Canicule : Barcelone se prépare à 50 °C

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Après avoir franchi pour la première fois cet été le seuil des 40 °C, Barcelone se prépare désormais à entrer dans une situation encore plus extrême. Comment (sur)vivre avec un thermomètre atteignant 50 °C ou durant trois jours consécutifs à 45 °C.

L’objectif ne consiste pas uniquement à tester la resistance des services d’urgence. La mairie de Barcelone va évaluer la résistance de l’ensemble de la ville : hôpitaux, établissements sociaux, réseaux électriques, approvisionnement en eau, transports et équipements publics. La décision de tester Barcelone sous une canicule extrême intervient alors que les records de chaleur se multiplient dans la capitale catalane. Au cours des quatre étés compris entre 2023 et 2026, quatre des cinq températures maximales les plus élevées jamais relevées à l’Observatoire Fabra depuis 1914 ont été enregistrées. Le mois de juin 2026 a lui-même affiché des températures davantage comparables à celles généralement observées en juillet.

Pour Aleix Serra, responsable du contrôle de la qualité des données au service météorologique catalan, le Meteocat, Barcelone et le reste du littoral méditerranéen connaîtront dans les prochaines années et décennies des températures nettement supérieures à 40 °C. Certains scénarios climatiques estiment que les températures les plus extrêmes, susceptibles de se rapprocher de 50 °C, pourraient survenir avant la fin du siècle. La mairie veut donc anticiper une situation aujourd’hui exceptionnelle, mais qui pourrait devenir plus probable avec l’intensification du changement climatique.

Que se passera t-il à Barcelone sous 50 °C ?

La question posée par la municipalité est simple : Barcelone serat-elle capable de continuer à fonctionner sous une chaleur de 50 °C ? Depuis cet été, l’Office municipal du changement climatique et de la durabilité mène des discussions avec les établissements sanitaires et sociaux ainsi qu’avec les entreprises chargées des principaux réseaux de distribution.

La mairie veut notamment savoir si les hôpitaux, maisons de retraite, centres d’accueil et équipements municipaux pourraient continuer à fonctionner normalement. Les responsables étudient également les risques de coupures d’électricité, les difficultés d’approvisionnement en eau et les éventuelles conséquences sur les infrastructures.

Une chaleur aussi intense pourrait provoquer plusieurs incidents simultanés : saturation des urgences, pannes électriques, défaillance de certains équipements, problèmes dans les transports ou hausse brutale de la consommation d’eau. Le scénario retenu doit donc prendre en compte un possible effet domino, avec une succession de dysfonctionnements dans plusieurs secteurs essentiels.

La première grande étape aura lieu en février 2027. Il ne s’agira pas encore d’un exercice visible dans les rues, mais d’une simulation théorique organisée depuis le centre de coordination opérationnelle de Barcelone, le CECOR. Les participants devront réagir à différents incidents provoqués par une situation fictive de chaleur extrême. Les autorités pourront ainsi vérifier la circulation des informations entre les services, les procédures d’urgence et la capacité de coordination des différents organismes.

Des situations successives seront introduites pendant l’exercice afin de mesurer la réaction de la ville face à une crise qui s’aggraverait progressivement. Cette première simulation permettra d’identifier les points faibles du dispositif municipal et les services nécessitant une meilleure préparation. Une seconde phase, beaucoup plus concrète, doit être organisée à la fin de l’année 2027.

Cette fois, Barcelone testera sur le terrain les protocoles imaginés lors de la première simulation. Le dispositif permettra de vérifier si les mesures prévues fonctionnent réellement et d’identifier les éventuelles modifications à apporter. La responsable de l’Office du changement climatique et de la durabilité, Irma Ventayol, présente cette démarche comme une préparation préventive, structurée et planifiée face à l’évolution attendue du climat. La ville ne considère donc pas le scénario des 50 °C comme une prévision météorologique immédiate, mais comme une hypothèse suffisamment sérieuse pour justifier une anticipation des risques.

Refuges climatiques, ombre et nouveaux matériaux

En parallèle de cet exercice, Barcelone multiplie déjà les aménagements destinés à limiter les conséquences des fortes chaleurs. La municipalité développe notamment son réseau de refuges climatiques. Ces espaces publics climatisés ou naturellement plus frais permettent aux habitants de se protéger durant les épisodes de chaleur intense. Il peut s’agir de bibliothèques, centres civiques, écoles, musées, parcs ou équipements sportifs.

La ville prévoit également de créer davantage de zones d’ombre dans les rues et les espaces publics. Le choix des matériaux utilisés pour les trottoirs, les chaussées et les bâtiments doit également évoluer. Les surfaces sombres absorbent davantage la chaleur du soleil et contribuent à l’effet d’îlot de chaleur urbain. Barcelone expérimente donc des couleurs et des matériaux capables de réfléchir une plus grande partie du rayonnement solaire. L’objectif est de réduire la température ressentie dans les quartiers les plus exposés, où le manque de végétation et la densité des constructions rendent les épisodes de canicule particulièrement difficiles à supporter.

Une ville contrainte de s’adapter au changement climatique

Le futur exercice à 50 °C illustre le changement de stratégie des grandes villes méditerranéennes. Il ne s’agit plus seulement de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de préparer les infrastructures et les habitants aux conséquences déjà visibles du réchauffement climatique. À Barcelone, la répétition des canicules, les nuits tropicales et les nouveaux records de température augmentent les risques sanitaires, en particulier pour les personnes âgées, les enfants, les malades chroniques et les habitants des logements mal isolés. En simulant dès maintenant une situation extrême, la municipalité veut éviter d’être prise au dépourvu le jour où une chaleur considérée jusqu’à présent comme exceptionnelle frappera réellement la capitale catalane

 

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Image de Sébastien Barnès

Sébastien Barnès

Journaliste à Barcelone.
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