Ils se cachent dans les égouts, les cuisines, les greniers ou sous les toits. À Barcelone comme dans les autres grandes villes méditerranéennes, rats, cafards, pigeons et moustiques trouvent tout ce dont ils ont besoin pour proliférer : de la nourriture, de l’eau, des abris et des températures favorables.
Les villes ont d’abord été construites pour les humains. Mais elles offrent également des conditions particulièrement avantageuses à de nombreuses espèces animales. Les immeubles, les caves, les égouts, les parcs, les poubelles et les réserves de nourriture constituent autant de refuges. Les animaux y trouvent aussi de l’eau, des déchets alimentaires et suffisamment d’individus de leur espèce pour se reproduire. Ils ne sont toutefois considérés comme des « nuisibles » ou des « parasites urbains » que lorsque leur présence commence à provoquer des problèmes : piqûres, morsures, allergies, transmission possible d’agents pathogènes, contamination des aliments ou détérioration des bâtiments.
À partir de quand un animal devient-il une « espèce nuisible » ?
La notion de nuisance dépend moins de l’animal lui-même que de sa population et de son interaction avec les humains. Un pigeon isolé sur une place ne représente pas un problème. Des centaines d’oiseaux regroupés sur les mêmes bâtiments peuvent en revanche provoquer des nuisances sonores, accumuler des déjections, transporter certains parasites et endommager des façades ou des éléments architecturaux.
De la même manière, les insectes et les rongeurs font partie des écosystèmes urbains. Mais leur prolifération devient problématique lorsqu’ils envahissent les logements, les commerces, les réserves alimentaires ou les espaces très fréquentés. Les principales espèces concernées appartiennent à deux grandes catégories : les vertébrés, notamment les oiseaux et les rongeurs, et les arthropodes, parmi lesquels les insectes et les acariens.
À Barcelone, quatre fois trop de pigeons
Les pigeons illustrent parfaitement la manière dont les comportements humains peuvent favoriser la prolifération d’une espèce.Selon des données communiquées fin 2024 par la mairie, Barcelone comptait entre 1 300 et 1 700 pigeons par kilomètre carré, alors que la densité recommandée se situe entre 300 et 400. La population était donc jusqu’à quatre fois supérieure au niveau préconisé.
La principale cause identifiée n’était pas uniquement l’abondance naturelle de nourriture dans la rue. La municipalité avait repéré 236 personnes nourrissant quotidiennement les pigeons en très grandes quantités. Dans certaines zones, cette pratique pouvait multiplier localement leur présence par trois ou quatre.
Donner quelques miettes semble anodin. Mais une source de nourriture régulière augmente les chances de survie des oiseaux et facilite leur reproduction. Les pigeons se concentrent alors autour des places, des terrasses, des gares et des bâtiments où ils savent pouvoir trouver facilement de quoi manger.
Pour limiter leur nombre, les spécialistes privilégient notamment la réduction des sources de nourriture et un contrôle raisonné de la reproduction. L’objectif n’est pas de faire disparaître tous les oiseaux, mais de ramener leur population à un niveau compatible avec la vie urbaine.
Les rats trouvent en ville un habitat presque idéal
Les rats possèdent une remarquable capacité d’adaptation. Ils peuvent se nourrir de restes de repas, d’aliments stockés et de déchets, tout en trouvant des abris dans les égouts, les sous-sols, les espaces verts ou les bâtiments dégradés.
Deux espèces sont particulièrement présentes dans les villes méditerranéennes. La rata negra, ou rat noir, fréquente souvent les parties élevées des bâtiments et grimpe facilement dans les arbres. Le rat brun, également appelé rat d’égout, vit davantage dans les caves, les réseaux d’assainissement, les ports et les zones où s’accumulent les déchets.
Ces animaux évitent généralement les humains. Ils peuvent néanmoins mordre lorsqu’ils sont acculés et transporter différents microorganismes, notamment dans leurs urines ou leurs excréments. Ils peuvent aussi causer d’importants dégâts matériels. Leurs incisives poussent continuellement, ce qui les oblige à ronger régulièrement des matériaux, des emballages, du bois ou certains câbles.
À Barcelone, l’Agence de santé publique rappelle que trois facteurs favorisent principalement leur installation : la présence de nourriture, l’accès à l’eau et l’existence de refuges. Elle recommande donc de ne pas laisser de restes dans les rues ou les parcs, de fermer correctement les poubelles et d’éviter de nourrir les animaux dans l’espace public.
