Carte postale versus réalité. Arrivés par hasard ou après l’avoir longtemps rêvé, les Français arrivant à Barcelone ne sont pas exempts de surprises, même s’ils pensaient bien connaitre la capitale catalane. Témoignages.
Un mardi après-midi du mois d’août dans le quartier de l’Eixample. Paul, la trentaine, ne quitte pas sa clim. « Cette humidité est incroyable, on est tout le temps trempés ». Le mercure n’affiche que 31 degrés, mais avec un taux d’humidité à plus de 70%, la température ressentie approche davantage des 40 degrés selon les experts. « C’est invivable. Madrid à 35 degrés, c’est plus supportable, car tu n’as pas la sensation d’être constamment en sueur », explique ce commercial qui effectue souvent les allers-retours entre les deux villes. Un mauvais moment à passer selon le Parisien, qui ne compte toutefois pas troquer sa vie barcelonaise pour la capitale espagnole. « On peut se rafraichir à la plage, et puis c’est seulement en plein été que c’est le plus dur », se rassure-t-il.
Autre caractéristique inattendue des étés barcelonais : « la prolifération des cafards en été », confie Célia, également française. La densité, l’humidité, la chaleur et un nombre important de bars-restaurants font de Barcelone le terrain de prolifération idéal de ces nuisibles. Malgré les fréquentes interventions des entreprises spécialisées et des pouvoirs publics, la prolifération tend à s’accentuer. Depuis 2022, lle nombre de cafards augmente de 30 à 50% chaque année. L’Agence de Santé Publique de Barcelone (ASPB) alloue désormais 2,5 millions d’euros au contrôle des nuisibles dans les égouts, parcs et terrains vagues. La situation est particulièrement critique dans les quartiers de la vieille ville, où ils s’installant dans les canalisations vétustes. « J’ai fui le Gòtic pour vivre dans l’Eixample après mon premier été barcelonais », explique Jennifer, arrivée en 2021.
La quête de l’appartement de ses rêves
Mais l’une des plus grandes douches froides pour les Français arrivant à Barcelone est sans doute la qualité des appartements. Omar, la quarantaine, a mis 9 mois à trouver un logement correctement agencé pour lui, sa femme et leur fils de 5 ans. « Nous cherchions un appartement pas trop loin de la mer, c’était notre petit rêve de famille, je m’étais dit qu’avec un budget de 3500 euros par mois, je devrais m’en sortir », raconte ce chef d’entreprise arrivé à Barcelone en 2024. « Je ne m’attendais pas à avoir autant de mal à trouver un logement de bonne qualité, même avec un budget que je juge quand même plutôt confortable, ce qui m’a surpris, c’est que même à ce niveau de prix, on continue à faire des compromis : l’âge de l’immeuble, les matériaux, l’agencement ».
La famille accumule les visites et les désillusions. « On rentrait et on se disait : mais qui a fait ça,. qui a transformé ces 150 mètres carrès en cette catastrophe ? Ou même l’isolation thermique, accoustique, ou simplement le bruit quand c’est à côté d’un bar ». Omar se heurte au peu de choix sur le marché, un choix encore plus restreint pour répondre à ses critères. « On n’avait pas du tout anticipé que ce serait si compliqué ». Après avoir logé 9 mois dans un appartement de bail temporaire, il trouve finalement son bonheur à Vila Olimpica grâce à une agence qui lui propose un bien off-market, c’est-à-dire non publié sur les portails immobiliers comme Idealista. « On a compris maintenant que le prix ne va pas forcément avec la qualité du logement : si on augmente le budget, on gagne en mètres carrés, mais pas en qualité car le parc immobilier de Barcelone est extrêmement ancien et surtout mal entretenu et pas rénové, il faut trouver des pépites et elles sont souvent hors marché ».

Une caractéristique qui ne date pas d’hier. Morgane, 44 ans, vit depuis plus de 20 ans à Barcelone. « Les apparts en location ont des meubles des années 60 en vieux bois marron de la grand-mère, les salles de bain avec des bidets, tout en faïence beige, bleu foncé ou marron bien moche, les chambres de 3 mètres carrés sans fenêtre, les fenêtres sans double vitrage qui laissent le courant d’air passer même quand tout est fermé, bref, rien ne va ».
Le standing du logement mais aussi la place qu’il occupe dans la vie des Espagnols sont sans doute l’une des plus grandes incompréhensions culturelles pour les Français. « Les Espagnols vivent peu chez euz, la vie se fait beaucoup dehors, et ils invitent peu à la maison d’ailleurs, explique Laura, la trentaine, et à Barcelone depuis 6 ans, leur intérieur est beaucoup moins important que pour nous, et ce n’est pas quelque chose dans lequel ils vont investir ». Avec le même regard, les propriétaires, qui de toute façon réussiront à louer leur bien, ne voient pas, eux non plus, l’intérêt d’investir dans des matériaux de qualité et une distribution bien pensée.
Le parcours administratif
Pour louer un appartement toutefois, encore faut-il, passer la barrière des démarches administratives. Obtenir le simple numéro de résident étranger, le NIE, qui ne devrait être qu’une formalité et l’était encore il y a une dizaine d’années, est devenu un véritable parcours du combattant. Rendez-vous impossibles à obtenir, documents à apporter plutôt flous, communication zéro. « Je me connectais le matin sur le site des rendez-vous, cita previa, mais impossible d’obtenir un créneau, j’ai vraiment essayé pendant plusieurs semaines et j’ai même commencé à créer un bot avec l’intelligence artificielle mais je n’ai pas réussi non plus, raconte Johann, chef de projet informatique, donc j’ai dû passer par un site obscur qui a pu m’obtenir un rendez-vous à Granollers, qui est quand même à 45 minutes de Barcelone ».
Depuis plusieurs années, les rendez-vous pour le NIE sont systématiquement réservés par des professionnels, qui les revendent ensuite via des groupes whatsapp ou facebook. Des agences spécialisées pour l’accueil des expatriés proposent aussi des accompagnements tout inclus : rendez-vous, constitution du dossier, obtention du NIE assuré. Car obtenir un rendez-vous n’est pas la fin du calvaire. « Les documents nécessaires ne sont pas tous indiqués sur le site », prévient Johann, qui a donc dû revenir une seconde fois avec les papiers manquants.
Enfin le paiement de la taxe pour l’obtention du Saint-Graal ne se fait pas en ligne mais dans une banque. « Et là, on me demandait d’avoir un NIE ou un compte en banque dans l’entité pouvait payer la taxe, mais il fallait aussi un NIE pour ouvrir un compte ». Une boucle à devenir fou. Au bout de 5 banques, il parvient finalement à ouvrir un compte avec son passeport pour payer la taxe. « Il ne faut pas avoir la phobie administrative, car en Espagne, c’est quand même assez conséquent, s’amuse aujourd’hui le trentenaire, qui a continué de galérer avec les autres administrations, et pourtant je venais d’Allemagne où c’était déjà assez compliqué ! »
Mais au-delà des premiers chocs culturels et barrières du quotidien, la plupart assurent qu’ils ne feraient pas machine arrière. « On s’accommode de ces petites galères, et puis, ça s’améliore avec le temps, on comprend mieux la ville, son mode de fonctionnement, et on finit par s’y sentir comme chez soi », assure Paul. Le nombre de Français, lui, continue de croître dans la capitale catalane, qui compte désormais plus de 5% d’expatriés européens.



