Logement, santé, emploi : à Madrid, l’Entraide Française accompagne les familles en difficulté

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En 2025, l’Entraide Française a accompagné 227 personnes, soit plus de 120 familles installées à Madrid.

Créée en 1848 par Ferdinand de Lesseps, elle œuvre pour les Français en difficulté dans la capitale espagnole. À sa tête depuis deux ans, Catherine Janot présente à Equinox Madrid cette association, apolitique et inconfessionnelle, reconnue d’utilité publique en Espagne.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la mission de l’Entraide Française ?

Catherine Janot : « L’objectif est de venir en aide à ceux qui vivent des difficultés, passagères ou durables. L’unique critère d’intervention est qu’un des membres de la famille soit Français. Cela peut aussi concerner une famille entière venue s’installer en Espagne. L’année dernière, on a accompagné 227 personnes, qu’on a aidées d’une façon ou d’une autre. Ça représente un peu plus de 120 familles. Ces gens souffrent des accidents de la vie et, souvent, ils ne vont pas très bien. C’est important de pouvoir les aider à aller mieux pour leur permettre de retrouver autonomie et dignité ».

Quels sont les profils des bénéficiaires ?

« En grande majorité, des mères seules avec leurs enfants. On retrouve aussi des personnes âgées isolées qui peuvent avoir des ennuis de santé. Il y a aussi des personnes plus jeunes qui connaissent une longue période de chômage ».

Quelles actions sont prises lorsqu’une personne entre en contact avec vous ?

« On commence par écouter pour bien comprendre quelles sont les difficultés. Ensuite, notre assistante sociale, soit avec un bénévole ou avec la présidente en charge de l’action sociale, va préparer un plan d’action qui sera présenté à un comité d’action sociale, composé de 8 bénévoles et animé par la vice-présidente.

Ensuite, on regarde si les personnes peuvent avoir droit à des aides auxquelles elles n’auraient pas pensé ou pour lesquelles elles ont des difficultés d’accès, parfois par méconnaissance car l’administration n’est pas simple. Il y a aussi toute une problématique numérique car la fracture digitale est une réalité. Aujourd’hui, pour accéder à de nombreux services publics, il faut au moins disposer d’un téléphone portable.

Ce sont autant d’obstacles pour certaines personnes. Et cela quel que soit l’âge. On a des personnes âgées très éduquées qui se débrouillent très bien et d’autres plus jeunes qui ont plus de difficultés. Donc on aide les personnes dans ces démarches-là. On peut aussi donner des conseils pratiques liés au logement, faire de l’accompagnement, du soutien personnel ».

Le coût du logement, principal facteur de fragilité

Sur quels plans intervenez-vous ?

« On peut intervenir financièrement. Dans ce cas-là, on demande aux personnes d’être transparentes sur leur situation. Mais le premier poste d’aide concerne le logement. On peut être amené à prendre en charge une partie du loyer, de la facture de gaz ou d’électricité, avec le soutien de Leroy Merlin. Le deuxième poste concerne la santé, car les soins médicaux sont peu ou mal remboursés en Espagne. Essentiellement des soins dentaires mais ça peut concerner la santé mentale.

Le troisième poste, ce sont les aides alimentaires. On finance des paniers de produits frais et il y a une banque alimentaire remplie par les collectes ou les dons de particuliers. On a également un programme de camp de vacances pour les enfants. Par exemple, pour des élèves boursiers à 100 %, on peut prendre en charge des activités extrascolaires, des livres, du matériel scolaire. Tout dépend de ce dont les gens ont besoin.

Enfin, des bénévoles rendent visite à des personnes âgées du foyer de Saint-Louis. Ils animent des ateliers de lecture, organisent des concerts. Il y a quelques francophones mais la majorité des résidents sont espagnols ».

Quel est le plus grand défi aujourd’hui ?

« La grande difficulté c’est le coût du logement. La demande a complètement explosé et les gens qu’on accompagne ne sont jamais considérés comme prioritaires par les propriétaires. Ils n’ont pas le meilleur dossier. On s’assure d’abord qu’ils peuvent rester dans leur logement. L’autre défi majeur, c’est l’emploi. Ce n’est pas facile d’accéder au marché du travail, surtout en tant que Français. Il y a beaucoup de précarité et de travail au noir. Et quand on arrive à la retraite, on se retrouve avec une large période non déclarée. On a aussi beaucoup de personnes qui peinent à accéder aux aides espagnoles car ils n’ont pas le NIE ou ont du mal à l’obtenir ».

