Un an à Barcelone suffit-il pour perdre quelques réflexes français et adopter les habitudes locales ? Entre les horaires des repas, les plages bondées, les démarches administratives, le quotidien n’a plus tout à fait la même saveur après 365 jours.
Car après avoir trouvé plusieurs fois porte close entre quatorze et dix-sept heures, survécu à un bus rempli de touristes et fait l’amère constatation qu’un « loft cosy » signifie en fait, en idéalistanais, un studio de douze mètres carrés, on finit par s’adapter.
Portrait d’une transformation presque inévitable.
La météo méditerrannénne
Après une heure :
« Mais pourquoi ils sont tous en doudoune ? Il fait 18 degrés ! »
Après un an :
« 14 degrés ? Où est ma veste ? »
Au début, le Français fraîchement débarqué ne comprend pas vraiment les Barcelonais qui sortent en doudoune dès que le thermomètre descend sous les quinze degrés. Il les regarde avec amusement, emmitouflés dans leurs manteaux, alors que lui se balade encore en t-shirt, parfaitement à l’aise aux côtés des Anglais en short et en claquettes.
Seulement, après quelques hivers sous le soleil méditerranéen, le corps finit par oublier ce qu’est le vrai froid. Résultat : ceux qui se baignaient jusqu’en novembre se retrouvent à enfiler une petite laine dès la chute des températures.

Le restaurant
Après une heure :
« On mange des tapas ce soir ? J’adore ! »
Après un an :
« Non, je connais un petit endroit à Gràcia, mais faut réserver. Et surtout, on y va avant vingt-et-une heures parce qu’après c’est blindé. »
Paella, pinchos… Le nouvel arrivant veut goûter tout ce qui ressemble de près ou de loin à une spécialité espagnole. Tandis que l’habitué a déjà ses bonnes adresses pour manger catalan, libanais, ainsi qu’une opinion très arrêtée sur la meilleure tortilla de la ville.

Les démarches administratives
Après une heure :
« Je dois juste faire mon NIE, ouvrir un compte et trouver un appartement. Ça devrait aller. »
Après un an :
« Tu connais un gestor ? »
Le Français fraîchement débarqué pense encore que les démarches administratives sont une simple succession de formulaires à remplir. Après un an, il a découvert les rendez-vous impossibles à obtenir, les documents dont il ignorait l’existence et cette mystérieuse capacité qu’ont certaines administrations à demander un papier prouvant qu’on a déjà obtenu un autre papier.

Le métro aux heures de pointe
Après une heure :
« Le métro est tellement pratique ici ! »
Après un an :
« Si je dois prendre la L3 à dix-huit heures, je préfère marcher. »
Le nouvel arrivant découvre émerveillé un réseau de métro qui permet de traverser Barcelone sans voiture. L’ancien connaît déjà les lignes, les correspondances, les stations à éviter aux heures de pointe et surtout quel wagon arrive devant quelle sortie.

La plage du centre ville
Après une heure :
« Incroyable de pouvoir faire un plouf en plein centre-ville ! »
Après un an :
« Je ne remettrai plus jamais les pieds à la Barceloneta. »
Le nouvel arrivant découvre avec émotion qu’il peut aller se baigner après le travail. Le Barcelonais d’adoption sait qu’en plein été, cela signifie surtout chercher un centimètre carré de sable entre deux serviettes, éviter les vendeurs ambulants et rentrer chez soi avec du sable dans des endroits qui n’auraient jamais dû en contenir.

Les touristes
Après un heure :
« J’adore l’ambiance internationale de Barcelone ! »
Après un an :
« Si je vois encore une personne marcher au milieu du trottoir avec une valise, je déménage. »
Au début, les touristes font partie du décor. On trouve même ça plutôt sympa d’entendre parler toutes les langues. Après quelques mois, on développe un radar : groupe de huit personnes qui s’arrête brutalement devant une bouche de métro, selfie-stick à l’horizon… On les reconnaît juste au bruit de leurs valises à roulettes.




