La Catalogne défigurée par les incendies

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Incendies en Catalogne : 3 800 hectares ravagés en seulement dix jours. La multiplication des feux de forêt depuis le début du mois de juillet a placé les secours catalans sous une pression considérable. En dix jours, les flammes ont détruit davantage de terres que lors de la même période cumulée au cours des quinze dernières années. Un bilan déjà exceptionnel, alors que les températures doivent encore dépasser les 40 °C dans plusieurs secteurs.

Le début du mois de juillet a complètement bouleversé le bilan des incendies en Catalogne. Jusqu’au 2 juillet, un peu plus de 500 hectares avaient été parcourus par les flammes depuis le début de l’année. Mais, le vendredi 3 juillet, peu après 9 heures du matin, un départ de feu signalé à La Bisbal d’Empordà s’est rapidement transformé en premier grand incendie forestier de la saison.

Dans le massif des Gavarres, entre les provinces de Gérone et de Barcelone, plus de 2 200 hectares ont été détruits. Pendant plusieurs heures, les pompiers ont même redouté que le feu ne s’étende à l’ensemble du massif. Cet incendie a marqué le début d’une succession de sinistres d’une ampleur inhabituelle.

Dix jours plus tard, le bilan approche désormais les 3 800 hectares brûlés à travers la Catalogne. Une superficie particulièrement élevée pour un début de mois de juillet, puisqu’elle dépasse à elle seule l’ensemble des surfaces touchées pendant la même période au cours des quinze années précédentes.

Vingt-quatre incendies dans seize cantons

Après le feu des Gavarres, les incendies se sont enchaînés dans une grande partie du territoire catalan. D’après les données encore provisoires des Agents ruraux, 24 départs de feu ont été recensés dans 16 cantons. La situation s’est révélée particulièrement difficile entre le 6 et le 8 juillet, avec plusieurs incendies actifs simultanément. Ces différents foyers ont ajouté quelque 1 600 hectares supplémentaires au bilan des surfaces calcinées.

Bomberos trabajan en uno de los focos del incendio en la localidad de Calonge este sábado tras el incendio forestal que comenzó ayer en La Bisbal de l'Empordà

Face à cette multiplication des feux, les pompiers catalans ont dû mettre en place un centre de commandement centralisé à Bellaterra, près de Barcelone. L’objectif était de coordonner les interventions, de répartir les moyens disponibles et, surtout, de déterminer quels incendies devaient être traités en priorité.

Les responsables des secours ont reconnu que toutes les zones ne pouvaient pas être défendues avec la même intensité. Dans certains cas, ils ont dû admettre qu’une urbanisation située au milieu de la forêt ne pouvait pas être protégée dans son intégralité. Ils ont également expliqué publiquement que l’un des principaux enjeux était d’éviter un « effondrement » opérationnel du corps des pompiers, confronté à un nombre trop important d’incendies simultanés.

Des zones industrielles et des habitations menacées

Parmi les incendies les plus importants figure celui de Carme, dans le département de Barcelone, qui a brûlé environ 495 hectares. Les flammes ont également atteint les abords d’une zone industrielle, obligeant les secours à concentrer une partie de leurs moyens sur la protection des bâtiments et des entreprises.

Un incendio en Carme obliga a confinar a unas 33.000 personas de varias  localidades de la

À Guimerà, dans la province de Lleida, plus de 400 hectares sont partis en fumée. Alors que la situation semblait s’améliorer, une reprise de feu a progressé en direction de Tàrrega, poussée par la marinada, ce vent marin catalan qui souffle généralement depuis la côte vers l’intérieur des terres catalanes en fin de journée.

À Sentmenat, dans le Vallès Occidental, les pompiers ont appliqué une stratégie encore relativement méconnue du grand public : le « confinement horizontal ». Plutôt que d’évacuer l’ensemble des habitants, les secours ont regroupé les riverains dans certaines des maisons les plus exposées, avant de déployer plusieurs équipes autour de ces bâtiments afin d’en assurer directement la protection. Cette technique peut être utilisée lorsqu’une évacuation classique devient trop risquée, notamment lorsque les routes sont menacées par les flammes ou par d’importants dégagements de fumée. Les habitants restent alors confinés dans des bâtiments considérés comme défendables, sous la surveillance des pompiers.

Trois incendies suspects à Aiguamúrcia

La situation d’Aiguamúrcia, dans le département de Tarragone, fait l’objet d’une attention particulière. Trois incendies s’y sont déclarés en l’espace de quelques jours, détruisant au total un peu plus de 200 hectares. Les Agents ruraux et les Mossos d’Esquadra disposent d’éléments laissant penser que ces feux pourraient avoir été provoqués.

