Vous êtes arrivé en Espagne avec trois mots d’espagnol en poche et la ferme intention de vous intégrer.
Quelques années plus tard, vous ponctuez vos phrases de « vale », « pues » et « a ver », râlez contre les horaires des commerces quand vous rentrez au pays et avez développé une relation bien trop personnelle avec Mercadona. Félicitations : vous êtes officiellement devenu un Français d’Espagne.
Pour vérifier votre niveau d’intégration, voici le grand bingo du Français en Espagne.
Comptez un point à chaque fois que vous avez prononcé ou entendu l’une de ces phrases.
1. « Le pain ici, franchement… »
Après quelques mois en Espagne, baguettes, croissants, pains au raisin, religieuses au café et autres viennoiseries vous hantent jusque dans vos rêves. Devant votre morceau de pan con tomate industriel et gorgé d’huile, une critique acerbe vous échappe. Conséquence immédiate : cela vous vaudra d’être renommé baguette pour le reste de votre vie.
2. « Les loyers, c’est devenu n’importe quoi. »
À Barcelone comme à Madrid, fini le temps où une chambre en coloc avoisinait les 300 euros. Désormais, il faut parfois débourser le prix d’un studio parisien pour une chambre sans fenêtre dans un appartement avec trois inconnus et considérer comme une chance inouïe le fait d’avoir une machine à laver.
Résultat : après quelques recherches sur Idealista, vous avez développé une légère obsession pour le prix au mètre carré et une nostalgie suspecte du loyer que vous payiez à l’époque. (Vous êtes arrivé l’an dernier.)
3. « Je sors juste boire un verre. »
On ne sait pas qui vous essayez de convaincre quand vous partez, la fleur au fusil, à 22 heures rejoindre des amis dans un bar du centre-ville. Au fond, vous savez très bien que vous allez tomber sur un concert de rue, parler avec 10 inconnus et rentrer vers 4 heures du matin.
4. « Quand est-ce qu’on mange ? »
Question anodine en France, véritable question existentielle en Espagne. À 21 h 30, vous commencez à jeter des regards inquiets vers vos amis qui ne font pas mine d’avoir envie de commander quelque chose de solide. Une heure plus tard, au bord de la crise d’hypoglycémie, vous finissez par demander : « Mais on mange quand ? » Quelques années plus tard, vous avez appris la leçon : vous mangez avant de sortir, puis picorez des patatas bravas plus tard en terrasse.
5. « Le métro est tellement mieux qu’en France. »
À peine installé en Espagne, vous découvrez qu’il est possible de prendre le métro sans être compressé par 15 inconnus, vous demander d’où vient cette odeur en sachant pertinemment la réponse et sans prier pour que la climatisation fonctionne. À Barcelone comme à Madrid, les rames sont modernes, les sièges en plastique remplacent le tissu douteux, les rames sont globalement un chouïa moins bondées.
Dans la capitale, il s’arrête vers 1 h 30 du matin et, à Barcelone, le samedi, il fonctionne toute la nuit. Le tout pour la modique somme de 32 euros mensuels. À Paris, le Pass Navigo est à 90 euros.
6. « Cette année, je me mets au catalan ! »
Promesse généralement accompagnée de bonnes intentions, puis reportée au mois prochain, puis à l’année prochaine, puis à jamais. Vous apprenez quelques mots, retenez vaguement bon dia, gràcies et adéu, avant de vous rendre à l’évidence. Quand on vous demande si vous parlez catalan, vous répondrez « una michetta » pour toujours.
7. « Je cherche une chambre, si tu connais quelqu’un qui connaît quelqu’un… »
Phrase entendue, répétée et relayée des dizaines de fois dans les groupes WhatsApp et les apéros entre Français. Parce qu’en Espagne, trouver une chambre relève parfois moins de la recherche immobilière que du réseau clandestin : un ami connaît quelqu’un, qui connaît quelqu’un, dont la cousine quitte son appartement le mois prochain. Vous avez beau avoir écumé Idealista et envoyé 48 dossiers avec vos 12 dernières fiches de paie, votre vida laboral et votre arbre généalogique, le plus vieux système du monde reste le plus efficace : le bouche-à-oreille.
8. « Tiens, il fait 10 degrés à Rennes ! »
Depuis que vous vivez en Espagne, vous êtes devenu étrangement obsédé par la météo française. Chaque matin, vous regardez machinalement les températures à Paris, Rennes, Lille avant de narguer vos proches avec une photo de ciel bleu. Au fond, vous ne consultez plus la météo : vous vérifiez simplement que vous avez bien fait de partir.
9. « Tu connais pas un bon gestor ? »
À force de vous frotter à l’administration espagnole, vous avez compris une chose : mieux vaut connaître un bon gestor. NIE, impôts, sécurité sociale, déclaration de revenus, statut d’autónomo… À la première connexion sur le site de la Generalitat, vous paniquez et demandez alors un contact autour de vous. Et comme par magie, quelqu’un a toujours quelqu’un de super à vous recommander.
10. « T’aurais pas une machine à raclette ? »
La question finit toujours par arriver quand l’hiver approche. Parce qu’après avoir passé des mois à vanter les mérites de la vie au soleil, vous ressentez soudain un besoin viscéral de fromage fondu et de pommes de terre. Le problème : personne ne pense à s’encombrer d’une machine à raclette dans sa valise. Alors vous lancez un appel au secours dans le groupe WhatsApp des Français. Si quelqu’un répond oui, ne le quittez plus : vous venez de rencontrer le boss ultime du Français intégré, celui qui vit ici depuis si longtemps qu’il a carrément investi dans ce précieux objet.



