Canicule en Espagne : saisonniers, les victimes invisibles de la chaleur

femme cultivatrice légumes
Taille du texte

Derrière les pêches, les nectarines ou les melons dans les supermarchés espagnols,  il y a une réalité moins visible : celle de femmes et d’hommes qui travaillent quand le climat ne pardonne plus et parfois perdent la vie. Les protéger n’est pas seulement une question de droit du travail. C’est une question de santé publique, de dignité et de justice climatique.

Ils cueillent les fruits, remplissent les caisses, travaillent au milieu des vergers et des serres quand l’Espagne suffoque. Chaque été, des milliers de saisonniers agricoles affrontent des températures qui dépassent parfois les 40 degrés. Dans les champs de Catalogne, d’Andalousie ou de Murcie, la chaleur n’est plus seulement une gêne : elle est devenue un risque professionnel majeur.

Avec le changement climatique, les épisodes de chaleur extrême se multiplient, s’allongent et arrivent plus tôt dans l’année. Pour les travailleurs agricoles, souvent employés sur des contrats temporaires, parfois précaires, la journée peut vite devenir dangereuse. Fatigue intense, vertiges, crampes, nausées, maux de tête, confusion : les premiers signes du coup de chaleur sont parfois discrets, mais peuvent devenir graves en quelques minutes.

Le danger est d’autant plus élevé que le travail agricole cumule tous les facteurs de risque : effort physique prolongé, exposition directe au soleil, vêtements de protection, peu d’ombre, déplacements répétés et pression des cadences. Dans certains cas, les travailleurs hésitent aussi à signaler un malaise, par peur de perdre des heures, un poste ou un revenu indispensable.

La chaleur ne frappe pas tout le monde de la même manière

Les personnes âgées, les travailleurs souffrant de maladies chroniques, les femmes enceintes ou les personnes qui prennent certains médicaments sont plus vulnérables. Mais dans les champs, la précarité sociale devient aussi un facteur de risque sanitaire. Beaucoup de saisonniers vivent dans des logements mal isolés, dorment peu, récupèrent mal et repartent travailler le lendemain dans les mêmes conditions.

Face à cette nouvelle réalité, la prévention ne peut plus se limiter à une bouteille d’eau et à une casquette. Les spécialistes recommandent d’adapter les horaires, de concentrer les tâches les plus physiques tôt le matin, de multiplier les pauses à l’ombre, de garantir un accès permanent à l’eau potable et de former les équipes à reconnaître les symptômes de l’épuisement thermique. Il est aussi essentiel que les responsables d’exploitation surveillent l’état de santé des travailleurs, notamment lors des premiers jours de chaleur, quand le corps n’a pas encore eu le temps de s’acclimater.

En Espagne, les entreprises ont l’obligation d’évaluer les risques liés aux fortes températures et d’adapter l’organisation du travail si la santé des salariés est menacée. Depuis le décret royal de 2023, certaines tâches en extérieur doivent être modifiées, réduites ou interrompues lorsque les conditions météorologiques deviennent dangereuses et que la protection des travailleurs ne peut pas être garantie.

La Catalogne veut désormais aller plus loin. Cet été, l’Inspection du travail a lancé un dispositif avec drones pour vérifier, notamment dans les zones agricoles, si les mesures de prévention sont respectées : pauses, accès à l’eau, vêtements adaptés, horaires de travail et exposition aux heures les plus chaudes. Un symbole fort dans une région où des dizaines de milliers de saisonniers sont mobilisés chaque été pour les récoltes.

Mais la technologie ne suffira pas. La protection des travailleurs passe aussi par une meilleure information, des contrôles réguliers, des logements dignes, des transports adaptés et une organisation du travail pensée avant l’arrivée de la canicule. La chaleur extrême n’est plus un accident exceptionnel. Elle est devenue une donnée structurelle du travail agricole en Espagne.

 

Cet article vous a plu ? Partagez-le !

Recommandé pour vous

Image de The Conversation

The Conversation

The Conversation propose des articles d'analyse de l'actualité, écrits par des universitaires et des chercheurs, et mis à disposition des médias francophones. Issu d'une étroite collaboration entre journalistes, universitaires et chercheurs, il propose d'éclairer le débat public grâce à des analyses indépendantes sur des sujets d'actualité.
Image de The Conversation

The Conversation

The Conversation propose des articles d'analyse de l'actualité, écrits par des universitaires et des chercheurs, et mis à disposition des médias francophones. Issu d'une étroite collaboration entre journalistes, universitaires et chercheurs, il propose d'éclairer le débat public grâce à des analyses indépendantes sur des sujets d'actualité.
  • L’actu en Espagne, directement dans votre boîte mail

    Chaque semaine, l'essentiel de l’actualité en Espagne. Sans bruit.