Combien de personnes œuvrent pour l’Entraide ?

« Nous comptons deux salariés : une assistante sociale et une personne qui travaille à temps partiel sur diverses missions. En plus, nous avons une vingtaine de bénévoles : tous les membres du bureau, les membres du comité d’action sociale et les personnes qui aident à l’organisation des événements. Chaque année, des étudiants en Erasmus viennent également donner un peu de leur temps. Enfin, on a des bénévoles qui se mobilisent pour les grands événements. L’année dernière, 85 se sont mobilisés pour le marché de Noël, le plus gros événement de l’année ».

« Un don de 50 euros ne coûte que 10 euros »

En quoi consiste ce marché de Noël ?

« Il s’agit de notre principale source de revenus. L’année prochaine, il se tiendra à l’hôtel Eurobuilding. Il comprend un espace consacré aux accessoires, vêtements et bijoux, ainsi qu’un espace gastronomique. Il est possible de louer des stands et d’autres sont tenus par des bénévoles. L’entrée du marché est payante. On collecte également des lots à gagner lors d’une grande tombola. Environ 1 200 personnes ont visité le marché lors de la dernière édition ».

Quels sont vos principaux défis depuis que vous êtes à la tête de l’Entraide ?

« J’en vois deux principaux. Le premier est la communication. On est présents sur les réseaux sociaux mais je rencontre tous les jours des gens qui ne connaissent pas l’Entraide. On peut donc faire mieux. Le deuxième défi, c’est de recruter et accompagner assez de bénévoles pour les événements que nous organisons et qui sont indispensables à notre financement. Notre budget a augmenté depuis un an, notamment grâce à une hausse de la subvention publique. En effet, l’ambassadrice Kareen Rispal nous aide énormément. Nous recevons aussi l’appui précieux de la consule générale, Nathalie Berthy, et de son équipe ».

Justement, comment aider l’Entraide ?

« On peut y adhérer. Comme il s’agit d’une association reconnue d’utilité publique en Espagne, les donateurs bénéficient d’une fiscalité très favorable. Par exemple, si on fait un don de 50 euros, il ne coûtera que 10 euros à la fin, une fois la déclaration d’impôt effectuée. Et même si l’argent est important, ce n’est pas tout. L’engagement de chacun compte beaucoup et toute aide est la bienvenue ».

Concrètement, comment ça se passe pour une personne souhaitant devenir bénévole ?

« On rencontre la personne et on voit ce qui peut être envisagé en fonction des disponibilités, des compétences et des centres d’intérêt. Certains vont accompagner des personnes en difficulté, notamment à des rendez-vous médicaux ou dans les démarches administratives. D’autres nous aident à organiser des événements, participent à la communication. Mais on peut aussi nous aider simplement en suivant nos réseaux sociaux. Ça permet déjà d’étendre notre visibilité et d’agrandir notre réseau ».

Un message pour ceux qui n’oseraient pas faire appel à l’Entraide ?

« Il ne faut pas hésiter, il faut juste venir. La personne sera bien accueillie, écoutée et ne sera pas jugée. Quand on est en difficulté et qu’on se fait accompagner, on a plus de chances de pouvoir retrouver autonomie et dignité ».

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Image de Xavier Trèfle

Xavier Trèfle

Xavier Trèfle est journaliste à Madrid, après un an passé à Barcelone. Diplômé de l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, il a travaillé pour La Montagne, RMC Sport, Canal Plus et Radio France. Il est l’auteur de "Au cœur de la NBA", consacré aux coulisses de la ligue nord-américaine.
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Xavier Trèfle

Xavier Trèfle est journaliste à Madrid, après un an passé à Barcelone. Diplômé de l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, il a travaillé pour La Montagne, RMC Sport, Canal Plus et Radio France. Il est l’auteur de "Au cœur de la NBA", consacré aux coulisses de la ligue nord-américaine.
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