Cafards : trois espèces qui n’occupent pas les mêmes lieux
Tous les cafards observés dans les villes ne sont pas identiques. Le cafard oriental, reconnaissable à sa couleur sombre, préfère les espaces humides et obscurs. Il est souvent présent dans les caves, les sous-sols ou à proximité des canalisations.La blatte germanique, plus petite, se rencontre surtout dans les cuisines et les lieux où des aliments sont préparés ou stockés.
La majorité des cafards fuit la lumière. Ils restent cachés pendant la journée dans les fissures, les égouts et les endroits sombres, avant de sortir la nuit.
Omnivores, ils peuvent consommer des déchets, des matières en décomposition et des restes alimentaires. Leur principal risque ne vient donc pas d’une attaque directe contre les humains, mais de la contamination possible des surfaces, des ustensiles et des aliments par les microorganismes qu’ils transportent.
Acariens, punaises, termites : les autres habitants invisibles
Les espèces les plus visibles ne sont pas nécessairement les seules à poser problème.
Les aliments stockés peuvent attirer des mites, des charançons, des fourmis ou différentes espèces d’acariens. Les meubles et les structures en bois peuvent quant à eux être attaqués par les vrillettes, les capricornes ou les termites.
D’autres arthropodes présentent surtout un enjeu sanitaire. Les acariens domestiques peuvent provoquer des allergies. Les punaises de lit se nourrissent de sang et entraînent des piqûres accompagnées de démangeaisons. Les puces, les poux et les tiques vivent comme parasites sur les animaux ou les humains.
Les mouches peuvent également transporter des microorganismes vers les aliments. La variété des espèces concernées explique pourquoi il n’existe pas une méthode unique de traitement contre toutes les nuisances urbaines.
Les moustiques profitent de l’eau et des températures douces
Les moustiques représentent l’un des principaux enjeux de santé publique parmi les insectes urbains.
Les femelles ont besoin de sang pour permettre la maturation de leurs œufs. Ceux-ci sont pondus dans l’eau, où se développent ensuite les larves.
Un simple fond d’eau dans un pot de fleurs, un récipient abandonné, une gouttière ou un avaloir peut ainsi devenir un lieu de reproduction. Plus les températures sont favorables et plus l’eau disponible est abondante, plus les populations peuvent augmenter.
Les hivers doux permettent par ailleurs aux adultes de survivre plus longtemps et aux larves de se développer plus tôt au printemps et plus tard en automne. La période d’activité des moustiques peut alors s’étendre sur une grande partie de l’année.
Parmi les espèces présentes sur le littoral méditerranéen figure le moustique tigre, détecté pour la première fois dans la péninsule Ibérique en 2004, à Sant Cugat del Vallès. Depuis, il s’est largement répandu le long de la côte méditerranéenne.
Pourquoi les exterminer ne suffit pas
Face à une invasion de rats ou de cafards, le premier réflexe consiste souvent à réclamer une désinsectisation ou une dératisation immédiate.
Ces traitements peuvent être nécessaires, mais leur efficacité reste limitée lorsque les causes de la prolifération ne sont pas supprimées. Tant que les animaux trouvent de la nourriture, de l’eau et des abris, de nouveaux individus peuvent rapidement remplacer ceux qui ont été éliminés.
L’Agence de santé publique de Barcelone applique donc un principe de contrôle intégré. Chaque situation doit faire l’objet d’un diagnostic prenant en compte l’espèce concernée, sa répartition, le lieu et l’usage de l’espace. Les méthodes biologiques, physiques et mécaniques sont privilégiées, ainsi que les produits les plus sélectifs et les moins dangereux possible pour la santé et l’environnement.
Cette approche peut comprendre le nettoyage des zones concernées, la réparation de canalisations, la fermeture des accès aux bâtiments, la suppression des eaux stagnantes ou une meilleure gestion des déchets. Les produits chimiques deviennent alors un outil parmi d’autres, et non la seule réponse possible.
Les habitants ont aussi une responsabilité
La lutte contre les nuisibles ne relève pas uniquement des services municipaux.
Une poubelle laissée ouverte, des aliments jetés dans un parc, une gamelle abandonnée dans la rue ou un récipient rempli d’eau peuvent suffire à entretenir localement une population de rongeurs, d’oiseaux ou d’insectes.
La stratégie la plus efficace repose donc sur une collaboration entre les administrations, les scientifiques, les entreprises chargées du contrôle et les habitants. La prévention et une programmation rationnelle des interventions permettent de réduire les populations sans chercher à supprimer indistinctement toute la faune urbaine.
Les rats, cafards et pigeons ne s’installent pas dans les villes par hasard. Ils profitent des ressources que les humains mettent involontairement à leur disposition. La question n’est donc pas seulement de savoir comment les éliminer, mais aussi de comprendre pourquoi nos modes de vie urbains leur offrent un environnement aussi favorable.



