours comptés. Retour des péages ou vignette payante sont les pistes évoquées. Explications.
Mercredi matin, un débat s’est engagé au Parlement de Catalogne sur l’accidentalité de l’autoroute AP-7. Le président socialiste du gouvernement catalan, Salvador Illa, s’est demandé si la levée des péages, ou la manière dont elle a été menée, n’avait pas été une erreur. « Peut-être nous sommes-nous trompés, non ?, lorsque nous demandions tous joyeusement : plus de péages ? », a-t-il lancé.
Cette autoroute, la célèbre AP-7, est saturée depuis la mise en place de la gratuité en 2021. Les poids lourds y sont légion et provoquent avaries et accidents, parfois mortels. Les autorités souhaitent donc mettre fin à cet afflux de véhicules en faisant de nouveau payer les usagers.
La vignette sur l’autoroute France-Espagne
Première possibilité : la création d’une vignette. Míriam Nogueras, députée du parti d’opposition Junts, a plaidé pour la mise en place d’une vignette sur l’autoroute, comme cela existe dans d’autres pays européens, afin que l’on paie « à l’usage ». « Il n’y a pas besoin d’inventer quoi que ce soit, la solution est sous le nez du président catalan », a déclaré Nogueras dans une interview à Catalunya Ràdio.
Son parti défend la suppression des péages depuis 2012. Elle a également critiqué le péage parce qu’il incluait les « frais de construction », rappelant que « quand on paie pendant trente ans, on les a payés un très grand nombre de fois ».
Selon le parti nationaliste catalan, le problème autour de l’AP-7 est multiple. L’Espagne est « le dernier État d’Europe » en matière de transport de marchandises par chemin de fer. Míriam Nogueras a aussi critiqué le fait que le corridor méditerranéen « nous est promis depuis trente ans et n’a jamais été terminé, ni sous les gouvernements socialistes ni sous ceux de la droite du Partido Popular ».
L’opposition estime qu’un autre problème clé est le mauvais fonctionnement général du service de trains régionaux Rodalies. « Le fait que les trains ne fonctionnent pas en Catalogne pousse beaucoup plus de gens à prendre la voiture », a résumé Míriam Nogueras.
Le retour des péages
De son côté, l’exécutif socialiste planche sur la méthode dure : le retour pur et simple des péages. C’est ce qu’a confirmé ce vendredi la conseillère catalane à l’Aménagement du territoire, Sílvia Paneque.
Lui faisant écho, le secrétaire à la Mobilité et aux Infrastructures du gouvernement, Manel Nadal, a ajouté jeudi des arguments en faveur des péages sur Catalunya Ràdio, où il a assuré que cette infrastructure ne peut plus absorber davantage de trafic de camions. Ses déclarations sont intervenues peu après quatre nouveaux accidents graves sur l’AP-7 : un accident mortel survenu à l’aube, dans lequel une mineure de 17 ans a perdu la vie, puis trois autres accidents tôt dans la matinée, impliquant des camions. C’est pourquoi Nadal a également souligné qu’en plus de rouvrir le débat sur les barrières d’accès, il faut aussi améliorer la capacité des routes alternatives ou permettre aux camions de circuler sur les anciennes N-340 ou N-II.
Le gouvernement catalan rappelle que les compétences en la matière appartiennent à l’exécutif espagnol. Cependant, la Catalogne et l’Espagne étant dirigées par le même parti socialiste, la mesure pourrait passer plus facilement. « Il faut rétablir les péages, sous la formule que l’on voudra », assurait jeudi le secrétaire Nadal, tout en soulignant la nécessité de le faire de manière concertée avec l’État.
La date de la fin de la gratuité
Si une volonté politique existe, la Catalogne estime toutefois que les péages pourraient être rétablis d’ici deux ou trois ans. Interrogé sur cette question, le ministère des Transports n’a pas souhaité ajouter de commentaire ni préciser si la proposition avait déjà été mise sur la table à Madrid.




