Barcelone s’impose peu à peu comme l’un des grands pôles européens de l’intelligence artificielle. Troisième ville mondiale pour l’attraction de projets étrangers liés à l’IA en 2025, elle séduit désormais de nombreux entrepreneurs français. Si la qualité de vie constitue un atout majeur, la capitale catalane a d’autres arguments pour séduire.
Barcelone et la Catalogne sont-elles en train de s’imposer comme un centre incontournable de l’intelligence artificielle ? Alors que se tient cette semaine l’AI Summit Barcelona, la ville attire un nombre croissant de start-up, de grands groupes et d’entrepreneurs de l’intelligence artificielle, notamment français.
En 2025, Barcelone est arrivée à la troisième place mondiale pour l’attraction de projets d’investissement étrangers liés à l’intelligence artificielle, juste derrière Londres et Singapour, selon une étude Global Location Trends d’IBM Consulting. Elle occupe ainsi la première place au sein de l’Union européenne. Et dans ce riche écosystème local, les Français sont bien représentés.
Le soleil et la mer ne sont pas les seuls atouts de Barcelone
Jérémie Benhamou, entrepreneur français installé à Barcelone depuis 2019, fondateur de The Tech Nation et cofondateur de l’AI Summit, affiche son enthousiasme. « Je pense que quelque chose est vraiment en train de prendre », explique-t-il. « Quand on est entrepreneur ici et qu’on aime organiser des choses, la ville nous le rend très bien ». Il confie même s’être fixé une mission : « J’aimerais que Barcelone devienne une sorte de San Francisco européenne ».
Les quelque 300 jours de soleil par an et la présence de la mer rappellent en effet la Californie et contribuent à attirer les talents français. Mais Barcelone possède bien d’autres arguments. Originaire de Normandie, après avoir étudié et travaillé à Paris, Jérémie Benhamou s’est installé à Barcelone en 2019 pour développer la filiale espagnole de son entreprise. La qualité de vie a bien sûr joué un rôle dans son choix, mais la proximité avec la France et la dimension internationale de la ville ont achevé de le séduire. Grâce à l’aéroport international, il est facile de maintenir des liens avec Paris et les autres grandes capitales. « Pour moi, Barcelone est peut-être la seule ville européenne qui réunit absolument tous ces éléments », estime-t-il.
Il souligne également une culture de l’entraide qui tranche avec son expérience parisienne : « Quand tu fais quelque chose à Barcelone, très souvent les gens te disent : “Comment est-ce que je peux aider ?” »
Une communauté française soudée
Pour un entrepreneur français, il est d’autant plus facile de trouver ses marques que les Français sont particulièrement visibles, constituant un écosystème à part entière. Chambre de commerce, French Tech et réseaux d’entrepreneurs facilitent les connexions. Et chaque semaine, de nombreux événements sont organisés, souvent sur des rooftops que le monde entier envie à Barcelone.
De nombreux entrepreneurs continuent ainsi de travailler principalement avec la France tout en étant installés en Catalogne. Lorsqu’il est arrivé à Barcelone, Jérémie Benhamou a lui-même facilement convaincu de jeunes ingénieurs et développeurs français de venir le rejoindre. Cette communauté peut néanmoins devenir presque trop confortable. « L’écosystème français est tellement riche qu’il peut aussi devenir un piège. On peut facilement rester uniquement entre Français. Et quand on fait ça, on passe à côté d’une grande partie de ce qui rend Barcelone vraiment intéressante. »
L’un des atouts de la ville réside en effet dans son caractère international. Norrsken (le coworking situé sur la plage à la Barceloneta), Itnig ou Aticco font ainsi partie des lieux où se croisent entrepreneurs français, catalans, espagnols et expatriés du monde entier.
Un vivier de talents et un environnement favorable
Pour qui cherche à recruter dans l’IA, Barcelone offre de nombreuses options, grâce à un secteur scientifique de premier plan, avec le Barcelona Supercomputing Center, ses universités et plusieurs centres de recherche. « Il y a ici d’excellentes universités et écoles, donc on trouve des Espagnols et des Catalans très talentueux », souligne Jérémie Benhamou.
La Catalogne prévoit par ailleurs de mobiliser un milliard d’euros dans sa stratégie IA à l’horizon 2030. Pour les entrepreneurs français, cet environnement permet donc de s’installer dans une ville attractive sans se couper d’un véritable écosystème technologique. Sanofi y a développé un hub mondial consacré à l’IA et à la data science, tandis que HP dispose à Sant Cugat d’un centre d’innovation en intelligence artificielle.
Tout n’est toutefois pas parfait sous le soleil de la Catalogne. Les entrepreneurs qui souhaitent faire grandir leur entreprise se heurtent par exemple au fait que les capitaux apportés par les investisseurs restent limités sur place, par rapport à des villes comme Paris et Londres. « Pour que Barcelone prenne véritablement une dimension internationale, et qu’elle ne reste pas simplement “la ville où il y a de la tech et de belles plages”, l’attraction des capitaux va être déterminante », résume Jérémie Benhamou.
De plus, l’attractivité accrue dont jouit la ville n’a pas que des avantages. Elle a aussi considérablement fait grimper les prix. « Il y a cinq ou six ans, la différence de coût de la vie avec Paris, Londres ou d’autres grandes villes était encore beaucoup plus importante. Pour un expatrié, c’était le jackpot. C’est un peu moins vrai aujourd’hui. »



