Logement, travail, démarches administratives, langue… Les premières semaines à Barcelone peuvent mettre les nouveaux arrivants à l’épreuve. Installé dans la capitale catalane depuis un an, Yoann raconte à Equinox ses 100 premiers jours dans la ville, entre difficultés, compromis et premières bonnes surprises.
Après treize années à l’étranger et un récent passage par Sydney, Yoann souhaitait se rapprocher de ses parents, installés sur la Costa Brava. Après mûre réflexion, il a choisi la capitale catalane. « Barcelone représentait un bon équilibre : être plus proche d’eux tout en découvrant une nouvelle ville et un nouveau chapitre de ma vie », explique-t-il.
Une nouvelle aventure l’attend, avec son lot de surprises et de difficultés. Yoann raconte à Equinox les 100 premiers jours d’un Français à Barcelone. « J’espère que ça pourra aider des personnes à bien démarrer », confie-t-il.
Jours 1 à 30 : trouver un toit et poser les premières bases
Après avoir vécu dans sept pays différents, Yoann savait que tout ne serait pas si simple : « Chaque ville a ses difficultés et ses challenges au début, le temps de trouver son équilibre. […] Il faut faire les choses étape par étape. » Il avait donc anticipé son arrivée à Barcelone en refaisant son CV et en effectuant, depuis Sydney, une demande de NIE provisoire. Un document qui, reconnaît-il, ne lui sera finalement pas d’une grande utilité pour ses premières démarches.
Après trois semaines passées chez ses parents, Yoann se rend à Barcelone avec son mari pour chercher un appartement. Mais un simple week-end de visites ne suffira pas. « Trouver un appartement m’a pris environ un mois », se remémore Yoann. « J’ai envoyé énormément de demandes sur Idealista, le site incontournable pour les annonces, mais aussi sur Badi, une application grâce à laquelle j’ai trouvé mes deux premiers logements ».
Face à un marché immobilier particulièrement concurrentiel, le Français décide de procéder par étapes. Plutôt que d’attendre de trouver immédiatement le logement idéal, le couple loue d’abord un studio pendant un mois. « Nous étions deux, donc ce n’était clairement pas l’idéal, mais au début, il faut surtout trouver ce qui va permettre d’avancer et de commencer son intégration dans la ville. »

Pendant ce premier mois, Yoann cherche donc simultanément un appartement et un emploi. Le couple finit par trouver un autre logement pour quatre mois. « Bien sûr, nous cherchions du long terme, mais au début, il faut parfois prendre ce que l’on trouve », explique Yoann. Une stratégie qui lui permet surtout d’être sur place et de constituer progressivement un dossier plus solide. Car la concurrence est rude. « Lors de certaines visites et demandes, il pouvait y avoir plus de 100 personnes intéressées par le même bien », avertit le Français.
Il conseille ainsi d’arriver avec suffisamment d’économies pour absorber ces premières semaines d’incertitude : « Avoir trois ou quatre mois de loyer d’avance peut vraiment aider. Personnellement, ma règle était d’avoir au moins six mois de loyer de côté pour être plus tranquille. »
Jours 30 à 60 : travail, NIE, empadronamiento… le parcours du combattant
Une fois la question du logement réglée, il faut maintenant trouver un emploi. Habitué à ce genre de démarches, il décide de privilégier le contact direct. « Une de mes managers m’avait dit un jour qu’elle privilégiait les chercheurs d’emploi qui passaient la porte plutôt que ceux qui envoyaient simplement un CV en ligne », explique Yoann. « Cela montre l’effort et permet de créer une première impression. » CV à la main et lettre de motivation sous le bras, il se lance dans le démarchage.
