Ryanair menace encore de réduire ses vols en Espagne et s’attaque au ministre des Transports

Barcelone ou Madrid
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La guerre entre Ryanair et le gouvernement espagnol monte d’un cran. Michael O’Leary, patron de la compagnie aérienne low cost, s’en est directement pris au ministre des Transports Óscar Puente, qu’il qualifie de « raté », sur fond de désaccord concernant les taxes des aéroports espagnols. Une bataille qui pourrait avoir des conséquences directes sur les liaisons aériennes dans plusieurs régions du pays.

Le ton n’est plus vraiment à la diplomatie entre Ryanair et le gouvernement espagnol. Après plusieurs jours de déclarations croisées, Michael O’Leary, le très médiatique patron de la compagnie irlandaise, a lancé une nouvelle attaque contre le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente.

Dans une vidéo diffusée mercredi, le dirigeant de Ryanair a qualifié le ministre de « raté » et l’a accusé de ne pas comprendre la réalité économique des aéroports régionaux espagnols. Il lui reproche notamment de maintenir des taxes qui, selon la compagnie, empêchent le développement de nouvelles lignes.

« L’Espagne peut croître, mais seulement lorsqu’elle aura un ministre des Transports qui saura additionner et soustraire », a notamment lancé Michael O’Leary.

Ryanair a supprimé 3 millions de sièges en Espagne

Derrière les attaques personnelles se joue une bataille beaucoup plus importante pour les voyageurs. Entre 2025 et 2026, Ryanair a réduit d’environ **3 millions le nombre de sièges proposés dans les aéroports régionaux espagnols**, tout en ajoutant quelque 600 000 places dans les grands aéroports comme Madrid, Barcelone, Palma ou Malaga.

La compagnie assure que cette stratégie est directement liée aux tarifs pratiqués par Aena, le gestionnaire de la majorité des aéroports espagnols.

Ryanair affirme notamment que certains appareils qui auraient pu être affectés à des villes espagnoles ont finalement été envoyés vers le Maroc, l’Italie, l’Albanie, la Pologne, la Slovaquie ou encore la Suède, des marchés jugés plus compétitifs par la compagnie.

Pour Michael O’Leary, le problème est particulièrement important dans les petits aéroports. Ryanair affirme que les infrastructures régionales espagnoles seraient sous-utilisées à hauteur de 70 % et estime qu’une baisse des coûts permettrait d’y ouvrir davantage de lignes. Ce chiffre est celui avancé par la compagnie et non une estimation indépendante.

Le gouvernement espagnol accuse Ryanair de faire pression

Óscar Puente livre cependant une lecture totalement différente de la situation.

Le ministre estime que Ryanair utilise la question des taxes pour faire pression sur les pouvoirs publics et obtenir de meilleures conditions commerciales. Il avait également avancé que les difficultés rencontrées par le secteur aérien pour obtenir de nouveaux appareils, notamment en raison des retards de Boeing, expliquaient en partie les arbitrages réalisés par la compagnie. Une affirmation que Ryanair conteste désormais catégoriquement.

La compagnie assure avoir reçu l’intégralité des 210 Boeing 737-8200 commandés, le dernier appareil ayant rejoint sa flotte en février 2026. Elle affirme disposer cet été de 648 avions, soit 29 de plus qu’en 2025, et prévoit de transporter 216 millions de passagers cette année, contre 208 millions précédemment.

Óscar Puente a toutefois ressorti d’anciennes déclarations de Michael O’Leary dans lesquelles celui-ci se plaignait lui-même des retards de livraison de Boeing. « Peut-être aurais-je dû chercher une source plus fiable », a ironisé le ministre sur les réseaux sociaux.

Les taxes des aéroports espagnols au cœur de la bataille

Le bras de fer intervient alors que les tarifs aéroportuaires constituent depuis plusieurs mois un important sujet de tension entre Ryanair et Aena.

La compagnie considère que l’Espagne devrait appliquer une politique beaucoup plus agressive dans les aéroports secondaires afin d’attirer les compagnies aériennes. Elle cite régulièrement en exemple certains pays européens qui réduisent leurs taxes pour développer leur trafic.

Mais les tarifs espagnols ne figurent pas nécessairement parmi les plus élevés d’Europe. Les comparaisons sont complexes car les modèles diffèrent fortement d’un pays à l’autre. À Madrid-Barajas, par exemple, la redevance par passager est inférieure à celle de plusieurs grands aéroports européens, tandis que certains petits aéroports concurrents appliquent des prix extrêmement faibles pour attirer les compagnies low cost.

Aena publie par ailleurs ses tarifs officiels applicables dans les aéroports espagnols, avec des montants différenciés selon les infrastructures et les services utilisés.

 De nouvelles lignes Ryanair pourraient-elles disparaître en Espagne ?

Le conflit est loin d’être terminé. Ryanair doit recevoir 300 nouveaux avions au cours des prochaines années** et laisse clairement entendre que l’Espagne devra se battre avec d’autres destinations européennes et méditerranéennes pour obtenir une partie de cette capacité.

La compagnie affirme être prête à investir de nouveau dans les régions espagnoles à condition que les aéroports deviennent, selon ses critères, plus compétitifs.

La situation est néanmoins très différente selon les territoires. Certains aéroports régionaux disposent effectivement d’importantes capacités inutilisées tandis que Barcelone-El Prat, Alicante ou Valence sont beaucoup plus proches de leurs limites. Dans l’ensemble, le trafic aérien espagnol continue d’ailleurs de progresser : plus de 190 millions de passagers ont fréquenté les aéroports du pays entre janvier et juillet 2026, soit une hausse d’environ 4 % sur un an.

La bataille entre Ryanair et Madrid dépasse donc désormais la simple querelle entre Michael O’Leary et Óscar Puente. Elle déterminera en partie **quelles villes espagnoles bénéficieront des futurs avions de la première compagnie aérienne d’Europe — et lesquelles risquent au contraire de perdre des vols.

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Image de Sébastien Barnès

Sébastien Barnès

Journaliste à Barcelone.
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