El incendio de Aiguamúrcia ya ha quemado 114 hectáreas y podría tener un  potencial de un millar Les investigations doivent désormais déterminer leur origine exacte et établir s’il existe un lien entre les différents départs de feu. La répétition des incendies dans un même secteur et sur une période aussi courte a renforcé les soupçons des enquêteurs. Aucune conclusion définitive n’a toutefois encore été rendue publique.

L’équivalent de 800 terrains du Camp Nou

Avec près de 3 800 hectares détruits en une dizaine de jours, le bilan total de l’année atteint désormais 4 383 hectares brûlés en Catalogne. Cela représente une superficie équivalente à environ 800 terrains de football de la taille du Camp Nou. Cette progression est d’autant plus préoccupante que les semaines précédant la période la plus chaude de l’été sont habituellement relativement calmes sur le front des incendies. Cette année, la situation s’est donc dégradée beaucoup plus tôt que prévu.

Selon les données des Agents ruraux citées par le média catalan Nació, la surface brûlée pendant ce seul début de juillet dépasse le total enregistré au cours de la même période pendant les quinze années précédentes. Sur cette période, environ 3 304 hectares avaient été détruits, dont près de 2 581,7 hectares lors de la seule année précédente.

Les conditions météorologiques des derniers mois permettent en partie d’expliquer cette situation. Malgré un hiver marqué par une pluviométrie relativement favorable, le printemps a enregistré des précipitations inférieures aux normales saisonnières. La Catalogne vient également de traverser deux vagues de chaleur particulièrement intenses. La combinaison du manque de pluie et des températures élevées a fortement réduit le niveau d’humidité de la végétation. Les plantes, les broussailles et les arbres sont ainsi devenus beaucoup plus inflammables.

Le passage le plus dangereux attendu mercredi

La troisième vague de chaleur de l’été fait désormais craindre une nouvelle aggravation de la situation. Pendant les premiers jours de l’épisode, les principales alertes concernent l’ouest de la Catalogne, notamment les plaines de Lleida, où les températures doivent approcher les 40 °C. Dans le reste du territoire, un vent de sud-est doit faire augmenter le taux d’humidité. Cette situation renforcera la sensation de chaleur étouffante, mais pourrait légèrement limiter le risque de propagation des incendies dans certaines zones.

Le moment le plus critique a eu lieu ce mercredi 15 juillet. Selon Carme Farnell, technicienne chargée des prévisions au Meteocat, avec des températures dépassant les 40 °C dans des secteurs où de telles valeurs restent habituellement exceptionnelles, notamment dans le prélittoral central et dans une grande partie de l’intérieur de la Catalogne. Un vent d’ouest particulièrement sec accompagne cette hausse du thermomètre. L’association entre des températures extrêmes, une végétation desséchée et un vent sec constitue une configuration particulièrement favorable au déclenchement et à la propagation rapide des feux de forêt.

Le risque des orages secs

Les orages secs représentent une autre source de préoccupation. Ces phénomènes sont accompagnés d’une importante activité électrique, mais ne produisent que très peu de pluie, voire aucune précipitation significative. La foudre peut alors frapper des zones forestières et provoquer des départs de feu parfois difficiles à détecter immédiatement. Un foyer peut rester latent pendant plusieurs heures ou plusieurs jours avant de se réactiver sous l’effet de la chaleur et du vent.

El incendio de Lladurs preocupa a los Bombers, a pesar de estabilizar  Castellar de la Ribera

À Lladurs, dans le Solsonès, un incendie ayant touché environ deux hectares de végétation forestière correspondait ainsi à la reprise d’un feu provoqué par la chute d’un éclair la semaine précédente. Cet exemple illustre la difficulté de surveiller les zones frappées par la foudre, même après l’extinction apparente des flammes. Des points chauds peuvent subsister sous terre, dans les racines ou au cœur de la végétation, avant de donner naissance à un nouvel incendie.

Plusieurs espaces naturels fermés au public

Les Agents ruraux préviennent que les prochains jours seront « particulièrement compliqués ». Le niveau 4 du Plan Alfa, le degré maximal du dispositif catalan de prévention des incendies, reste activé dans les territoires les plus exposés. L’accès à huit espaces naturels a déjà été interdit afin de réduire les risques de départ de feu et de limiter la présence de promeneurs dans des secteurs où une évacuation pourrait devenir difficile.

Ces restrictions pourraient encore être étendues. Les autorités envisagent notamment de fermer d’autres massifs dans les comarques de Tarragone et des Terres de l’Èbre, où les conditions météorologiques pourraient devenir particulièrement dangereuses

Après dix jours marqués par une succession exceptionnelle d’incendies, la Catalogne se retrouve dans le pic de la troisième vague de chaleur avec des sols desséchés, une végétation extrêmement inflammable et des services de secours déjà fortement sollicités.

 

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Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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