Mais après 17 ans dans la coiffure, il se heurte rapidement à la question des salaires : « Psychologiquement, c’était compliqué pour moi d’imaginer retomber à 1 200 euros, voire un peu plus avec les commissions, après toutes ces années d’expérience. » Yoann décide alors de changer de stratégie. Il refait son CV et sa lettre de motivation afin de mettre en avant ses compétences pour des postes dans la relation client, insistant sur le fait qu’il parle français, anglais et se débrouille en espagnol. « Mes recherches étaient principalement ciblées sur les postes de “French speaker”. […] Je me suis rendu compte que pas mal d’entreprises recherchent des personnes parlant français. »
Pendant que la recherche d’emploi se poursuit, les démarches administratives s’accumulent. NIE, empadronamiento, sécurité sociale, compte bancaire : les premières semaines peuvent prendre des allures de parcours du combattant. « Le côté administratif peut être assez lent ici, et c’est quelque chose qui peut agacer au début », reconnaît-il. D’autant que les démarches sont souvent liées les unes aux autres : « Pour obtenir l’empadronamiento, il faut une adresse. Pour avoir la sécurité sociale, il faut notamment un contrat de travail ou être auto-entrepreneur. Et pour ouvrir un compte bancaire, il faut trouver une banque qui accepte de le faire sans avoir encore le NIE vert. »
Yoann parvient finalement à ouvrir un compte bancaire avec son passeport avant de communiquer son NIE une fois celui-ci obtenu, à l’issue de démarches qui lui ont parfois paru interminables. « Trouver l’appartement, trouver du travail, obtenir des rendez-vous pour les démarches administratives… Tout prend du temps. La patience est vraiment une qualité dont on a besoin lorsqu’on s’installe ici. »
Jours 60 à 100 : prendre ses marques dans la ville
Après avoir posé les fondations de sa nouvelle vie barcelonaise, Yoann peut commencer à réinventer son quotidien. Il se rend rapidement compte que la barrière de la langue n’existe pas, dans une ville très internationale, ce qui facilite les rencontres au cours des premiers mois. « Barcelone est vraiment pour tout le monde », estime-t-il. « Les gens festifs, ceux qui préfèrent le sport, le yoga, la randonnée… Il existe énormément de communautés et de groupes différents. » Yoann, qui, à l’approche de la quarantaine, admet sortir moins qu’auparavant, se constitue principalement un entourage grâce au travail et au sport.

Cent jours ne suffisent pas, toutefois, pour se sentir totalement chez soi. Habitué aux déménagements internationaux, il estime même qu’il lui faut généralement beaucoup plus longtemps. « Dans chaque pays où j’ai vécu, j’ai remarqué qu’il me fallait environ un an pour vraiment me dire : “Ça y est, je vis ici.” »
Les premiers mois restent une période d’adaptation, où il faut faire preuve de patience, mais aussi, parfois, revoir ses attentes à la baisse. « Au début, tu prends ce que tu trouves. Parfois c’est top, parfois beaucoup moins. […] Nouveau pays, nouvelle culture, nouvelle langue… Il y a forcément des hauts et des bas », explique-t-il. « Mais une fois que les grandes questions sont réglées, le cerveau se détend. Il y a moins de stress et c’est vraiment à ce moment-là que j’ai commencé à apprécier pleinement mon nouveau quotidien. »
Yoann peut alors profiter davantage de la ville, déambuler dans les rues en admirant l’architecture, et profiter de la mer et de la montagne à proximité. Surtout, il a commencé à apprécier la convivialité qui règne dans certains quartiers.
Il se souvient notamment d’une scène vécue peu après ses cent premiers jours, avant de quitter l’un de ses appartements. Dans la rue, des voisins avaient dressé une immense table et préparé de quoi manger et boire. Les habitants du quartier étaient invités à venir s’asseoir. « Sur le coup, nous étions un peu surpris. Puis on s’est dit : “Allez, pourquoi pas ?” Nous sommes donc allés acheter un pack de bières et nous voilà assis à table avec nos voisins que nous ne connaissons même pas. C’est ça aussi, Barcelone. »



